“Le champ du pos­sible”, de Frank Barat - entretien avec Noam Chomsky et Ilan Pappe

Frank Barat, mardi 25 novembre 2008

Le livre de Frank Barat, d’entretien avec Noam Chomsky et Ilan Pappe vient de sortir aux éditions ADEN. Vous trou­verez à l’intérieur de ce livre une interview de Noam Chomsky réa­lisée en 2007 et une interview croisée Noam Chomsky-​​Ilan Pappe réa­lisée en 2008. Ci-​​dessous un extrait de ce livre :

Couverture

Frank Barat  : Le terme apar­theid est de plus en plus utilisé par les Orga­ni­sa­tions non-​​gouvernementales pour décrire les actions israé­liennes envers les Pales­ti­niens (à Gaza, les TPO mais aussi en Israël même). La situation en Palestine et Israël est-​​elle com­pa­rable à l’apartheid en Afrique du sud ?

Ilan Pappé : Il existe des points communs mais également des dif­fé­rences. L’histoire colo­niale porte en elle de nom­breux cha­pitres communs et cer­tains aspects de l’apartheid se retrouvent dans la poli­tique qu’Israël mène contre sa propre minorité pales­ti­nienne et contre les habi­tants des ter­ri­toires occupés. Cer­tains aspects de l’occupation sont malgré tout pires que la réalité de l’apartheid sud-​​africain et cer­tains autres aspects dans le quo­tidien des citoyens pales­ti­niens en Israël ne sont abso­lument pas com­pa­rables à ce que fut l’apartheid. Le point de com­pa­raison essentiel est pour moi l’inspiration poli­tique. Le mou­vement anti-​​apartheid, l’ANC, les réseaux soli­daires construits au fil des années en Occident, devraient ins­pirer une cam­pagne pro-​​palestinienne plus précise et plus efficace. C’est pour cela que l’histoire de la lutte anti-​​apartheid doit être apprise plutôt que de s’appesantir à com­parer le sio­nisme avec l’apartheid.

Noam Chomsky : Il ne peut y avoir de vraie réponse à cette question. Il existe des simi­la­rités et des dif­fé­rences. En Israël même, il y a de réelles dis­cri­mi­na­tions mais on est très loin de l’apartheid de l’Afrique du sud. Dans les Ter­ri­toires Occupés, l’histoire est tout autre. En 1997, j’ai pro­noncé un dis­cours d’ouverture à l’Université Ben Gourion dans le cadre de l’anniversaire de la guerre de 1967. J’ai lu un para­graphe lié à l’histoire de l’Afrique du sud. Aucun com­men­taire n’a été nécessaire.

En y regardant de plus près, la situation dans les Ter­ri­toires Occupés diffère de l’apartheid à de nom­breux égards. Sur cer­tains aspects, l’apartheid sud-​​africain fut beaucoup plus vicieux que ce qui se pra­tique en Israël et sur d’autres aspects, on pourrait dire l’inverse. Pour prendre un exemple, l’Afrique du sud blanche existait par le travail noir. La grande majorité de la popu­lation ne pouvait être exclue. A un moment donné, Israël reposait sur une main-d’œuvre pales­ti­nienne bon marché et cor­véable à merci mais celle-​​ci a été rem­placée depuis long­temps par de petites mains venues d’Asie, d’Europe de l’Est et d’ailleurs. Les Israé­liens seraient sou­lagés si les Pales­ti­niens dis­pa­rais­saient. Et l’on peut dire que les poli­tiques qui prennent forme suivent de près les recom­man­da­tions de Moshe Dayan pendant la guerre de 1967 : les Pales­ti­niens “conti­nueront de vivre comme des chiens et ceux à qui cela ne plaît pas, peuvent partir”. D’autres recom­man­da­tions encore pires ont été émises par cer­tains huma­nistes amé­ri­cains de gauche gran­dement reconnus. Michael Waller, par exemple, de l’Institute of Advanced Studies à Prin­ceton et rédacteur du journal démo­crate socia­liste Dissent, a émis l’idée voilà 35 ans, que les Pales­ti­niens étant des “mar­ginaux de la nation”, on devrait leur “donner les moyens” de partir. Il parlait des citoyens pales­ti­niens en Israël et c’est une idée lar­gement reprise encore récemment par l’ultranationaliste Avigdor Lie­berman et relayée aujourd’hui parmi les prin­cipaux cou­rants d’opinion en Israël. Je met­trais de côté les vrais fana­tiques comme le pro­fesseur de droit d’Harvard, Alan Der­showitz qui déclare qu’Israël ne tue jamais de civils mais seulement des ter­ro­ristes — ce qui revien­drait à dire que “ter­ro­riste” signifie “tué par Israël” — et qu’Israël devrait avoir pour objectif un ratio de 1000 pour zéro ce qui sous-​​entend “exter­miner les brutes”. Ceci est lourd de sens lorsqu’on sait que ceux qui défendent de telles idées sont lar­gement res­pectés dans les cercles les plus éclairés aux États-​​Unis et même en Occident. On peut ima­giner ce que seraient les réac­tions si de tels propos étaient tenus à l’égard des Juifs.

Pour revenir à la question, il n’y a pas de réponse claire à apporter sur une pos­sible analogie.

Table des matières

- Note d’intention.….….….….….….….….….….….….… 5
- Partie 1 Noam Chomsky et Ilan Pappé : entretien sur le conflit israélo-​​palestinien prin­temps 2008.….….….….….….….….….….….….…7
- Partie 2 Noam Chomsky et Frank Barat : consi­dé­ra­tions sur le conflit israélo-​​palestinien prin­temps 2007.….….….….….….….….….….….…..27

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