Le discours qu’Olmert aurait pu faire…

Simone Susskind, samedi 14 juin 2008

L’auteure, pré­si­dente de « Actions in the Medi­ter­ranean », "fait un rêve" : Olmert s’adressant aux peuples pales­tinien et israélien pour la paix, le pardon et la récon­ci­liation qui passent par la recon­nais­sance de l’ histoire

« Je suis né en Palestine, à la fin de la Seconde guerre mon­diale, dans une famille de mili­tants sio­nistes membres du parti Hérout et de sa branche armée, l’Etzel (dit Irgoun), qui prônait la création d’un Etat juif sur la totalité de la Terre d’Israël, incluant "les deux rives du Jourdain"- donc la Cis­jor­danie et une partie de l’actuelle Jor­danie. La vic­toire mili­taire extra­or­di­naire de notre armée en 1967 nous a rap­prochés de notre objectif du "Grand Israël". La colo­ni­sation a été notre grand projet, nous avons investi des fonds et des efforts consi­dé­rables pour encou­rager le déve­lop­pement dans les ter­ri­toires occupés.

Nous n’avons pas accepté de gaieté de cœur la res­ti­tution du Sinaï à l’Égypte, mais ce sacrifice était néces­saire pour garantir la paix avec le pays arabe le plus important de la région et assurer notre mainmise sur la Palestine et le Golan.

La pre­mière Intifada a ébranlé notre croyance dans les vertus du statu quo, mais c’est avec la seconde Intifada que j’ai pris conscience que nous fai­sions fausse route. Que jamais le peuple pales­tinien ne renon­cerait à son indé­pen­dance nationale. J’ai aussi compris que la vio­lence et le ter­ro­risme se nour­ris­saient en grande partie de la souf­france des popu­la­tions pales­ti­niennes enfermées dans des ter­ri­toires exigus et disloqués.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris la décision d’entamer avec les diri­geants de l’OLP des négo­cia­tions immé­diates qui conduiront à un accord de paix mettant fin de manière défi­nitive au conflit qui nous oppose au peuple pales­tinien par la création d’un Etat pales­tinien incluant la totalité des ter­ri­toires conquis en 1967. En consé­quence, je m’engage à retirer les forces d’occupation israé­liennes de ces ter­ri­toires et les colons qui les occupent dans l’année qui suivra la signature d’un accord entre nous.

En ce jour solennel du 60e anni­ver­saire de l’Etat d’Israël, je m’adresse à vous, mes conci­toyens juifs et arabes, au peuple juif, et aussi à l’ensemble du peuple pales­tinien : le temps est venu d’abattre les murs de la peur, de construire la paix et l’entente entre nos deux peuples, une paix juste et accep­table pour tous, une paix qui nous per­mettra de nous consacrer ensemble au déve­lop­pement de nos deux pays. Comme le disait si jus­tement Itzhak Rabin en 1993, à Paris, alors qu’il recevait, avec Yasser Arafat et Shimon Pérès, le Prix Houphouët-​​Boigny pour la Recherche de la Paix de l’Unesco : "Nous sommes pressés d’épargner les larmes de douleur d’une autre mère israé­lienne, les larmes d’amertume d’une autre mère pales­ti­nienne. Nous sommes pressés de voir une lumière s’allumer dans les yeux de voisins qui n’ont pas connu le moindre jour de liberté et de joie. Nous sommes pressés de pouvoir nous pro­mener à notre aise et pro­fiter de la vie, en tous lieux du pays d’Israël… Nous sommes pressés pour ces enfants qui naî­tront dans un monde nouveau où hos­tilité et guerre ne seront plus que des mots oubliés, enterrés dans les dictionnaires".

Pour que ce rêve se réalise, la signature d’un traité de paix ne suffira pas. Il nous faudra aussi mettre en place un véri­table pro­cessus de réconciliation.

Je m’adresse à vous, peuple pales­tinien, et en ce moment solennel, je vou­drais vous pré­senter les excuses du gou­ver­nement de l’Etat d’Israël pour les souf­frances que nous avons été amenés à vous infliger tout au long de ce siècle dou­loureux pour nos deux peuples.

Pour avoir contribué à chasser des cen­taines de mil­liers de vos parents et grands-​​parents de leurs terres lors de notre guerre d’indépendance, je vous exprime nos regrets. Pour avoir refusé à des dizaines de mil­liers d’entre eux d’y revenir, pour avoir détruit et enseveli nombre de ces vil­lages sous nos villes, nos colonies et nos ter­rains agri­coles, je vous demande pardon. Pour avoir exercé des poli­tiques dis­cri­mi­na­toires à l’égard de la popu­lation pales­ti­nienne d’Israël, je demande pardon. Pour avoir déve­loppé la colo­ni­sation dans les Ter­ri­toires occupés au détriment des pro­prié­taires de ces terres, pour avoir utilisé la sécurité de nos conci­toyens - une sécurité qui est vitale - afin d’enfermer la popu­lation pales­ti­nienne der­rière des cen­taines de bar­rages, un mur infran­chis­sable, des routes inter­dites aux habi­tants de ces ter­ri­toires, je demande pardon. Dans ce pro­cessus de récon­ci­liation que nous met­trons en place ensemble dès main­tenant, il sera important que les voix de toutes celles et de tous ceux qui ont souffert soient entendues, y compris les voix de mes frères juifs qui ont perdu des proches, inno­centes vic­times d’un ter­ro­risme aveugle, ou de ceux qui ont perdu un de leurs enfants, un de leurs frères, dans des guerres qui auraient pu être évitées.

Je sais que tout ce que je dis aujourd’hui ne pourra calmer la douleur de celles et ceux qui ont souffert dans leur chair mais c’est à partir de là que pourront se construire des ponts entre nos deux peuples, que pourra se tourner la page d’un passé dou­loureux et qu’ensemble, nous écrirons un nouveau cha­pitre dans l’histoire de cette région afin d’offrir enfin à nos enfants et à nos petits-​​enfants la pos­si­bilité de vivre dans la paix et le respect mutuel.

Shalom - Salaam. »