Le doyen des prisonniers politiques dans le Monde

René Naba, lundi 23 novembre 2009

Pour une pro­cla­mation uni­la­térale d’indépendance de la Palestine et son ins­cription au patri­moine de l’humanité.

Mois chargé de dates sym­bo­liques lourdes de déci­sions dou­lou­reuses aux consé­quences dra­ma­tiques pour le peuple pales­tinien, Novembre com­mémore tout à la fois la Pro­messe Balfour, le 2 novembre 1917, enga­geant la Grande Bre­tagne à amé­nager sur le ter­ri­toire d’autrui un « Foyer national juif » en Palestine (1), la Réso­lution N°181 de l’Assemblée générale des Nations unies du 29 novembre 1947 portant plan de partage de la Palestine en deux états, l’un juif, l’autre arabe, et la réso­lution 242 du Conseil de sécurité du 22 novembre 1967 posant les bases du règlement du conflit israélo-​​arabe.

92 ans après la pro­messe Balfour, 62 ans après le plan de partage, 42 ans après la réso­lution inter­na­tionale, la Palestine, berceau des trois grandes reli­gions mono­théistes Islam, Chris­tia­nisme et Judaïsme, haut lieu de la coexis­tence entre Orient et Occident, est devenue le plus grand camp de concen­tration à ciel ouvert de l’époque contem­po­raine avec ses dix mille pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens, une popu­lation en agonie sous le poids de ses 750 bar­rages mili­taires, un mur dis­cri­mi­na­toire de sépa­ration, trois fois plus long que le Mur de Berlin, alors que, paral­lè­lement, 80 pour cent du ter­ri­toire pales­tinien a été spolié et gan­grené par des colonies israé­liennes de peu­plement, 80% des res­sources aqui­fères de Cis­jor­danie ponc­tionnée au profit des Israé­liens, de même que les res­sources gazières au large de Gaza, qui font l’objet d’un véri­table rapt (2).

Le renon­ciation de Mahmoud Abbas à une nou­velle man­dature pré­si­den­tielle, car­bonisé par ses ater­moie­ments dans l’affaire du rapport Gold­stone sur Gaza et par la rebuffade amé­ri­caine à propos des colonies de peu­plement israélien a retenti, le 5 novembre 2009, à six jours de la com­mé­mo­ration décès de Yasser Arafat, comme un défi à la légalité inter­na­tionale, une insulte à L’Organisation des Nations unies, dans son inca­pacité à régler la question palestinienne.

Dans cette pers­pective, une pro­cla­mation uni­la­térale d’indépendance de l’Etat pales­tinien et l’inscription de la Palestine au patri­moine de l’humanité ren­draient à l’organisation inter­na­tionale un peu d’humanité, à défaut de cré­di­bilité, en même temps qu’elles abro­ge­raient la souf­france du peuple pales­tinien innocent en sanc­tionnant les pro­cédés dila­toires israéliens.

I. Un pales­tinien, Saïd Wajih Al-​​Ataba (3), doyen des pri­son­niers poli­tiques dans le Monde.

Même sur le plan car­céral, la palme revient également à la Palestine. Un pales­tinien, Saïd Wajih Al-​​Ataba, reven­dique, en effet, le triste honneur d’être le doyen des pri­son­niers poli­tiques dans le monde, avec à son actif 32 ans de détention, battant de près de cinq ans le record de Nelson Mandela, le chef du mou­vement indé­pen­dan­tiste sud africain ANC (African National Congress) et futur pré­sident de l’Afrique du sud post apartheid.

Depuis la 3me guerre israélo-​​arabe de juin 1967 et l’occupation des ter­ri­toires arabes qui s’en est ensuivie, 42% des hommes pales­ti­niens ont été au moins une fois inter­pellés. Dix mille y crou­pissent dans les geôles israé­liennes pour des peines de longue durée.

Le record de Nelson Mandela – détenu, lui, pendant 27 ans et 190 jours à la prison de Robben Island -est lar­gement battu non seulement par Saïd Al-​​Ataba mais également par quatre autres mili­tants pales­ti­niens. Au total, qua­torze pales­ti­niens sont détenus depuis un quart de siècle par Israël, dont douze ont même dépassé ce cap, et deux seulement sont détenus depuis 25 ans, selon le décompte établi en 2009 sur la base du relevé de la date de leur incarcération.

A la fin de l’année 2007, le nombre de Pales­ti­niens qui avaient passé plus de quinze ans dans les prisons israé­liennes avait atteint 232 per­sonnes, et ceux qui y avaient passé plus de vingt ans étaient au nombre de 73 captifs.

Parmi les détenus longue durée, trois mili­tants pales­ti­niens sont ori­gi­naires de Wadi Ara, tous trois membres de la famille Younes (Sami Khaled Salameh Younes, Karim Youssef Younes, Maher Abdel-​​Latif Younes). Wadi Ara ou Nahal Iron (en arabe : وادي عارة) fait réfé­rence à une zone à l’intérieur d’Israël, prin­ci­pa­lement peuplée par des Arabes. Elle est située au nord-​​ouest de la ligne verte, prin­ci­pa­lement au sein du dis­trict de Haïfa. Trois autres mili­tants pales­ti­niens sont ori­gi­naires de Ramallah, siège de l’autorité pales­ti­nienne et du mau­solée de Yasser Arafat, chef his­to­rique du mou­vement national pales­tinien, à 15 km au Nord de Jéru­salem, dans la zone des col­lines du centre de la Palestine. Deux sont de la famille Bar­ghouti (Na’êl Abdallah Al Bar­ghouti et Fakhri Al Bar­ghouti), le troi­sième est Hassan Ali Nimr Salamah. Marwane Al Bar­ghouti, le cha­ris­ma­tique diri­geant de la relève pales­ti­nienne, condamné en 2004, ne compte pas suf­fi­samment d’ancienneté car­cérale pour figurer dans ce palmarès.

Saïd Wajih Al-​​Ataba, Marwane Al Bar­ghouti (Fatah) et Ahmad Saadate (FPLP) figurent en tête de liste des pri­son­niers dont le Hamas réclament la libé­ration en échange de celle de Gilad Shalit, le soldat franco-​​israélien capturé par un com­mando pales­tinien à la lisière de la bande de Gaza, en 2006.

Afin que leur combat ne soit pas vain et que leur longue détention ne les plonge pas dans l’oubli de la mémoire des hommes, voici la liste de ses résistants :

1-​​ Saïd Wajih Al-​​Ataba, doyen des pri­son­niers pales­ti­niens depuis la libé­ration du libanais Samir Kintar, en 2008, à la faveur d’un échange de pri­son­niers avec le Hez­bollah. Neveu du chef de la section locale pour le secteur de Naplouse du Parti com­mu­niste pales­tinien, Saïd al Ataba est détenu depuis 32 ans. Il a davantage passé du temps en prison que dans la vie active.

Né en 1951 à Naplouse, Saïd Wajih Al-​​Ataba s’est dis­tingué à 15 ans en mani­festant contre les troupes jor­da­niennes qui contrô­laient à l’époque la Cis­jor­danie, puis ulté­rieu­rement contre les forces d’occupation israé­liennes. Il est l’un des orga­ni­sa­teurs de la mani­fes­tation de pro­tes­tation anti-​​israélienne qui a suivi La mort d’une mili­tante pales­ti­nienne connue, Lina Naboulsi, en 1975.

Il a été arrêté le 29 juillet 1977, à l’âge de 26 ans, à Naplouse (Cis­jor­danie) pour son appar­te­nance à un com­mando du Front Démo­cra­tique de libé­ration de la Palestine (FDLP, orga­ni­sation mar­xi­sante dirigée par Nayef Hawatmeh). Il a été condamné à trois peines de prison à vie et purge sa peine à la prison d’Ashkelon, la ville por­tuaire médi­ter­ra­néenne désignée en arabe par Askalane.

Un membre de son réseau, auteur d’un attentat à la bombe en Israël, faisant un mort et 33 blessés, a été tout comme Saïd Al-​​Ataba condamné à per­pé­tuité. Il a été libéré en 1985 dans le cadre d’un échange de pri­son­niers, alors que Saïd Wajih Al-​​Ataba, para­doxa­lement, est resté en prison, Israël ayant refusé au dernier moment de le libérer au pré­texte qu’il avait été « condamné à per­pé­tuité ». Son chef poli­tique, Yasser Abed Rabbo, rentré dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens après la signature des accords d’Oslo en 1993, est le coauteur du plan de paix de Genève avec son ami israélien, l’ancien ministre tra­vailliste israélien Yossi Beilin. Saïd Al-​​Ataba s’est lui aussi pro­noncé en faveur de ce plan de paix.

Voici la répar­tition des pri­son­niers selon leur ancienneté et leur pro­ve­nance géographique :

2• Na’êl Abdallah Al-​​Barghouti, ori­gi­naire de la Région de Ramallah. Date d’incarcération le 4 avril 1978, céli­ba­taire, né en 1957. (31 ans de détention)

3• Fakhri Al-​​Barghouti, ori­gi­naire de la Région de Ramallah. Date d’incarcération le 23 juin 1978, marié, né en 1954. (31 ans de détention)

4• Akram Abdel Aziz Mansour, ori­gi­naire de Qal­qyliah, au nord ouest de la Cis­jor­danie. Date d’incarcération le 2 août 1979, céli­ba­taire, né en 1962. (30 ans de détention)

5• Fouad Kassem Al-​​Razim, ori­gi­naire de Jéru­salem « al-​​Quds ». Date d’incarcération le 30 janvier 1981, céli­ba­taire, né en 1958. (28 ans de détention)

6• Ibrahim Fadl Nimr Jaber, ori­gi­naire d’Hébron -Al-​​Khalil (Cis­jor­danie). Date d’incarcération le 8 janvier 1982, marié, né en 1954. (27 ans de détention)

7• Hassan Ali Nimr Salamah, ori­gi­naire de Ramallah. Date d’incarcération le 8 août 1982, marié, né en 1958. (27 ans de détention)

8• Ousmane Ali Hamdan Mouslih, ori­gi­naire de Naplouse-​​Nablus (Cis­jor­danie). Date d’incarcération le 15 octobre 1982, marié, né en 1952. (27 ans de détention).

9• Sami Khaled Salamah Younes, ori­gi­naire de Wadi Ara (Palestine 1948), date d’incarcération le 5 janvier 1983, marié, né en 1932. 26 ans de détention.

10• Karim Youssef Younes, de Wadi Ara (Palestine 1948). Date d’incarcération le 6 janvier 1983, céli­ba­taire, né en 1958. 26 ans de détention

11• Maher Abdel-​​Latif Younes, de Wadi Ara (Palestine 1948). Date d’incarcération le 20 janvier 1983, céli­ba­taire, né en 1957. 26 ans de détention

12• Salim Ali al-​​Kayyal, ori­gi­naire de Gaza, date d’incarcération le 30 mai 1983, marié, né en 1952. 26 ans de détention.

13• Hafiz Nimr Qinds, de Jaffa-​​Yafa (Palestine 1948). Date d’incarcération le 15 mai 1984, céli­ba­taire, né en 1958. 25 ans de détention

14• Issa Nimr Abd Rabbo, Deheishe, Beth­lehem. Date d’incarcération le 21 octobre 1984, céli­ba­taire, 46 ans. 25 ans de détention.

Le camp de réfugiés de Deheishe a été construit en 1949 sur un ter­ri­toire d’une dimension d’environ 430 dou­noums (soit environ 1 km carré) à l’intérieur des fron­tières de la ville de Bethléem sur la rive occi­dentale du jourdain. Les Pales­ti­niens qui se retrou­vèrent à Deheishe venaient de plus de 45 vil­lages situés à l’ouest de Jéru­salem et d’Hébron.

C’est l’un des soixante et un camps amé­nagés par l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East – Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient) pour reloger les 750.000 Pales­ti­niens des régions côtières et des plaines de Palestine, expulsés de leur maison par les israé­liens au moment de la fon­dation d’Israël, en 1948.

II. La Palestine, le plus grand camp de concen­tration à ciel ouvert de l’époque contemporaine.

Pour mémoire ; Nelson Mandela, le Chef du mou­vement indé­pen­dan­tiste sud africain ANC (African National Congres) et futur pré­sident de l’Afrique du sud post apar­theid, a été détenu pendant 27 ans et 190 jours à la prison de Robben Island.

Robben Island (en anglais) ou Rob­be­neiland (en afri­kaans) est une île d’Afrique du Sud, au large du Cap, qui a servi au XXe siècle de prison poli­tique pour les oppo­sants noirs au régime d’Apartheid. Elle a été ins­crite sur la liste du patri­moine mondial de l’UNESCO en 1999.

Depuis la 3me guerre israélo-​​arabe de juin 1967 et l’occupation des ter­ri­toires arabes qui s’en est ensuivie, 80 pour cent du ter­ri­toire pales­tinien a été spolié et gan­grené par des colonies israé­liennes de peu­plement, 80% des res­sources aqui­fères de Cis­jor­danie ponc­tionnée au profit des Israé­liens, de même que les res­sources gazières au large de Gaza, qui font l’objet d’un véri­table rapt (3), alors que paral­lè­lement 42% des hommes pales­ti­niens ont été au moins une fois inter­pellés, soit près de la moitie de la population.

Au moment où l’Assemblée générale des Nations unies s’apprête à célébrer, ce 29 novembre, le 62 me anni­ver­saire du plan de partage de la Palestine (réso­lution 181), un an après la confé­rence de relance amé­ri­caine d’Annapolis, l’organisation inter­na­tionale serait avisée de songer à ins­crire au patri­moine de l’humanité, la Palestine, le plus grand camp de concen­tration à ciel ouvert de l’époque contem­po­raine avec ses dix mille pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens, ses 750 bar­rages mili­taires, un mur dis­cri­mi­na­toire de sépa­ration, alors que, paral­lè­lement, 80 pour cent du ter­ri­toire pales­tinien a été spolié et gan­grené par alors que, paral­lè­lement, 80 pour cent du ter­ri­toire pales­tinien a été spolié et gan­grené par des colonies israé­liennes de peu­plement, 80% des res­sources aqui­fères de Cis­jor­danie ponc­tionnée au profit des Israé­liens, de même que les res­sources gazières au large de Gaza, qui font l’objet d’un véri­table rapt.

III. Le Mur d’Apartheid un « Mur de Jéricho moderne »

La chute du Mur de Berlin célébrée avec faste le 9 novembre dernier par les chan­cel­leries occi­den­tales ne saurait occulter la nou­velle réalité issue de la mon­dia­li­sation des flux. Aux murs anciens séquelles de la guerre froide (Corée, Chypre, Sahara occi­dental, Ceuta et Melilla, le filtre à l’immigration vers la riche Europe) se sont greffés de nou­veaux murs notamment entre les Etats-​​Unis et le Mexique, le long du Rio Grande, pour pro­téger l’Amérique de l’invasion latino amé­ri­caine, en Arabie saoudite, pour pro­téger la pétro­mo­narchie tant de l’Irak que du Yémen que le Royaume a cherché à désta­bi­liser depuis un demi siècle, voire en Irak même, dans la zone verte de Bagdad, le péri­mètre aménagé dans l’ancien palais pré­si­dentiel irakien pour pro­téger les enva­his­seurs amé­ri­cains des coups de butoir de la gué­rilla irakienne.

En Europe, sous l’impulsion du « pacte pour l’immigration » proposé par la France à ses par­te­naires euro­péens, la Com­mission euro­péenne a iden­tifié, de son côté, en mai 2009, une liste de 45 projets de recherche public – privé, intitulé « Vers une société plus sûre et une meilleure com­pé­ti­tivité indus­trielle », dont huit sont clai­rement dédiés à la pro­tection des fron­tières (4).

Mais de tous ces murs, seul le mur d’apartheid israélien a été édifié sur le ter­ri­toire d’autrui. Un véri­table « Mur de Jéricho moderne », qu’il importera d’abattre, dont la Cour inter­na­tionale de Justice de La Haye a invité à son déman­tè­lement partiel lorsqu’il rogne sur les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, estimant « illégal » cet édifice et « non conforme à plu­sieurs obli­ga­tions légales inter­na­tio­nales incombant à Israël » (5). En ciment armé d’une hauteur de huit mètres, d’une lon­gueur de 750 kilo­mètres, trois fois plus long que le Mur de Berlin et deux fois plus haut, ce « Mur d’Apartheid » enferme plus de trois mil­lions de per­sonnes dans des dizaines de villes et vil­lages de Cis­jor­danie et de la région de Jérusalem.

L’implosion poli­tique de Mahmoud Abbas, le 5 novembre 2009, à six jours de la com­mé­mo­ration décès de Yasser Arafat a jus­tifié a pos­te­riori le scep­ti­cisme du chef his­to­rique des Pales­ti­niens à l’égard des pays occi­dentaux et porte condam­nation de la com­plai­sance de son suc­cesseur à l’égard de leur duplicité. Elle signe l’arrêt de mort du pro­cessus d’Oslo amorcé en 1993 visant à la pro­cla­mation d’un état pales­tinien indé­pendant comme terme ultime du règlement paci­fique du conflit israélo-​​palestinien, en même temps qu’elle révèle la ser­vilité du chef de la diplo­matie amé­ri­caine, Hillary Clinton, secré­taire d’état, à l’égard d’Israël, et celle de l’Egypte tant à l’égard d’Israël que des Etats-​​Unis.

« L’adieu aux armes » aura été fatal à Mahmoud Abbas. Car­bonisé par ses ater­moie­ments dans l’affaire du rapport Gold­stone sur Gaza et par la rebuffade amé­ri­caine à propos des colonies de peu­plement, sa renon­ciation à une nou­velle man­dature pré­si­den­tielle apparaît d’autant plus cruel­lement pathé­tique qu’elle a coïncidé avec une cin­glante leçon de courage que lui ont assénée de jeunes pales­ti­niens et de paci­fistes israé­liens avec leur percée opérée dans le mur d’apartheid israélien à l’occasion de la com­mé­mo­ration du ving­tième anni­ver­saire du chute du mur de Berlin. Une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas et à Israël, un défi à la léthargie des ins­tances inter­na­tio­nales, un cadeau posthume à Yasser Arafat, ini­tiateur de la lutte armée pales­ti­nienne, une insulte à l’Egypte pour son sui­visme proa­mé­ricain et à L’Organisation des Nations unies dans son impuis­sance à régler la question palestinienne.

Une pro­cla­mation uni­la­térale d’indépendance de l’Etat pales­tinien consti­tuerait un véri­table élec­trochoc à l’effet de déter­miner la marge d’autonomie du pré­sident Barack Obama à l’égard du lobby pro israélien dans la déter­mi­nation de la poli­tique amé­ri­caine au Moyen orient et la validité de son dis­cours fon­dateur du Caire (5 juin 2009).

Le plan de partage de la Palestine, en 1947, avait légalisé un projet qui consti­tuait à l’origine un « fait colonial ». L’inscription de la Palestine au patri­moine de l’humanité ren­drait à l’organisation inter­na­tionale un peu d’humanité, à défaut de cré­di­bilité, en res­taurant les Pales­ti­niens dans leurs Droits légi­times, abré­geant leurs souf­frances en leur concédant une maigre com­pen­sation à la trop grande injustice dont ils ont pâti du fait des tur­pi­tudes occi­den­tales. Elle redo­rerait en prime le blason du pouvoir pales­tinien gra­vement dis­crédité par sa trop grande com­plai­sance à l’égard de la duplicité occidentale.

Les menaces de rétorsion israé­liennes paraissent dans ce contexte pathé­ti­quement déri­soires au regard des enjeux du fait que les accords israélo-​​palestiniens d’Oslo de 1993 ont déjà été vidés de leur sub­stance dès 1995 par Benyamin Neta­nyahu en per­sonne sans sus­citer la moindre réaction inter­na­tionale, du fait aussi que les Pales­ti­niens, par anti­ci­pation, ont, de tout temps, été, en tout état de cause, la cible de repré­sailles per­ma­nentes et conti­nuelles de la part des Israé­liens, du fait enfin que de telles menaces enfin ne sau­raient dis­suader les Pales­ti­niens de mettre en œuvre la satis­faction de leur objectif suprême, la jus­ti­fi­cation de tous leurs sacri­fices, la réa­li­sation de leur destin national.

Une telle démarche ne consti­tuerait d’ailleurs pas une nou­veauté en droit inter­na­tional. Elle serait en tout point simi­laire à celle empruntée par Israël avec sa décla­ration uni­la­térale d’indépendance du 14 Mai 1948. Elle pro­vo­querait un bou­le­ver­sement psy­cho­lo­gique à l’effet de placer les Israé­liens sur la défensive, une décision qui aurait le mérite de crever l’abcès au risque de déboucher sur un conflit ter­ri­torial à l’effet de lever l’ambiguïté sur les inten­tions des alliés d’Israël, les Etats-​​Unis et l’Union Européenne.

Terme ultime d’un combat inégal de soixante ans, la pro­cla­mation uni­la­térale de l’indépendance de la Palestine fera date dans l’histoire en ce qu’elle résonnera dans la conscience uni­ver­selle comme la sanction des pro­cédés dila­toires d’Israël et son mépris de la légalité inter­na­tionale. A n’en pas douter, elle sera perçue par l’opinion inter­na­tionale comme la fin de l’exception israé­lienne et la mise en conformité aux normes inter­na­tio­nales de l’Etat d’Israël, seul état au monde crée par une décision de l’ONU avec le Kosovo.

 [1]

[1] Références

1. La pro­messe Balfour : le 2 novembre 1917, en pleine guerre mon­diale, le ministre bri­tan­nique des Affaires étran­gères, Lord Arthur James Balfour publie une lettre où il indique que son gou­ver­nement est disposé à créer en Palestine un « foyer national juif ». Cette lettre ouverte n’a pour les Anglais d’autre intérêt que de ras­surer les juifs amé­ri­cains, plus portés à sou­tenir les Puis­sances cen­trales qu’une alliance où figure la Russie au passé lour­dement anti­sémite. Mais elle va légi­timer trente ans plus tard la création de l’État d’Israël. Adressée au baron de Roth­schild, la lettre a été en fait rédigée en étroite concer­tation avec ce dernier, qui préside l’antenne anglaise du mou­vement sio­niste, pro­moteur de l’installation des juifs en Palestine.

2. Le rapt des réserves natu­relles de Gaza par Israël (deuxième partie) L’objet véri­table du conflit par Peter Eyre Mon​dia​li​sation​.ca, Le 3 novembre 2009 The Palestine Tele­graph. Le champ Mari B d’Israël entre en fait dans les eaux de Gaza et pourrait être clas­sifié comme pro­priété conjointe. Israël reçoit du gaz naturel de ce champ depuis 2003 sans sus­citer la moindre condam­nation inter­na­tionale. Noble Energy a découvert le champ gazier Mari B en mars 2000 et a entamé la pre­mière pro­duction israé­lienne en off­shore le 24 décembre 2003. Le site de pro­duction est destiné à pro­duire jusqu’à 600 mil­lions de mètres cube par jour. Noble Energy a estimé que le total des réserves récu­pé­rables dépassait le trillion de mètres cube. Noble Energy est l’opérateur du projet avec 47,059% de par­ti­ci­pation directe avec des par­te­naires israé­liens Avner Oil Explo­ration Limited par­ti­ci­pation 23% Delek Drilling Limited par­ti­ci­pation 25,5% et Pro­perties Ltd 4,441%. Les Accords d’Oslo en 1995 ont donné aux pêcheurs de Gaza une zone de 20 miles nau­tiques, une recon­nais­sance neu­tra­lisée par le gou­ver­nement israélien. L’accord Bertini, en 2002, leur donnait une zone de 12 miles, réduite par la suite par l’armée israé­lienne à 6 miles nau­tiques en 2006. Cette zone elle-​​​​même est entre­coupée de zones tampons, la zone K, sur la fron­tière nord avec Israël avec 1,5 mile nau­tique de large et au sud, la zone M sur la fron­tière égyp­tienne avec 1 mile nau­tique de large. Entre les deux se situe la zone L, tota­lement contrôlée par la marine israé­lienne de manière très agressive.

3. La photo illus­trant cet article a été tirée du site http://​www​.jeru​sa​le​mites​.org/​T​estim… Site dédié aux témoi­gnages des per­sonnes ori­gi­naires de Jéru­salem « Al Makdissiounne » »

4. Le « Pacte pour l’immigration » proposé sous la pré­si­dence fran­çaise de l’Union euro­péenne (juin  –  décembre 2008) par M. Brice Hor­tefeux, alors Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Déve­lop­pement soli­daire, se pro­posait au niveau européen un double objectif : Har­mo­niser, d’une part, les poli­tiques euro­péennes en matière de flux migra­toire en fonction des capa­cités d’accueil de l’Europe sur le plan du marché du travail, du logement et des ser­vices sani­taires. Ins­taurer, d’autre part, au niveau com­mu­nau­taire, une har­mo­ni­sation des poli­tiques d’expulsion des migrants illégaux, du droit d’asile, et de la pro­motion de l’immigration pro­fes­sion­nelle légale. La Com­mission euro­péenne a iden­tifié, de son côté, en mai 2009, une liste de 45 projets de recherche public  –  privé, intitulé « Vers une société plus sûre et une meilleure com­pé­ti­tivité indus­trielle », dont huit sont clai­rement dédiés à la pro­tection des fron­tières. Leurs acro­nymes révèlent leurs objectifs : EFFISEC (Effi­cient Inte­grated Security Check­points) ; AMASS (Auto­nomous Maritime Sur­veillance System) ; GLOBE (Global Border Envi­ronment) ; TALOS (Trans­por­table Auto­nomous patrol for Land border Sur­veillance system) ; UNCOSS (Under­water Coastal Sea Sur­veyor) ; WIMA (Wide Maritime Area Air­borne Sur­veillance ; OPE­RAMAR (An Inter­ope­rable Approach to European Union Maritime Security Mana­gement) ; SEC­TRONIC (Security System for Maritime Infra­structure, Ports and Coastal Zones).

5. Dans un arrêt en date du 09/​​07/​​2004, la Cour a confirmé ce que redou­taient les auto­rités israé­liennes, à savoir l’illégalité au regard du droit inter­na­tional de l’ouvrage qu’elles construisent en Cis­jor­danie au nom de la lutte anti-​​​​terroriste. Le texte indique ainsi que « la Cour a conclu que la construction du mur consti­tuait une action non conforme à plu­sieurs obli­ga­tions légales inter­na­tio­nales incombant à Israël ». Pré­cisant que ces vio­la­tions du droit, consé­quences directes selon elle de l’édification de la « bar­rière de sécurité », la juri­diction a notamment men­tionné les entraves à la liberté de mou­vement des Pales­ti­niens, les entraves à leur droit au travail, à leur droit à la santé, à l’éducation, et à un « niveau de vie adéquat ». Ces exi­gences sont consi­gnées dans des conven­tions inter­na­tio­nales aux­quelles l’Etat hébreu a pourtant adhéré.