Le comité rennais en Palestine : lisez les comptes rendus

Message et photos du comité rennais de l’AFPS, lundi 28 juillet 2003

Le groupe de Rennes s’est rendu en Palestine en juillet 2003, accom­pagné de volon­taire de Brest, Alençon et Paris. Découvrez ici les textes et les photos qu’ils nous ont transmis.

Ramallah - 19 juillet 2003

Ce 19 juillet 2003, nous arrivons sur la place Al Manara, au centre de Ramallah, alors qu’il y règne une bien éton­nante effervescence.

Des jeunes gens courent en tous sens, s’agglutinent avec fré­nésie autour des ven­deurs de journaux. En effet, ce jour là, ce sont les résultats du Al twjehe l’équivalent de notre bac. Au milieu de cette foule, nous par­ta­geons la joie de tous, quelle agréable sur­prise… Un vieil homme près de moi, engage la conver­sation, me raconte les souf­frances de sa vie, m’indique que tout récemment des terres de son village ont été confis­quées par les troupes d’occupation, une nou­velle colonie en pers­pective. La feuille de route ne l’oublions pas vient de s’accompagner d’un vote à la Knesset indi­quant qu’Israël affirme que la Cis­jor­danie et Gaza sont des ter­ri­toires israé­liens et qu’il n’y a abso­lument aucune raison de limiter les colonies (que la com­mu­nauté inter­na­tionale, l’ONU déclarent en toute logique au regard du droit inter­na­tional comme illé­gales) mais bien au contraire de les étendre. D’autres hommes se joignent à notre conver­sation, puis un cortège de mani­fes­tants s’approchent. En tête de cortège, sont brandis des cartes d’Israël et de Palestine faisant appa­raître le tracé du mur honteux de Sharon. D’autre affiches portent « Non à la paix sans Jéru­salem ! » Plus tard, nous retrouvons Benoît, pro­fesseur de mathé­ma­tiques à l’université de Bir-​​Zeit. Cette année n’a connu que 4 à 5 semaines perdues par des actions de l’armée d’occupation, une année calme en quelque sorte.

Par hasard, nous passons devant un ras­sem­blement : ban­de­roles, affiches. On reconnaît le por­trait de Ghassan Kanafani, l’écrivain assassiné dans les années soixante-​​dix à Bey­routh par les ser­vices secrets israé­liens. Nous décidons d’aller voir de plus près. Ce sont des familles de pri­son­niers pales­ti­niens, détenus dans les prisons israé­liennes. Nous sommes accueillis par une jeune femme qui nous explique que cette ini­tiative « de la base » a lieu chaque samedi depuis trois semaines et qu’elle est sou­tenue par l’ensemble des partis poli­tiques pales­ti­niens.. Un res­pon­sable nous demande qui nous sommes avant de nous inviter à entrer dans le jardin. Notre appar­te­nance à l’AFPS, qu’il connaît bien, semble le ras­surer. Un jeune ori­gi­naire de Deir Istiya est aussi présent dans l’assemblée, et se sou­vient bien des chan­tiers de 1996 et 1998 orga­nisés par le Comité Rennais : comme il connaît deux d’entre nous, cela finit de mettre Issam, notre inter­lo­cuteur en confiance. Il nous pré­sente alors à l’assistance, com­posée d’une qua­ran­taine de femmes. Elles sont assises et portent sur leurs genoux des pho­to­gra­phies dont cer­taines semblent un peu passées, déjà. Issam leur explique le sens de notre visite. Aus­sitôt, toutes les femmes nous entourent et nous demandent de les prendre en photo avec les por­traits de leurs proches, pères, frères, enfants…

Elles nous demandent de raconter les condi­tions de détention, les refus opposés au droit de visite, les condam­na­tions à per­pé­tuité ou à des peines très lourdes pour des fautes souvent contestées par leurs auteurs sup­posés. Elles nous disent le scandale de la détention admi­nis­trative, pro­longée de six mois en six mois, sans aucune forme de jugement, méthode déjà uti­lisée par le pouvoir blanc Sud Africain du temps de l’apartheid. Ces photos, elles semblent s’y rac­crocher comme à des bouées de sau­vetage… Pour ne pas oublier. Pour ne pas laisser s’évanouir le sou­venir des regards, la chaleur des corps, leur odeur… Pour refuser à toute force l’ignominie des numéros matri­cules, la déshu­ma­ni­sation. Ces pri­son­niers ont un nom, une his­toire, qu’on s’en sou­vienne ! Ils ont des amours, des enfants qu’ils n’ont parfois qu’à peine connus. La plupart d’entre eux a enduré sévices et tor­tures, comme ce jeune sorti depuis peu de détention admi­nis­trative et qui nous montre son biceps, tra­versé de part en part par une aiguille d’acier. Cicatrices…

Nous témoi­gnerons. Nous nous enga­geons à faire notre pos­sible pour les sortir de l’anonymat, pour leur redonner un visage, un nom…

Ils s’appellent ainsi :

Mohammad Hashem Khalaf, de Ramallah, empri­sonné depuis un an et demi sans jugement.. Il risque vingt ans de prison pour acti­vités de résis­tance armée. Il a 22 ans.

Maher Ali Mohammad Muter, de Qalandia. Il est lui aussi en détention admi­nis­trative depuis deux ans et encourt une peine de 27 ans d’emprisonnement pour avoir tiré sur une colonie. Il a quatre enfants.

Ahmad Azzam Msafer Massara al Nubani, âgé de 26 ans. Condamné à treize ans de prison pour avoir appartenu à la force 17, la force de pro­tection rap­prochée du pré­sident Arafat. Son père avait été tué au Liban en 1982. Sa mère n’a plus obtenu de droit de visite depuis trois mois.

Hassan Ali Muneer Salameh de Bei­tunia. Condamné à per­pé­tuité. En prison depuis 1982. Il a deux enfants. Sa femme s’est débrouillée toute seule pour les nourrir et les élever. Elle n’a pu le voir depuis trois ans. Il se trouve actuel­lement à la prison d’Ashkelon. Ses deux enfants sont aujourd’hui étudiants. Ils n’ont pour ainsi dire jamais connu leur père.

Aïssa Mohammad al Jabari, ori­gi­naire de Hébron. Empri­sonné en mai 2002. Battu vio­lemment lors de son inter­ro­ga­toire : rate éclatée, deux ver­tèbres brisées… Il est en prison à Beer Sheva. Tou­jours en détention admi­nis­trative, il risque trente ans de prison. Sa mère dénonce les mau­vaises condi­tions de détention.

Ahmad Mahmoud Kaabne est bédouin, de la région de Jéricho. Il aurait tué deux colons armés. Il a deux filles. Toute visite a été interdite depuis deux ans. Aupa­ravant, seuls son père et sa mère avaient pu lui rendre visite. On leur a interdit de lui faire par­venir de la nourriture.

Raed Mahmoud Youssef Zebar Qdsar. Empri­sonné depuis 2002, il est menacé d’une peine de 20 ans. Depuis deux mois, les visites sont inter­dites.. Il a été placé en cellule d’isolement.. Marié, il a un petit garçon. Seules sa mère et parfois sa femme avaient pu le voir. Il est lui aussi à Beer Sheva.

La liste serait longue… Ces quelques exemples suf­fisent à illustrer les condi­tions dans les­quelles l’Etat d’Israël, au mépris des droits humains, main­tient en détention, souvent sans jugement, près de huit mille pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens, parmi les­quels quatre-​​vingt dix femmes. Cette ini­tiative des familles de pri­son­niers n’en est qu’à ses débuts, mais elle semble vouloir s’inscrire dans la durée. Déjà, des délé­ga­tions se sont rendues auprès du premier ministre, Abou Mazen, et auprès de Yasser Arafat, pour exiger que la question de la libé­ration des pri­son­niers ne fasse pas l’objet de ter­gi­ver­sa­tions, ni de com­promis. Selon nos inter­lo­cu­teurs, cette question, à l’instar de celle du droit au retour des réfugiés, du déman­tè­lement des colonies, et du statut de Jérusalem-​​est, constitue un enjeu nodal, non négo­ciable. Cette exi­gence sera à nouveau rap­pelée, samedi pro­chain à Ramallah, lors d’une mani­fes­tation conjointe avec Taayush (« Rap­pro­chement ») ce groupe de mili­tants israé­liens for­tement engagé dans la lutte contre l’occupation. Si cette mani­fes­tation se confirme, nous y par­ti­ci­perons également.

Jérusalem - 19 juillet 2003

Nous rejoi­gnons Jéru­salem. Les check-​​points sont actuel­lement plus souples nous dit-​​on et cependant pour nous alors qu’en tant qu’étrangers nous sommes épargnés, nous res­sentons à chaque regard des gamins ou gamines en uni­formes qui nous contrôlent combien ils aiment humilier.. Nous avons à Jéru­salem, la grande joie de passer la soirée avec Neta Golan, coor­di­na­trice de l’ISM mais aussi et surtout jeune maman de la char­mante Nolan et mariée à un homme pales­tinien. Elle nous dit les pres­sions subies, les procès qui l’attendent, les projets qu’elles pré­parent avec ses amis de tous les coins du monde. Un rappel d’une des actions pour les­quelles elles risquent et assument avec déter­mi­nation la quasi cer­titude de goûter aux geôles de son pays avec son bébé : en février ou mars 2001, elle avait eu connais­sance d’un nouveau projet d’arrachage d’oliviers. Aussi Neta golan et une amie se sont enchaînées chacune à un olivier.. Les mili­taires ont coupé les chaînes et elles ont été arrêtées puis tous les oli­viers ont été arrachés. Les paysans pales­ti­niens alentour se mirent à prier pour leur soutien à ces cou­ra­geuses mili­tantes israé­liennes. D’autres mili­tants ont été pour­suivis notamment car l’un d’eux avait été vu filmant les évène­ments. Le film a été sauvé et a été transmis au plus grand nombre (bien entendu, aucune de nos chaînes télé­visées n’a jugé bon de nous le dif­fuser). DLD

Hébron - Ren­contre avec un des res­pon­sables du centre de loisirs d’été pour jeunes filles - 21 juillet 2003

Ce responsable nous présente les activités du centre, qui vient d’ouvrir.

« Pour qu’elles puissent se diriger, demander leurs droits, pour résister, construire une autre vie, vivre »]]

Les enfants n’ont nul part où jouer. Nous sommes un petit groupe qui essaie de s’occuper d’eux. Notre groupe n’est pas le même que celui dirigé par les auto­rités, qui prennent les enfants de 6 à 14 ans : ici, nous les prenons jusqu ’au bac. Chacune paie sa part pour financer l’activité : 10 shekels [soit un peu plus de deux euros] pour une période de quinze jours. Notre but est de former des leaders féminins en Palestine dans les vil­lages, pour qu’elles puissent se diriger, demander leurs droits, pour résister, construire une autre vie, vivre. Il y a uni­quement des filles, peut-​​être l’année pro­chaine le projet sera élargi. Sept ou huit jeunes filles encadrent les enfants. Cer­taines on passé leur bac, d’autres font des études à l’université. Ils font de l’art, de la danse, et d’autres acti­vités de ce type. Elles rentrent chez elle à 14 heures. Pour aider à acheter des crayons, des boîtes sont mises devant les mosquées.

« Maintenant, toutes les entrées des villages sont fermées »

Les israé­liens qui s’emparent des terres situées autour des colonies consi­dèrent ces terres comme les leurs. Les mis­sions de cueillette des olives que vous faîtes ne servent pas seulement à avoir des olives, mais aussi à pro­téger notre terre. Merci. Vous avez aidé les agri­cul­teurs à gagner leur vie, parce qu’ils ont pu cueillir leurs olives. Vous avez protégé ces agri­cul­teurs, menacés par les colons, qui tuent les Pales­ti­niens qui s’approchent de leurs colonies. La majorité des Pales­ti­niens étaient des ouvriers qui tra­vaillaient autrefois en Israël, mais également sur ce qui leur restait de terre, pour les cultiver. Main­tenant, toutes les entrées des vil­lages sont fermées. Il fallait 10 mn pour aller d’ici au centre d’Hébron. Vous avez vu main­tenant combien de temps vous avez mis ? La route que vous avez pris tout à l’heure est une route que nous avons construite récemment. Avant, il fallait trois heures, et marcher dans les champs par des petits chemins.

« Il s’est caché pour sauver sa vie, et finalement il est mort »

J’ai une his­toire triste qui vient d’arriver il y a quatre jours. Des ouvriers essayaient d’aller tra­vailler clan­des­ti­nement en Israël. Des soldats israé­liens les ont vu et les ont pour­suivi avec leur Jeep.. Il y a eu un accident. Deux ouvriers sont morts. Ce qui est très important à dire, c’est qu’un ouvrier, qui n’était pas très gra­vement blessé, a préféré s’enfuir. Il est allé très loin se cacher parmi les arbres.. Après l’arrivée de l’ambulance qui trans­portait des blessés, il a eu peur. Il est resté quatre heures caché entre les arbres. Sa famille s’inquiétait. Il a télé­phoné à sa famille et demandé du secours. On est allé le chercher et on l’a trouvé dans un état très grave. Fina­lement, il est mort. Il ne s’est pas enfui : il s’est caché pour sauver sa vie, et fina­lement il est mort .

« Comment faire un cessez-​​le-​​feu puisqu’on est pas armé ? »

Tous les jours, on a des morts près des check points. Les Israé­liens les consi­dèrent comme des ter­ro­ristes, mais ce sont des ouvriers qui cherchent à gagner leur vie. Les Israé­liens détruisent leurs maisons, arrêtent les gens : c’est une vie qui n’est acceptée par per­sonne. La seule chose qui nous a poussé à accepter la « feuille de route » c’est le cessez-​​le-​​feu. Nor­ma­lement, le cessez-​​le-​​feu devrait être fait par les Israé­liens parce que c’est eux qui tirent tout le temps. Le peuple n’est pas armé. Il est pri­sonnier chez lui. Comment faire un cessez-​​le-​​feu puisqu’on est pas armé ? Eux, ils ont des tanks. Ce qui est bizarre, c’est que beaucoup de gou­ver­ne­ments pensent que c’est une guerre à égalité, armée contre armée. Israël a une force immense. Cette feuille de route, c’est mal­heu­reu­sement une manoeuvre poli­tique qui va contre notre demande d’indépendance. On ne veut pas voir un seul colon en Palestine. On est capable de vivre sur notre terre sans aucun pro­blème : même si on est pauvre, on s’en fiche. Tout le peuple vit une vie misé­rable. Les com­pa­gnies amé­ri­caines et la poli­tique amé­ri­caine veulent voler les intérêts de tout le monde, diriger le monde entier. Le danger qui menace les Pales­ti­niens, vous menace aussi et menace tout le monde. Un pro­verbe arabe dit : « on a mangé la vache blanche parce que la vache noire n’a pas voulu défendre la vache blanche, et fina­lement la vache noire a été mangée le même jour ». On a des gou­ver­ne­ments qui sont très mauvais. On sait bien la raison de l’occupation : vos gou­ver­ne­ments aussi ont aidé les Israé­liens à s’installer. Les rela­tions entre notre gou­ver­nement et le vôtre sont des rela­tions hon­nêtes, et pas d’intérêt. Le blocage des ter­ri­toires cause des pro­blèmes sociaux, poli­tiques, écono­miques. Les gens n’ont pas de travail, ne réus­sissent pas à acheter du pain.. On ne dit pas cela pour que vous nous donniez de l’argent, mais pour que vous nous sou­teniez beaucoup plus, pour en ter­miner avec cette occu­pation. Nous avons de bonnes rela­tions avec des Israé­liens de gauche qui viennent ici.. Ils nous invitent à aller chez eux, mais mal­heu­reu­sement on ne peut y aller. C’est dif­ficile aussi pour eux de venir ici parce que la loi israé­lienne le leur interdit, mais quand on réussit à se ren­contrer ici en cachette, les enfants peuvent les voir. Nous mon­trons ainsi la dif­fé­rence entre ce qui est mauvais et bon. La pre­mière fois que les enfants les ont vu, ils ont eu peur.

« J’ai envie d’aller à l’extérieur »

J’ai envie d’aller à l’extérieur. On m’a proposé d’aller en Italie, mais je n’ai pas le droit de quitter mon pays. Je ren­contre souvent des gens de pays euro­péens, et même des Etats-​​Unis. Beaucoup de gens d’ici ne peuvent pas quitter le pays, donc nous sommes très contents de vous voir. Je ne peux aller chez vous, mais vous êtes ici : c’est extra­or­di­naire. Ceux qui sont allés en France ou dans d’autres pays euro­péens, quand ils reviennent, ils sont très contents. On sou­haite qu’un jour pour vous l’entrée et la sortie dans notre pays soit plus facile.. Pour l’année pro­chaine, ça serait for­mi­dable de pouvoir faire des échanges avec des enfants français qui vien­draient ici. Malgré tout ce qui se passe, on ne quittera jamais notre pays, on restera tou­jours ici, on résistera. Votre visite nous aide et aide les gens qui voient un avenir très sombre.

Hébron - Le comité de défense de la terre d’Hébron - 22 juillet 2003

Fondée en 1994, le Comité de Défense de la Terre, est une asso­ciation Pales­ti­nienne spé­cia­lisée sur la défense des Pales­ti­niens qui se sont vu confisquer leurs terres par Israël. Ils consti­tuent des dos­siers et portent plainte devant les tri­bunaux israé­liens auprès des­quels il obtiennent parfois gain de cause. Depuis 1967, Israël a confisqué 450 000 dunums de terres pales­ti­niennes sous dif­fé­rents pré­textes : 1. Les zones mili­taires situées prin­ci­pa­lement près de la fron­tière à l’est, appelées zones de sécurité 1.. Les routes réservées aux colons (qui com­portent des zones d’exclusion de 100 m. de part et d’autre de la route) 2.. Les colonies

Après Oslo les Israé­liens ont confisqué plus de 276 000 dunums Israël a pris pos­session de terres déclarées « vides » près de la fron­tière mais les auto­rités pales­ti­niennes recensent plus de 116 000 habi­tants dans dif­fé­rents hameaux de ces zones.. Même si Israël déclare cer­taines colonies illé­gales, l’état israélien leur fournit pro­tection, eau, élec­tricité et infra­struc­tures rou­tières. Depuis le cessez-​​le-​​feu, le Comité de Défense de la Terre rap­porte une aug­men­tation des confis­ca­tions de plus de 20% par rapport à la période anté­rieure. Pour constituer les dos­siers per­mettant d’étayer les plaintes des Pales­ti­niens lésés, le CDT recherche des photos satel­lites afin de prouver le bornage des pro­priétés. Le CDT remercie les mis­sions civiles qui inter­viennent depuis deux ans pour aider les paysans pales­ti­niens à cueillir leurs olives dans les zones menacées par les colons. La pré­sence d’internationaux a permis de dis­suader les colons de faire feu sur les paysans. Cer­tains agri­cul­teurs n’avaient pu remettre les pieds dans leur pro­priété depuis dix ans. D’ores et déjà, les mis­sions civiles bre­tonnes de France-​​Palestine Soli­darité se sont engagées et orga­nisées pour continuer d’intervenir dans la région d’Hébron aux côtés des agri­cul­teurs menacés.

Hébron, Cisjordanie, 24 juillet 2003.

En 1947, l’ONU avait donné 52% du ter­ri­toire de la Palestine his­to­rique à Israël. A l’issue de la guerre israélo-​​arabe de 47/​48, Israël annexe 78% des terres. Lors de la guerre des six jours en 1967, Israël poursuit son expansion en occupant la Cis­jor­danie, Gaza et le Golan Syrien (tou­jours occupé aujourd’hui) En 1987, au CNP d’Alger, l’OLP reconnaît l’existence de l’Etat d’Israël dans les fron­tières d’avant 67. Selon les réso­lu­tions de l’ONU, les ter­ri­toires occupés doivent être évacués par l’armée israé­lienne, et toute forme de colo­ni­sation est consi­dérée comme illégale (aux yeux des conven­tions de Genève).

Pourtant la colo­ni­sation démarre aus­sitôt après la guerre des six jours. Elle s’est pour­suivie sous chaque gou­ver­nement depuis lors (y compris pendant la « paix d’Oslo »). Une colonie, c’était souvent au départ une zone confisquée par les mili­taires pour y ins­taller un camp. Puis des civils s’y ins­tal­laient peu à peu. Cer­taines d’entre elles sont devenues de véri­tables villes. Sharon, Ministre de la défense en 1982 avait annoncé la couleur en donnant l’impulsion à une cam­pagne massive de colo­ni­sation afin de rendre impos­sible toute pers­pective d’autonomie ou d’Etat pales­tinien.. Depuis, le pouvoir des colons est devenu tel qu’ils n’hésitent pas à s’approprier de facto des terres pales­ti­niennes, en y ins­tallant des bun­galows. L’armée, non seulement ne les en empêche pas, mais doit assurer leur sécurité selon les ordres émanant du gou­verneur militaire.

A Hébron, des colons se sont ins­tallés en plein cœur de la vieille ville, ce qui lors des accords d’Oslo a conduit à élaborer un statut par­ti­culier pour cette ville, qui n’a jamais été évacuée par l’armée. C’est également à Hébron que se trouve une des plus grandes colonies des ter­ri­toires occupés, appelée Kyriat Arba,

Avec sa famille élargie qui compte une cen­taine de per­sonnes, Sameeh vit à la limite sud de la colonie de Kiryat Arba, dans un groupe de cinq maisons. Il propose de nous y conduire , afin que nous puis­sions nous rendre compte des condi­tions dans les­quelles il vit. Sur le chemin, nous constatons que des maisons pales­ti­niennes, situées à inter­valles régu­liers le long de la route qui mène de la colonie au sanc­tuaire des patriarches, ont été investies par l’armée. L’école du quartier a été trans­formée en base mili­taire. De même, des bar­rages de terre entravent la cir­cu­lation des habi­tants à proximité de la colonie. Ils inter­disent l’accès aux ambu­lances en cas d’accident ou d’attaques de l’occupant.

Il raconte dif­fé­rents événe­ments dont cer­tains ont été relatés, nous précise-​​t-​​il, par des médias inter­na­tionaux.. Un jour, des soldats tour­naient autour de la maison en har­celant la famille. L’un d’eux a attaché la grille de la maison à sa jeep et l’a arrachée. Deux des enfants, âgés res­pec­ti­vement de trois et huit ans, s’y étaient agrippés : ils ont été traînés sur une tren­taine de mètres ; le plus âgé a eu 71 points de suture et le plus jeune 58 situés prin­ci­pa­lement sur la tête. Sameeh nous montre les pho­to­gra­phies qu’il a prises à la cli­nique. Il ne s’agit pas d’un accident , dit-​​il : « les soldats riaient ». Récemment, Sameeh a reçu un ordre mili­taire pour la des­truction de sa maison. Cet ordre faisait réfé­rence à la « sécurité des colons » : or la maison n’était pas située dans le péri­mètre de sécurité. Alors les colons ont construit une nou­velle clôture, au ras de sa maison, expro­priant de fait un hectare de jardin. Il a refusé de se plier à cet ordre de démo­lition alors, dans la nuit du 5 avril 2003 les soldats israé­liens ont tiré dans la chambre des enfants, blessant l’un d’entre eux à la jambe. Cet enfant vit aujourd’hui avec une jambe raide. La zone a été interdite d’accès aux jour­na­listes. Depuis, la maison continue à être la cible de tirs comme en témoignent les impacts de balles à l’intérieur des pièces et les vitres brisées. Sameeh en vient à nous parler de sa famille. Ses enfants ont tous des pro­blèmes psy­cho­lo­giques. De nom­breuses plaintes ont été déposées à la police israé­lienne, dans les­quelles figurent des ana­lyses médi­cales faites sur les blessés, ainsi que des pho­to­gra­phies qui montrent, dit-​​il, toute la « bar­barie israé­lienne ».. Son père a 60 ans. Il a été opéré du cœur en février 2003 à la suite d’une crise car­diaque. Cela n’a pas empêché les colons de lui demander de quitter sa maison. Comme il refusait, ils l’ont attaqué et il a été touché d’une balle. Sameeh a réussi a lui sauver la vie car il avait des connais­sances médi­cales suf­fi­santes pour lui donner les pre­miers soins. Les enfants sont régu­liè­rement agressés phy­si­quement par les soldats ou les colons, notamment sur le chemin de l’école. Les soldats pro­cèdent régu­liè­rement à des per­qui­si­tions dans les maisons le jour et la nuit. L’eau et l’électricité sont régu­liè­rement coupées par les Israéliens.

En tant que per­sonne civile ayant la natio­nalité pales­ti­nienne, Sameeh ne béné­ficie d’aucune pro­tection face aux agres­sions des colons. L’armée a l’ordre de n’intervenir que pour assurer la sécurité des colons, et non pour s’interposer entre eux et les Pales­ti­niens lorsque ces der­niers sont vic­times d’attaques. Les lois, dit-​​il, sont sys­té­ma­ti­quement bafouées lorsqu’il s’agit des Pales­ti­niens. « Ils nous traitent comme si nous n’étions pas des être humains » déplore-​​t-​​il. Malgré cela, à chaque agression, il va porter plainte à la police israé­lienne. Mais celle-​​ci accepte rarement de les enre­gistrer. Pourtant, les preuves ne manquent pas.

Pourtant, Sameeh ne renonce pas. Il dit que quoiqu’il arrive il restera chez lui, qu’il s’efforcera de faire recon­naître ses droits. Il s’engage par ailleurs dans l’action col­lective en par­ti­cipant à la création d’d’u asso­ciation de quartier, Al Mahawer, « le car­refour ». Cette asso­ciation a été créée en 2000 pour faire face aux condi­tions très dures que connaît le quartier sud d’Hébron en raison de l’attitude des colons. Elle est la seule qui tra­vaille dans le domaine médical. Elle agit, comme nous l’explique Sameeh, « dans l’intérêt des habi­tants », grâce notamment aux aides qu’elle reçoit d’associations locales et inter­na­tio­nales. Al-​​Mahawer, qui est auto­risée par l’Autorité Pales­ti­nienne, offre dif­fé­rents ser­vices aux habi­tants : aides aux familles pauvres, aux enfants orphelins, aux femmes démunies, etc. L’association donne également des cours de pre­miers secours, possède une cli­nique ouverte 24h/​24, ainsi qu’un labo­ra­toire d’analyses médi­cales. Depuis quelques jours, elle est dotée d’une salle d’urgence. Par ailleurs, elle tra­vaille en asso­ciation avec L’union des comités de secours médical pales­tinien (UPMRC). Sameeh nous décrit rapi­dement le fonc­tion­nement d’AL-Mahawer : les ser­vices y sont gra­tuits pour tous, et l’on y reçoit entre 60 et 100 per­sonnes par jour pour des consul­ta­tions diverses. L’équipe médicale est composé notamment d’un médecin, d’un pédiatre, et d’un médecin spé­cialisé dans le han­dicap et la réédu­cation fonc­tion­nelle.. Le quartier, explique Sameeh, a besoin de tout : il n’y a pas de centre culturel pour les enfants, aucune activité. L’association a donc créé un centre culturel avec d’autres asso­cia­tions locales (dont des psy­cho­logues qui tra­vaillent avec les enfants souf­frant de troubles liées aux vio­lences de l’occupation).

Voilà un exemple particulièrement éloquent de la résistance palestinienne.

Si vous souhaitez contacter les membres de l’association

AL-​​MAHAWER SOCIETY

Sameeh N. Da’na, Manager Palestine Hebron Jabel Joher old city Tel 2291381 FAX 2291380 Po Box 338 Mobile 052 909218 EMAIL : Al-​mahawer@​hotmail.​com