Le discours de Netanyahou vu de Palestine

Fares Chahine, mercredi 17 juin 2009

Il avait l’habitude de jouer avec les mots, d’être ambigu, d’user de manœuvres, mais dans son dis­cours de dimanche a l’université Bar Ilan, dans la ban­lieue de Tel-​​Aviv, le Premier ministre Benyamin Neta­nyahou a été très clair en refusant aux Pales­ti­niens les droits les plus élémen­taires que leur garantit la légi­timité internationale.

Il a tout sim­plement mis sous le paillasson les clés de toute solution juste d’une question pour laquelle des cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens et d’Arabes de dif­fé­rentes natio­na­lités ont sacrifié leur vie durant plus de 60 ans de conflit avec l’Etat hébreu. En refusant aux Pales­ti­niens tout retour des réfugiés dans leurs foyers en affirmant qu’il devrait se faire en dehors d’Israël, et en excluant de res­tituer la ville sainte d’El Qods occupée en 1967, sous pré­texte que celle-​​ci devrait rester « la capitale unifiée de l’Etat d’Israël », le Premier ministre annihile tout espoir de paix dans la région tel que sou­haité par la com­mu­nauté inter­na­tionale. Et comme si ces posi­tions dog­ma­tistes ne suf­fi­saient pas, Neta­nyahou impose des condi­tions étouf­fantes à son pseudo futur Etat pales­tinien. Celui-​​ci devrait ainsi être « démi­li­tarisé » et découpé en ban­toustans isolés, sans sou­ve­raineté aucune sur ses fron­tières ni sur ses aires ni sur ses eaux ter­ri­to­riales. Et ce n’est pas fini !Les Pales­ti­niens devraient exprimer une recon­nais­sance préa­lable et franche « de l’Etat d’Israël, comme Etat pour le peuple juif » !

« Raciste et extrémiste »

Concrè­tement, Neta­nyahou ne propose rien d’autre aux Pales­ti­niens qu’un déni de droit de vivre, à l’instar de tous les peuples du monde dans la dignité et l’honneur que fournit un Etat indé­pendant et surtout sou­verain. C’est dire que son dis­cours n’a pas vraiment surpris les Pales­ti­niens sinon par « sa fran­chise » sur ses vrais des­seins. Et c’est fort logi­quement qu’il a été dénoncé par l’ensemble des forces poli­tiques pales­ti­niennes. Ainsi, l’Autorité pales­ti­nienne, du « modéré » Mahmoud Abbas, a jugé par la voix de son porte-​​parole Nabil Abou Rou­deina, que le dis­cours de Neta­nyahou « sape les efforts de paix ». « Les propos de Neta­nyahou ont sapé toutes les ini­tia­tives, paralysé tous les efforts en cours et défié les posi­tions pales­ti­niennes, arabes et amé­ri­caines », a-​​t-​​il déploré. Pour Nabil Abou Rou­deina « notre exi­gence prin­cipale est la fin de l’occupation, une solution juste pour les réfugiés et l’arrêt de la colo­ni­sation. Les autres détails seront abordés dans le cadre des négo­cia­tions », a-​​t-​​il ajouté. De son côté, le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien, Saeb Erekat, s’est montré extrê­mement pes­si­miste suite au dis­cours de Netanyahou.

Iro­nique, il a estimé que « le pro­cessus de paix avance à la vitesse d’une tortue. Ce soir, Neta­nyahou l’a mise sur le dos », a-​​t-​​il com­menté. Et de s’adresser au pré­sident amé­ricain : « Pré­sident Obama, la balle est dans votre camp. Vous avez le choix, ce soir. Vous pouvez traiter Neta­nyahou comme un Premier ministre au-​​dessus des lois (…), refermer la voie de la paix et plonger toute la région dans la vio­lence, du chaos, de l’extrémisme et des mas­sacres. L’alternative est de faire en sorte que Neta­nyahou se conforme à la feuille de route. » Le mou­vement Hamas qui contrôle la bande de Ghaza depuis le mois de juin 2007, n’est pas allé de main morte pour dire tout le « bien » qu’il pense du dis­cours du Premier ministre israélien. Deux mots résument la position du parti de Ismaïl Hanieh : raciste et extré­miste. Dans un com­mu­niqué paru juste après la fin du dis­cours, le Hamas a dit que « Neta­nyahou pré­sente aux Pales­ti­niens un Etat sans identité, sans sou­ve­raineté, sans El Qods, sans droit au retour des réfugiés, sans armée et sans armes et est décidé a pré­server les colonies ». Dans le même com­mu­niqué, le Hamas a appelé l’Autorité pales­ti­nienne et l’ensemble des pays arabes à arrêter tout contact avec l’Etat hébreu.