Le boycott intensifie la pauvreté

Oxfam International, lundi 14 mai 2007

Une enquête com­man­ditée par l’organisation inter­na­tionale de déve­lop­pement Oxfam et rendue public aujourd’hui démontre que la sus­pension de l’aide occi­dentale et le refus d’Israël de trans­férer l’argent dû à l’Autorité Pales­ti­nienne (AP) ont eu des consé­quences huma­ni­taires impor­tantes pour les Palestiniens.

L’enquête menée par le Pales­tinian Centre for Public Opinion (PCPO) sou­ligne que plus des quatre cin­quièmes des 677 familles inter­rogées déclarent avoir connu une baisse de revenus suite au boycott imposé à l’Autorité Pales­ti­nienne depuis un an. La moitié des familles ont avoué avoir perdu plus de la moitié de leurs revenus.

Le PCPO a également interrogé 67 res­pon­sables d’écoles, d’hôpitaux et de ser­vices liés à l’eau en Cis­jor­danie et à Gaza. Les neuf dixièmes confirment que leurs ser­vices ont été néga­ti­vement affectés par le boycott. La moitié des res­pon­sables de ser­vices essen­tiels ont reconnu avoir dû réduire de 50 pour cent la four­niture des ser­vices du fait du manque de financement.

Les Pales­ti­niens luttent pour joindre les deux bouts depuis que des dona­teurs clés comme les Etats-​​Unis, l’Union euro­péenne ou le Canada ont sus­pendu leur aide directe au gou­ver­nement pales­tinien en avril 2006, suite à la vic­toire du Hamas aux élec­tions par­le­men­taires. Peu après, Israël a cessé de trans­férer les recettes fis­cales et doua­nières dues à l’AP.

Les dona­teurs occi­dentaux ont expliqué que leur but n’était pas de punir le peuple pales­tinien, mais plutôt de changer les poli­tiques du gou­ver­nement dirigé par le Hamas. Mais l’enquête d’Oxfam démontre que le boycott financier a eu un impact dévas­tateur sur la popu­lation civile.

"L’aide inter­na­tionale devrait être fournie de façon impar­tiale, sur base des besoins, et non servir d’outil poli­tique destiné à changer les poli­tiques d’un gou­ver­nement" a déclaré Jeremy Hobbs, le directeur exé­cutif d’Oxfam Inter­na­tional. "Oxfam s’oppose à toute vio­lence commise à l’encontre de civils et sou­tient le droit d’Israël d’exister aux côtés d’un Etat pales­tinien viable et indé­pendant. Mais sus­pendre l’aide et confisquer les revenus fiscaux (en vio­lation d’accords inter­na­tionaux) ne consti­tuent pas des moyens éthiques et effi­caces pour par­venir à ce résultat. Dans ce cas-​​ci, cela n’a pas fonc­tionné et cela a poussé les parents à s’endetter, les enfants à quitter l’école et les familles à ne plus avoir accès aux médi­ca­ments et aux soins de santé", a pour­suivi Hobbs.

Les efforts de l’Union euro­péenne pour continuer à sou­tenir les popu­la­tions civiles pales­ti­niennes en effec­tuant des paie­ments directs à de nom­breux fonc­tion­naires et béné­fi­ciaires d’aide sociale ont échoué à éviter la spirale de la pau­vreté : selon les Nations unies, la pau­vreté a aug­menté de 30 pour cent en 2006.

"Lors de leur pro­chaine réunion à Bruxelles, les ministres euro­péens des Affaires étran­gères ont l’occasion de res­taurer la confiance des Pales­ti­niens vis-​​à-​​vis de l’Union euro­péenne. Ils ne doivent pas rater cette oppor­tunité", a déclaré Hobbs. "Si elle a salué la mise en place d’un gou­ver­nement d’unité nationale, l’Europe a tou­tefois échoué à remettre en marche le débour­sement de l’aide. Face à l’effondrement des ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes et à l’augmentation de la vio­lence, la reprise de l’aide inter­na­tionale à l’Autorité Pales­ti­nienne est néces­saire pour éviter une souf­france accrue et per­mettre un règlement juste et durable basé sur le droit inter­na­tional", a conclu Hobbs.

Faits importants :

. Les Nations unies estiment qu’un million de Pales­ti­niens dépendent des salaires de 161.000 employés de l’Autorité Pales­ti­nienne (AP).

. L’AP gère plus de 1.600 écoles et plus de 400 centres de santé et hôpitaux. La Banque Mon­diale estime que l’AP a perdu 60 pour cent de ses revenus en 2006.

. La Banque Mon­diale estime que les trans­ferts de revenus fiscaux et doua­niers par Israël à l’Autorité Pales­ti­nienne s’élevaient à 814 mil­lions de dollars en 2005 ; la même année, l’aide inter­na­tionale apportait 349 mil­lions de dollars au budget de l’AP.

. En juin 2006, l’Union euro­péenne a établi un Méca­nisme Tem­po­raire Inter­na­tional destiné à effectuer des paiement directs aux Pales­ti­niens en ne passant plus par le gouvernement.

. Au regard du Droit Inter­na­tional Huma­ni­taire, Israël - en tant que force occu­pante - doit garantir le bien-​​être des Palestiniens.