Le conflit israélo-​​arabe n’est pas une priorité pour Obama

Yair Lapid, jeudi 24 juillet 2008

Le can­didat démo­crate à la pré­si­den­tielle amé­ri­caine, Barack Obama, actuel­lement en visite en Israël, ne mentira pas aux Israé­liens, mais il ne dira pas la vérité non plus, estime Yediot Aharonot.

Il ne mentira pas quand il dira qu’il s’intéresse à nous, que les Etats-​​Unis sont notre meilleur ami et qu’il s’engage à nous assister en temps de paix comme en temps de guerre. Mais il ne nous dira pas la vérité – qu’il a d’autres pré­oc­cu­pa­tions qui sont plus urgentes, des amis dont il se soucie davantage et d’autres gens qu’il doit aider dans leur lutte quo­ti­dienne. Tout can­didat démo­crate à la pré­si­dence sait que la Floride est l’Etat clé qui a ruiné les chances d’Al Gore de par­venir à la Maison-​​Blanche. Les Juifs de Miami repré­sentent exac­tement les 3,5 % dont Obama a besoin pour rem­porter une vic­toire dans cet Etat. Il ne nous mentira donc pas, parce qu’il n’a pas de raison de le faire, et il ne nous dira pas la vérité non plus, parce qu’ils l’écoutent.

Notre pro­blème avec Obama, ce ne sont pas ses opi­nions – il a les bonnes, tout comme n’importe quel can­didat démo­crate pro­gres­siste – mais plutôt ses prio­rités. La question israé­lienne n’est tout sim­plement pas une urgence pour lui. Depuis que Jimmy Carter est parti de la Maison-​​Blanche, nous n’avons pas eu la chance de tomber sur un pré­sident amé­ricain objectif. Reagan nous consi­dérait comme un élément de la guerre froide, Bush senior, Clinton et Bush junior nous sou­te­naient en raison de leurs convic­tions reli­gieuses (et par amitié per­son­nelle). Obama va peut-​​être devenir le premier pré­sident objectif depuis trente ans.

Pour lui, chaque dollar qu’il nous envoie, c’est un dollar de moins pour les quar­tiers pauvres de Détroit ; chaque gilet pare-​​balles donné à l’armée israé­lienne, c’est un gilet de moins pour un marine sta­tionné en Irak ; chaque conten­tieux avec les Saou­diens se traduit par une aug­men­tation du prix de l’essence dans les stations-​​service de Los Angeles. Dans les jours à venir, Obama nous prouvera de plus d’une façon qu’il nous aime bien, mais il ira ensuite s’occuper des choses qui comptent vraiment pour lui.

Point n’est besoin de se pencher long­temps sur la question pour com­prendre ce qui est important pour lui, il l’a dit plus d’une fois. Dans le dis­cours qui l’a mis en avant lors de la Convention du Parti démo­crate en 2004, il avait déclaré : "S’il y a un enfant des quar­tiers sud de Chicago qui ne sait pas lire, c’est important pour moi, même si ce n’est pas mon enfant. S’il y a quelque part une per­sonne âgée qui ne peut pas s’acheter les médi­ca­ments dont elle a besoin et qu’elle doit choisir entre se soigner ou payer le loyer, ma vie en est plus pauvre, même si ce n’est pas un de mes grands-​​parents. S’il y a une famille arabe-​​américaine qui se fait arrêter sans pouvoir avoir accès à un avocat ou droit à un procès, cela menace mes libertés civiques." Depuis cette époque, il y a bien plus d’enfants qui ne savent pas lire à Chicago, bien plus de per­sonnes âgées qui n’ont pas les moyens de se soigner et bien plus d’Arabes qui ont été retenus sans procès à Guan­tanamo ou en Irak.

Dans les jours à venir, nous serons exposés à l’éloquence d’Obama – rares sont les gens capables de faire des dis­cours comme lui et aucun mieux que lui. Comme tout grand orateur, il ne mentira pas ; il nous épar­gnera sim­plement la vérité – nous allons être confrontés à un dur pro­cessus de révision. S’il est élu, il devra s’occuper des fai­blesses des Etats-​​Unis : la chute du dollar, la crise de l’énergie, la montée de la Chine, le retrait des troupes de l’Irak et l’énorme déficit du com­merce exté­rieur. Quand il en aura fini – s’il finit un jour –, il faudra qu’il décide ce qui a le plus grand intérêt pour lui : un groupe d’Israéliens bruyants qui ne peuvent se passer de l’attention de la plus grande super­puis­sance du monde, ou ses frères et cousins affamés d’un Kenya déchiré par la guerre civile et ravagé par le sida, qui le regardent avec des yeux sup­pliants en espérant que son Amé­rique croit vraiment au chan­gement. Il y aura cer­tai­nement du chan­gement, mais cela risque de ne pas nous plaire.

Yediot Aharonot