Le drame du juge Goldstone

M. Saadoune, mardi 5 avril 2011

Objet d’une cam­pagne intense de déni­grement et d’insultes depuis deux ans, le juge sud-​​africain Richard Gold­stone a commis un article alam­biqué où, sans se rétracter, il semble essayer d’atténuer les conclu­sions de son fameux rapport. Israël a immé­dia­tement embrayé dessus en lançant une cam­pagne inter­na­tionale pour « exiger » l’annulation du rapport Goldstone.

On peut parier que les amis occi­dentaux, ceux qui s’émeuvent tant des méfaits des « mau­vaises dic­ta­tures » - les « bonnes » res­teront des amies jusqu’à ce que des peuples « incons­cients » les abattent -, vont être de la partie. On va sortir les mou­choirs pour pleurer ce pauvre Israël attaqué injus­tement par des anti­sé­mites. La preuve ? Richard Gold­stone se rétracte.

Il faut bien lire le texte de Gold­stone. C’est un texte remar­quable, comme ces mots lâchés par les tor­turés, par bribes et sous l’effet de l’épuisement. Dans le cas de Gold­stone, qui est de confession juive, cette torture a dû être par­ti­cu­liè­rement éprou­vante. Car ce texte équi­voque, qui n’est pas vraiment une rétrac­tation, respire clai­rement la honte d’un homme libre qui se soumet et s’aligne. Il le sait, le juge. Il vient d’Afrique du Sud où l’on ne se paye pas de mots pour savoir ce que sont la ségré­gation et l’apartheid et où l’on ne ferme pas les yeux quand on les voit appliqués aux Palestiniens.

Mais le juge Gold­stone aurait beau essayer d’introduire de la nuance dans son rapport, cela n’empêchera pas Israël de lui demander de s’humilier davantage devant le monde entier et d’humilier sa raison et son bon sens. L’homme sait par­fai­tement que son rapport est juste. Ce rapport était inac­cep­table pour Israël et ses sou­tiens occi­dentaux. Israël a le « droit de se défendre », répètent-​​ils, ce qu’il faut tra­duire sim­plement par « droit de massacrer ».

Ce qui était insup­por­table dans le rapport Gold­stone est qu’il a commis le crime de vérité sur Israël. Et le juge doit payer. Son article n’est pas suf­fisant pour Israël. L’Etat hébreu exige de lui des excuses.

Le drame du juge Gold­stone est qu’il n’est pas un imbécile. Il sait qu’on lui demande de faire l’imbécile. La « légitime défense » n’avait aucun sens dans les raids sur Ghaza qui ont fait plus de 1.400 morts, dont une écra­sante majorité de gens sans arme. Ce qu’on lui demande est de faire accroire que ces morts n’étaient que ces fameux « dom­mages col­la­téraux », ce terme hor­rible et barbare que la « civi­li­sation » a inventé pour ne pas parler de car­nages et de crimes de masse.

Ces crimes « civi­lisés » massifs ont été docu­mentés par d’autres orga­ni­sa­tions des droits de l’Homme. Amnesty Inter­na­tional sou­li­gnait dans son rapport que « 1.400 Pales­ti­niens, dont quelque 300 enfants et des cen­taines d’autres civils non armés, avaient été tués. Des quar­tiers entiers de la bande de Gaza ont été rasés, des mil­liers de per­sonnes se sont retrouvées sans logement, et l’économie, déjà dans une situation désas­treuse, est com­plè­tement ruinée. La plupart des des­truc­tions étaient injus­ti­fiées et résul­taient d’attaques visant direc­tement des biens civils, ou encore d’attaques aveugles frappant indis­tinc­tement des objectifs mili­taires légi­times et des biens de caractère civil ».

Ce sont là des faits san­glants établis qu’aucune rétrac­tation ne peut gommer. Pour les Occi­dentaux, parions qu’ils sui­vront les demandes d’Israël, eux qui n’ont jamais vu le peuple arabe de Palestine se battre sans fin pour en finir avec le régime de l’apartheid et du racisme qui l’écrase.

Le pauvre Gold­stone, qu’il se rétracte ou non, ne sera qu’une victime de plus de la guerre contre Ghaza qui se poursuit.