Le conflit israélo-palestinien se joue au cœur de Hébron

Depuis le début le 1er octobre d’une spirale de violences meurtrières entre Israéliens et Palestiniens, heurts et attaques sont devenus quotidiens au cœur même de la ville.

L’Orient le Jour avec AFP, vendredi 30 octobre 2015

Au moins sept jeunes Palestiniens, accusés d’avoir attaqué des soldats et un colon, sont tombés sous les balles israéliennes ces derniers jours près du tombeau des Patriarches à Hébron, un lieu emblématique du conflit, national et religieux, qui oppose Israéliens et Palestiniens.

Pour les habitants de Hébron, ce lieu saint - d’un côté une synagogue, de l’autre une mosquée dont les entrées sont filtrées par des soldats israéliens - est le symbole le plus criant de l’occupation israélienne.

Les Palestiniens redoutent que ce site de la Vieille ville serve de modèle pour un partage de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, autre lieu sacré pour les musulmans et les juifs mais où ces derniers n’ont pas le droit de prier.

La plus grande ville de Cisjordanie a longtemps été le cœur commercial du territoire occupé mais l’arrivée de colons israéliens a changé le visage de la cité où reposent, selon la tradition, Abraham, Sarah et d’autres figures bibliques.

Les colons sont plus de 500 à vivre retranchés en centre-ville sous protection de l’armée et d’une zone-tampon. La rue des Martyrs, autrefois grouillante, n’est plus aujourd’hui qu’une enfilade d’échoppes fermées. Autour d’eux vivent environ 200.000 Palestiniens.

Depuis le début le 1er octobre d’une spirale de violences meurtrières entre Israéliens et Palestiniens, heurts et attaques sont devenus quotidiens au cœur même de la ville et les habitants sont "cinq fois plus nombreux" à consulter Médecins sans frontières. "Les enfants souffrent d’énurésie nocturne et ont peur de quitter leur maison", affirme cette ONG. Quant aux adultes, "beaucoup ne parviennent plus à manger ni à dormir. Ils pleurent de peur et de désespoir".

"Tentatives de judaïsation"

Pour les habitants de Hébron, il n’y a pas d’espoir d’amélioration. Au fil des décennies, la colonisation a progressé, le tombeau des Patriarches -la mosquée d’Ibrahim pour les musulmans- a été coupé en deux après qu’un extrémiste juif y a abattu 29 musulmans en prière en 1994, les agressions de colons sont devenues monnaie courante et les moyens déployés par la direction palestinienne ou les forces internationales d’interposition n’ont rien donné.

"Hébron est le seul endroit où les colons sont installés au cœur de la ville", souligne Issa Amro, figure de la lutte anticolonisation. Les violences actuelles sont "la réponse aux tentatives de judaïsation de la Vieille ville, aux exécutions sommaires et à la protection accordée par l’armée aux exactions des colons", dit-il.

L’armée israélienne, interrogée par l’AFP, affirme que ses soldats ont agi "en état de légitime défense" à Hébron. "Les consignes de tir ont été respectées", a assuré un responsable militaire en soulignant que cette ville est un "lieu de tension permanente en raison du facteur religieux" et "le centre le plus actif" du mouvement islamiste Hamas en Cisjordanie occupée.

Le 17 octobre, trois jeunes, dont une adolescente de 16 ans, sont abattus aux abords du tombeau des Patriarches. L’armée israélienne affirme que deux d’entre eux tentaient de poignarder des soldats. Le troisième a été tué par un colon qu’il tentait d’agresser.

Trois jours plus tard, Oudaï al-Masalmeh, 24 ans, passe à l’acte près de Hébron. Il poignarde un soldat et est abattu. "Lorsque les Israéliens l’ont empêché d’entrer sur l’esplanade des Mosquées, il s’est mis en tête de devenir un martyr", explique sa mère. "Pendant une semaine, il a aiguisé son couteau", renchérit sa veuve.

"Si c’était ta sœur"

Le 25 octobre, Dania Irshaid est tuée par balles devant le tombeau des Patriarches. Les autorités israéliennes assurent que cette Palestinienne de 17 ans tentait de poignarder un soldat, mais des témoins affirment qu’elle présentait son cartable ouvert à la fouille des soldats qui lui ont tiré dessus à plusieurs reprises alors qu’elle reculait, bras en l’air.

Raëd Jaradat, étudiant de Hébron de 22 ans, publie alors sur Facebook la photo de la jeune fille, son voile blanc imbibé de sang, et écrit "Imagine si c’était ta sœur". Le lendemain, il essaie de poignarder un soldat à un check-point à l’entrée de Hébron et est abattu.

Le même jour, Saad al-Atrach, 20 ans, est tué non loin du tombeau des Patriarches. Il ne présentait pourtant aucun danger, selon Amnesty International qui dénonce des répliques israéliennes "injustifiées".

Jeudi, encore à proximité du lieu saint, deux autres Palestiniens ont été abattus par les forces israéliennes après deux attaques au couteau.

Au total, depuis le début de la vague de violences le 1er octobre, près des deux tiers des assaillants palestiniens présumés abattus venaient de la région de Hébron. En rétorsion aux attaques, Israël confisque les corps et menace de détruire leur maison familiale. Ce sont des "punitions collectives" qui vont "enflammer les esprits des Palestiniens", préviennent des parents qui réclament la restitution du corps de leurs enfants.