Le cri d’espérance de théologiens palestiniens

Dominique Greiner, vendredi 18 décembre 2009

Des théo­lo­giens pales­ti­niens alertent l’opinion inter­na­tionale sur la situation de leur peuple et espèrent la fin de l’occupation israélienne

Que contient cet appel ?

Sous l’égide du Conseil œcumé­nique des Églises (COE), 16 théo­lo­giens pales­ti­niens – dont le patriarche latin émérite, l’évêque luthérien et un arche­vêque grec-​​orthodoxe de Jéru­salem – inter­pellent les res­pon­sables poli­tiques pales­ti­niens et israé­liens, la com­mu­nauté inter­na­tionale et tous les chré­tiens dans le monde, sur l’urgence d’une paix juste. Ils appellent à la fin de l’occupation de la Palestine.

Le titre de l’appel – Un moment de vérité – fait écho à la démarche engagée par des théo­lo­giens sud-​​africains au milieu des années 1980, alors que le système de l’apartheid appa­raissait inébran­lable. Leur appel avait gal­vanisé les Églises et l’opinion publique dans leurs luttes contre le régime et contribué à sa chute. C’est un même mou­vement que les théo­lo­giens espèrent lancer, en réfutant une inter­pré­tation idéo­lo­gique de l’Écriture qui jus­ti­fierait l’occupation de la Palestine.

Comment la situation est-​​elle analysée ?

Les signa­taires veulent se situer sur le seul plan de la justice, en dehors de toute consi­dé­ration poli­tique. Ils qua­li­fient l’occupation des terres pales­ti­niennes en termes de « péché à l’encontre de Dieu et de l’humanité ». Décrivant la situation pales­ti­nienne en termes de « drame », de « tra­gédie », de « douleur », ils évoquent le mur de sépa­ration qui « a converti (leurs) villes et (leurs) vil­lages en prison ». Ils dénoncent la colo­ni­sation israé­lienne, les dis­cri­mi­na­tions et les humi­lia­tions quo­ti­diennes, les menaces sur la liberté reli­gieuse, le sort des pri­son­niers crou­pissant dans les prisons.

Surtout, ils déplorent le mépris de l’État d’Israël pour le droit inter­na­tional, ainsi que l’immobilisme de la com­mu­nauté inter­na­tionale. À leurs yeux, cette situation jus­tifie la résis­tance pales­ti­nienne. Ils y voient même un droit et un devoir, dans la mesure où elle peut hâter la récon­ci­liation. Pour cela, la haine et la vio­lence ne peuvent être des ins­tru­ments de résistance.

Quel est leur espoir ?

Loin de céder à la rési­gnation, les signa­taires estiment que la situation peut évoluer. À défaut d’espoir, il reste aux chré­tiens de Palestine l’espérance : « La bonté de Dieu finira par vaincre un jour le mal dans lequel nous vivons », écrivent les théo­lo­giens. Pour cela, ils appellent les Pales­ti­niens à la déso­béis­sance civile, et la com­mu­nauté inter­na­tionale au respect des textes inter­na­tionaux et à des sanc­tions écono­miques à l’encontre d’Israël.

À leurs yeux, la vitalité des com­mu­nautés chré­tiennes, les avancées de l’œcuménisme et des dia­logues inter­re­li­gieux, la soif de justice et « la déter­mi­nation à dépasser les ran­cunes du passé », sont autant de signes d’espérance, propres à sou­tenir « la résis­tance dans la logique de l’amour ». [1]

[1] Des reli­gieux pales­ti­niens veulent aussi ins­taure une

journée mon­diale de la prière pour Gaza

, le 20 décembre 2009

Le père Manuel Musallam, né à Bir Zeit, était prêtre à Gaza pendant 14 ans, sans pouvoir la quitter. En mai dernier, il a pris sa retraite, fatigué, épuisé par ce qu’il a enduré aux côtés de son peuple, essayant de le sou­tenir et l’aider par toutes ses forces, sans dis­tinction poli­tique, reli­gieuse ou idéo­lo­gique. Ses appels au secours, le monde les a trop peu entendu. Ses mises en garde contre la mani­pu­lation poli­tique et le danger des extré­mismes n’ont pas été prises en compte dans le monde.

C’est à Gaza qu’il a laissé ses amis et tous ont pleuré à ses adieux, les musulmans et les chré­tiens. Ils ont su voir en lui non seulement un prêtre mais un bâtisseur de la Paix qui ne se décou­ra­geait pas quand les briques de cet édifice s’écroulaient sous les bombes.

Il a pris sa retraite à Bir Zeit, non loin de Ramallah. Retraite de ses fonc­tions pas­to­rales mais non de son enga­gement. Il est chargé, par L’Autorité pales­ti­nienne, et soutenu par le Saint-​​​​Siège d’organiser et diriger la Com­mission islamo-​​​​chrétienne et le Dépar­tement des Chré­tiens du monde.

Ses amis musulmans lui ont souvent dit que c’est par lui qu’ils ont découvert le chris­tia­nisme. Il est donc naturel que l’appel à la prière com­mé­mo­rative mon­diale de l’attaque contre Gaza vienne de lui, ancien directeur de deux grandes écoles gazaouies.

Les ébauches de cette journée ont été peau­finées en sep­tembre, lors de notre ren­contre. Le triste anni­ver­saire aura lieu le 27 décembre mais pour pouvoir ras­sembler et sen­si­bi­liser autant d’amis que pos­sible, nous avons choisi le 20 décembre, jour où le patriarche de Jéru­salem, Mgr Fuad Twal a prévu de donner la messe de Noël à Gaza, une semaine avant celle de Bethléem. Il y aura ainsi une com­munion à travers le monde avec ce peuple dont les médias nous parlent peu mais qui continue à souffrir dans l’enclos sans sortie phy­sique ou morale, avec peu de lueur d’espoir ou d’espérance(…). Nous vous invitons de faire connaître cette journée à tous ceux qui se sentent concernés par la souf­france injuste, inno­cente et inutile.