Le blocus de Gaza encore plus hermétique après la fin de la trêve

Serge Dumont, dimanche 21 décembre 2008

Alors qu’Israël prépare déjà sa riposte à la reprise des tirs de roquettes Qassam, les Pales­ti­niens n’ont plus que deux jours de stocks de farine. L’ONU ne peut plus fournir son aide.

Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, et les res­pon­sables de l’état-major de l’armée ainsi que des ser­vices de ren­sei­gne­ments de l’Etat hébreu enta­meront à partir de dimanche une série de réunions des­tinées à élaborer la nou­velle stra­tégie israé­lienne face au Hamas. La houdna (trêve) étant offi­ciel­lement enterrée, les res­pon­sables israé­liens vont, semble-​​t-​​il, auto­riser une riposte limitée aux tirs de roquettes pales­ti­niennes Qassam.

Opérations « coup de poing »

Selon les chro­ni­queurs mili­taires, l’état-major de l’armée israé­lienne a en tout cas prévenu le gou­ver­nement que la reprise des vio­lences « aura également des consé­quences sur la popu­lation de la bande de Gaza ». Parce que les points de passage entre ce ter­ri­toire et l’Etat hébreu seront cette fois défi­ni­ti­vement fermés. Y compris aux ONG, aux jour­na­listes étrangers et même aux diplo­mates. Et parce que l’on s’attend aussi à ce que les unités spé­ciales israé­liennes mul­ti­plient les opé­ra­tions « coup de poing » dans les zones urbaines où sont concentrés les ate­liers de fabri­cation de roquettes.

Déjà privée d’électricité durant seize heures par jour, la popu­lation de Gaza risque également de manquer de pro­duits de pre­mière nécessité dès le début de la semaine. En effet, faute de pouvoir appro­vi­sionner ses entrepôts, l’Unwra (l’agence des Nations unies chargée de fournir une aide maté­rielle aux réfugiés pales­ti­niens) a annoncé jeudi 18 décembre l’interruption de ses dis­tri­bu­tions de vivres. Or 750000 Pales­ti­niens (soit la moitié de la popu­lation de ce ter­ri­toire) dépendent de cette aide. Si l’on y ajoute la fré­quen­tation des dis­pen­saires médicaux, les écoles, ainsi que les dif­fé­rents pro­grammes de for­ma­tions des­tinés à des caté­gories ciblées de la société, c’est 85% de la popu­lation de Gaza qui dépend de l’Unwra.

En raison de la fin de la trêve, les obser­va­teurs s’attendent à une aug­men­tation de la mal­nu­trition assortie d’une dégra­dation sup­plé­men­taire des condi­tions de vie. Surtout dans les camps de réfugiés où l’eau potable, l’essence, le pétrole et les bon­bonnes de gaz domes­tique font désormais figure de produit de luxe.

« Il y a quelques années, les gens cachaient leur pau­vreté par amour-​​propre mais ce n’est plus le cas », affirme au télé­phone le pédiatre pales­tinien Tawfik Emzari. « De nos jours, il est courant de voir des enfants fouiller les pou­belles pour rap­porter ce qu’ils peuvent à la maison. Faute de com­bus­tible, les gens se chauffent avec de vieux embal­lages, des bouts de bois trouvé sur les chan­tiers aban­donnés, voire des bou­teilles de plas­tique dont la com­bustion dégage des fumées toxiques. J’ai même entendu parler de familles man­geant des chats errants ou mâchant des herbes bouillies dans l’eau faute de pouvoir se mettre autre chose sous la dent. L’Unwra est indis­pen­sable, poursuit le pédiatre. Si elle ne par­vient plus à nourrir ses pro­tégés, leur situation va devenir insup­por­table. Ces gens-​​là vont se révolter, car il s’agira pour eux d’une question de vie ou de mort. »

« On s’attend au pire »

Malgré la trêve qui a duré six mois, la plupart des ONG opérant dans la bande de Gaza ont ren­contré des dif­fi­cultés à remplir leur mission sur le terrain. En raison des obs­tacles dressés par l’armée de l’Etat hébreu. En effet, pré­textant d’obscures raisons sécu­ri­taires, les ser­vices de Tsahal ont souvent empêché les coopé­rants étrangers de se rendre à Gaza-​​City. Cer­tains ont purement et sim­plement été refoulés au point de passage d’Erez. D’autres ont été contraints d’y attendre de longues heures, voire plu­sieurs jours. « Main­tenant que la trêve est ter­minée, on s’attend au pire puisque l’on nous interdira de nous rendre à Gaza chaque fois qu’une roquette aura été tirée », fulmine un infirmier français présent dans la région depuis quatre mois.

En attendant, faute de céréales à moudre, les der­nières meu­neries encore opé­ra­tion­nelles de la bande de Gaza ont fermé leurs portes ven­dredi matin. Selon leur pré­sident Abed An Nasser al-​​Ajrami, les bou­lan­geries auront donc épuisé leurs stocks de farine d’ici à deux jours.