Le feu ravage la maison du témoin palestinien d’un incendie criminel à Douma

Le village, où un bébé palestinien et ses parents sont décédés l’été dernier, est devenu le symbole des exactions des extrémistes juifs.

L’Orient le Jour avec AFP, lundi 21 mars 2016

Des Palestiniens examinent les dégâts suite à l'incendie d'une maison à Douma, le 20 mars 2016. Jaafar Ashtiyeh/AFP

Un incendie a ravagé la maison de l’unique témoin de l’incendie criminel de Douma en Cisjordanie occupée, voisine de celle où un bébé palestinien et ses parents étaient décédés l’été dernier, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Ibrahim Dawabcheh et son épouse ont été réveillés dans la nuit de samedi à hier par une épaisse fumée qui a envahi leur maison à Douma, village devenu symbole des exactions des extrémistes juifs dans le nord de la Cisjordanie.

Ils sont encore tous les deux à l’hôpital en état de choc et sont incapables de parler, a affirmé à l’AFP Bachar Dawabcheh, le frère d’Ibrahim, qui réside aussi dans la maison incendiée.

« Vers 01h30 du matin, j’ai entendu mon frère et sa femme appeler à l’aide, je suis monté à leur étage et j’ai vu le feu », a-t-il dit.

Toutes les pièces de l’étage étaient hier matin imprégnées d’une odeur âcre de brûlé, tandis que les murs étaient couverts de suie et les portes en bois réduites en cendres.

Dans le salon, des fauteuils écrus étaient noirs de suie, et, dans la chambre, le lit, calciné, n’était plus qu’un cadre noirci et carbonisé, autour duquel déambulaient des habitants, choqués de revivre ces moments, et des responsables locaux qui tentaient d’évaluer les dégâts.

La maison d’Ibrahim Dawabcheh est située à quelques mètres de celle de son cousin Saad Dawabcheh, partie en fumée en juillet quand des extrémistes juifs avaient jeté des cocktails Molotov par une fenêtre. Ils avaient laissé des slogans en hébreu sur les murs jouxtant la maison.

Ali Dawabcheh, 18 mois, avait brûlé vif et ses parents Saad et Riham avaient succombé quelques semaines plus tard à leurs blessures. Seul son frère Ahmad, alors 4 ans, a survécu.

Ce drame avait choqué les Palestiniens et suscité l’émoi en Israël et à l’étranger. Cette fois, également, « la fenêtre a été brisée depuis l’extérieur et des produits inflammables ont été retrouvés dans les décombres », a affirmé hier à l’AFP le colonel Malek Ali, chef des pompiers de Naplouse.

Pour tous, à Douma, les coupables sont « les colons » israéliens. « Ils voulaient envoyer un message à la famille et au village : ce témoin doit disparaître », accuse Nasser Dawabcheh, frère de Saad, qui rappelle que de nouvelles audiences devant un tribunal israélien sont prévues les 12 et 13 avril.

Selon le vice-gouverneur de Naplouse, Anan al-Atireh, « ce crime prouve qu’il existe un terrorisme organisé perpétré par des gangs de colons sous la protection et avec le soutien des autorités d’occupation ».

Saëb Erakat, numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a dit « tenir le gouvernement israélien pour entièrement responsable des crimes à Douma », rappelant que l’État hébreu « doit encore condamner les responsables des meurtres de Saad, de Reham et d’Ali Dawabcheh ».

« Israël est responsable car il a créé une culture de la haine et du racisme, qui a permis aux colons de se conduire en terroristes », a renchéri Hanane Achraoui, membre de la direction palestinienne.

De son côté, la police israélienne a dit refuser pour le moment de privilégier l’hypothèse d’un incendie criminel.

Dans l’affaire de Douma, la justice israélienne a pour le moment inculpé deux Israéliens des milieux juifs radicaux.