Le "document des prisonniers"

Pour la Palestine n°50, jeudi 19 octobre 2006

Scène palestinienne /

Le 11 mai dernier, des pri­son­niers pales­ti­niens appar­tenant aux orga­ni­sa­tions de la résis­tance nationale et isla­mique : Fatah, Jihad isla­mique, Hamas, FPLP et FDLP, co-​​signaient et publiaient un « Document d’entente nationale des pri­son­niers » dans lequel ils pro­posent, en dix-​​huit points, une pla­te­forme d’unité nationale, afin de mettre fin aux conflits internes à la société pales­ti­nienne. C’était sur la base de ce document que le peuple pales­tinien était appelé à approuver ou rejeter par réfé­rendum le 26 juillet pro­chain, selon un décret pro­mulgué par Mahmoud Abbas. PLP en publie ici la version inté­grale en français.

« Pour sau­ve­garder ce que notre peuple a accompli durant son long combat, par loyauté envers nos martyrs, nos pri­son­niers et nos blessés, étant donné que nous sommes encore dans une phase de libé­ration nationale, il nous faut établir une stra­tégie poli­tique. Aussi, pour faire de cette confé­rence de dia­logue national un succès, reposant sur les Accords du Caire, couplé à un urgent besoin d’unité et de soli­darité, nous, sous­signés, pré­sentons ce document pour le dia­logue national à notre peuple, au pré­sident de l’Autorité nationale pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, au Premier ministre Ismael Haniyeh, au conseil des ministres, aux membres du Conseil légis­latif pales­tinien, à toutes les asso­cia­tions et tous les groupes pales­ti­niens, aux hauts res­pon­sables et aux leaders d’opinion en Palestine et dans la Diaspora.

Nous espérons que ce document sera étudié dans son entièreté qu’il trouvera le soutien et l’approbation de tous et qu’il pourra contribuer à élaborer un document de conci­liation nationale palestinienne.

Les Pales­ti­niens, dans leur patrie et dans la Dia­spora, cherchent à libérer leur terre et à obtenir le droit à la liberté, au retour et à l’indépendance, y compris le droit de construire leur Etat indé­pendant avec Jéru­salem al-​​Shareef pour capitale, sur tous les ter­ri­toires occupés en 1967. Le peuple a aussi pour objectif d’assurer le droit au retour des réfugiés, la libé­ration de tous les pri­son­niers, sur la base du droit his­to­rique de notre peuple sur la terre de nos ancêtres, et celle de la Charte des Nations unies, de la légi­timité et du droit internationaux.

(Nous appelons à) accé­lérer les efforts afin de réa­liser ce qui a fait l’objet d’un accord au Caire en mars 2005 en ce qui concerne le déve­lop­pement et la réac­ti­vation de l’Organisation de Libé­ration de la Palestine et l’entrée du Hamas et du Jihad isla­mique dans l’OLP qui est seul repré­sentant légitime du peuple pales­tinien à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Ceci a pour but de répondre aux chan­ge­ments dans l’arène poli­tique pales­ti­nienne selon les prin­cipes de la démo­cratie et en confirmant l’autorité de l’OLP à assumer ses res­pon­sa­bi­lités à la direction de notre peuple, dans notre patrie et dans la Dia­spora. C’est aussi l’OLP qui doit mobi­liser les citoyens dans la défense de leurs droits nationaux, poli­tiques et huma­ni­taires dans tous les forums, cercles et dans l’arène inter­na­tionale et régionale. De plus il est de notre intérêt national de former un nouveau Conseil National Pales­tinien avant la fin de 2006 de façon à assurer la repré­sen­tation pro­por­tion­nelle de toutes les forces pales­ti­niennes natio­nales et isla­miques, les groupes, les partis et de notre peuple. L’OLP doit donc demeurer un front et un cadre larges et une coa­lition nationale globale pour tous les Pales­ti­niens dans notre patrie et dans la Dia­spora et elle sera le point de réfé­rence poli­tique. (Nous affirmons) le droit du peuple pales­tinien à résister et à main­tenir l’option de résis­tance sous des formes dif­fé­rentes, en se foca­lisant sur la résis­tance dans les Ter­ri­toires occupés en 1967, en parallèle avec l’action poli­tique, les négo­cia­tions et la diplo­matie où existe une forte par­ti­ci­pation de tous les sec­teurs de la résis­tance populaire.

(Nous appelons à) établir un projet poli­tique pales­tinien visant à une action poli­tique globale et à har­mo­niser le langage poli­tique pales­tinien sur la base du pro­gramme de consensus national, la légi­timité arabe et les réso­lu­tions inter­na­tio­nales qui donnent justice au peuple pales­tinien repré­senté par l’OLP, l’Autorité pales­ti­nienne repré­sentée par le pré­sident et le gou­ver­nement, les groupes isla­miques et nationaux, les orga­ni­sa­tions de la société civile et les per­son­na­lités publiques. Ce projet a pour objectif de mobi­liser le soutien arabe, isla­mique et inter­na­tional au niveau poli­tique, financier, écono­mique et huma­ni­taire et la soli­darité avec notre peuple et l’ANP et d’obtenir plus de soutien en faveur des droits de notre peuple à l’autodétermination, à la liberté, au retour et à l’indépendance. Il vise également à mani­fester notre oppo­sition au plan israélien d’imposer une solution uni­la­térale à notre peuple et au siège qui opprime les Palestiniens.

(Nous appelons à) pro­téger et ren­forcer l’Autorité pales­ti­nienne en tant que coeur du futur Etat pales­tinien, né du combat et des sacri­fices du peuple pales­tinien ; insister sur la nécessité pour les plus hauts intérêts nationaux que nous res­pec­tions la consti­tution inté­ri­maire de l’ANP, les lois effec­tives, l’autorité et les res­pon­sa­bi­lités du pré­sident élu selon la volonté des Pales­ti­niens dans des élec­tions libres, hon­nêtes et démo­cra­tiques. Nous appelons aussi à res­pecter l’autorité et les res­pon­sa­bi­lités du gou­ver­nement qui a reçu le vote de confiance du Conseil légis­latif pales­tinien. [Nous devons] insister sur l’importance et la nécessité d’une coopé­ration entre la pré­si­dence et le gou­ver­nement. Il faut des actions conjointes et des réunions régu­lières entre eux pour régler les dif­fé­rends qui pour­raient appa­raître, en accord avec la consti­tution inté­ri­maire. Toute action devra être entre­prise dans l’intérêt supé­rieur des Pales­ti­niens et pour les besoins d’une réforme globale des ins­ti­tu­tions de l’ANP, par­ti­cu­liè­rement de l’autorité judi­ciaire qui devra être res­pectée à tous niveaux, ses règles appli­quées et où elle est auto­risée à ren­forcer l’Etat de droit.

(Nous appelons à) former un gou­ver­nement d’unité nationale qui assure la par­ti­ci­pation de tous les blocs par­le­men­taires, en par­ti­culier le Fatah et le Hamas, et toutes les forces poli­tiques qui sou­haitent par­ti­ciper sur la base de ce document et du pro­gramme conjoint pour redresser la situation pales­ti­nienne aux niveaux arabe, régional et inter­na­tional. Leur but sera aussi de faire face aux défis en construisant un gou­ver­nement national fort avec le soutien popu­laire et poli­tique pales­tinien de toutes les forces qui prennent en compte les intérêts de tous ceux qui portent le fardeau de la rési­lience, de la résis­tance et de l’Intifada et qui sont vic­times de l’agression israé­lienne. Ceci s’applique en par­ti­culier aux familles des martyrs, pri­son­niers et blessés et aux pro­prié­taires des maisons et des biens démolis, détruits par l’occupation. Il faudra aussi s’occuper des étudiants et des chô­meurs. Les négo­cia­tions sont de la res­pon­sa­bilité de l’OLP et du pré­sident de l’ANP sur la base de l’adhésion aux objectifs nationaux pales­ti­niens et de la réa­li­sation des objectifs, à la condition que tout accord sera pré­senté au nouveau PNC pour appro­bation ou pour un réfé­rendum tenu dès que possible.

La libé­ration de tous les pri­son­niers et détenus est un devoir national sacré qui doit être assuré par tous les groupes et forces pales­ti­niens nationaux et isla­miques ; l’OLP et l’ANP repré­sentés par le pré­sident et le gou­ver­nement, le Conseil légis­latif et toutes les forces de la résistance.

(Nous appelons à) redoubler d’efforts pour sou­tenir et aider les réfugiés, pour défendre leurs droits, et nous devons pré­parer une confé­rence popu­laire repré­sentant les réfugiés, qui créerait des com­mis­sions afin de remplir nos devoirs envers les réfugiés et d’insister sur le droit. La com­mu­nauté inter­na­tionale doit faire pression pour faire appliquer la réso­lution 194 des Nations unies, qui stipule que les réfugiés doivent avoir le droit de retourner chez eux et d’être indemnisés.

(Nous appelons à) tra­vailler sérieu­sement à former un « Front de la résis­tance pales­ti­nienne », pour mener et coor­donner la résis­tance et la lutte pales­ti­niennes et à en constituer une réfé­rence poli­tique unifiée.

(Nous appelons à) res­pecter stric­tement les prin­cipes démo­cra­tiques et à tenir des élec­tions géné­rales régu­lières, selon la loi. Ces élec­tions, pré­si­den­tielles, locales et muni­ci­pales, seront hon­nêtes, justes et démo­cra­tiques. Elles res­pec­teront le principe de transfert paci­fique et en douceur de l’autorité. Nous devrons pro­téger l’expérience démo­cra­tique en Palestine et res­pecter tout choix démo­cra­tique et les résultats qui en découlent. De plus il faudra res­pecter l’Etat de droit, les libertés publiques fon­da­men­tales, la liberté de la presse, l’égalité en droits et devoirs entre les citoyens, sans dis­cri­mi­nation. Il faudra res­pecter, déve­lopper et pro­mouvoir les acquis des femmes.

(Nous appelons à) rejeter et condamner le siège qui est imposé au peuple pales­tinien sous la direction d’Israël et des Etats-​​Unis, et demander aux pays arabes, aux niveaux popu­laire, officiel et média­tique, de sou­tenir l’OLP et l’ANP. (Nous appelons) les pays arabes à faire appliquer les déci­sions poli­tiques, finan­cières, écono­miques des sommets arabes qui sou­tiennent le peuple pales­tinien et sa cause nationale. Et à affirmer que l’ANP est favo­rable au consensus arabe et à une action arabe conjointe.

(Nous appelons) le peuple pales­tinien à rester soli­daire et uni, à unifier ses rangs et à sou­tenir l’OLP et l’ANP repré­sentés par le pré­sident et le gou­ver­nement, à sou­tenir la rési­lience et la résis­tance du peuple face à l’agression israé­lienne et au siège, et à rejeter toute inter­fé­rence dans les affaires internes palestiniennes.

(Nous appelons à) éviter toutes les formes de division qui pour­raient amener à des luttes internes ; à condamner l’utilisation des armes pour résoudre les dif­fé­rends internes et à interdire l’usage des armes ; à insister sur le caractère sacré du sang pales­tinien et à adhérer au dia­logue comme seul moyen de résoudre les désac­cords. Il faut qu’il y ait liberté d’expression dans les médias, ce qui concerne aussi les partis en oppo­sition à l’autorité et ses déci­sions, en accord avec la loi ; il faut adhérer au droit à la pro­tes­tation paci­fique, et orga­niser des défilés, des mani­fes­ta­tions et des sit-​​in à la condition qu’ils soient paci­fiques, sans armes et ne s’attaquent pas aux biens des citoyens ou aux biens publics.

L’intérêt national exige de trouver les meilleures façons de per­mettre à notre peuple et à ses forces poli­tiques dans la Bande de Gaza de par­ti­ciper à la lutte pour la liberté, le droit au retour et à l’indépendance et au combat pour libérer la Cis­jor­danie et Jéru­salem ; notre intérêt national nécessite que nous rééva­luions nos méthodes de lutte afin de trouver les meilleures pour résister à l’occupation.

(Nous appelons à) réformer et déve­lopper tous les ser­vices de sécurité pales­ti­niens de façon à leur per­mettre d’assurer leurs res­pon­sa­bi­lités dans la défense de notre patrie et de notre peuple et quand ils font face à l’agression et l’occupation. Il est de leur devoir de main­tenir l’ordre et la sécurité, de faire appliquer la loi, de mettre fin à l’état de chaos sécu­ri­taire et d’anarchie, au port d’armes en public et aux défilés mili­taires, de confisquer toutes armes qui feraient du tort à la résis­tance et défor­me­raient son image ; ou qui mena­ce­raient l’unité de la société pales­ti­nienne. Il est aussi néces­saire de coor­donner et d’organiser les rap­ports entre les ser­vices de sécurité et la résis­tance et d’organiser et de pro­téger leurs armes.

(Nous appelons) le CLP à continuer à édicter des lois qui régulent le travail des forces de sécurité dans ses divers ser­vices et à tra­vailler à l’élaboration d’une loi qui interdise l’exercice d’une activité poli­tique ou par­tisane à tout membre des ser­vices de sécurité, requérant par ce biais que tous agissent selon la réfé­rence poli­tique issue de l’élection telle que définie par la loi.

(Nous appelons à) tra­vailler à inten­sifier le rôle et la pré­sence des orga­ni­sa­tions de soli­darité inter­na­tio­nales et des groupes paci­fistes qui sou­tiennent notre peuple dans sa juste lutte contre l’occupation, les colonies et le mur d’apartheid, à la fois poli­ti­quement et loca­lement ; et à tra­vailler à l’application de l’avis de la Cour inter­na­tionale de Justice émis à La Haye à propos du mur et des colonies et de leur pré­sence illégale.

Document signé par : Marwan Bar­ghouti, député, membre du Fatah Abdul­khalq An-​​Natshah, Haute com­mission de Direction, Hamas Bassam As-​​Sadi, Jihad Isla­mique Abdur­rahim Mallouh, député, membre du Comité exé­cutif de l’OLP, secrétaire-​​général adjoint du FPLP Front Popu­laire de Libé­ration de la Palestine) Mustafa Badarneh, FDLP (Front démo­cra­tique de Libé­ration de la Palestine)

Note : le Jihad isla­mique a exprimé des réserves sur la question relative aux négociations.
-