Le Réseau de Coopération Décentralisée avec la Palestine (RCDP).

Journée de réflexion AFPS du 4 décembre 2004 à St Denis., dimanche 20 février 2005

"Cités Unies France" est l’organisation fran­çaise de ce que l’on appelait la Fédé­ration mon­diale des Cités unies, ancienne Fédé­ration mon­diale des villes jumelées.

Au sein de “Cités Unies France”, il existe une sorte de coha­bi­tation. Ainsi la pré­si­dence est assurée par Bernard Stasi, ancien médiateur de Jacques Chirac, tandis que le secré­tariat général est attribué à Ber­trand Gallais, membre de la ten­dance majo­ri­taire du parti socia­liste. Cette situation implique un certain nombre de déci­sions à réso­nance poli­tique qui échappe à beaucoup de gens. “Cités Unies France”, l’association des col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales pour la coopé­ration décen­tra­lisée est donc une grande nébuleuse…

Au moment des accords d’Oslo, contact a été pris avec Leïla Shahid. Des jume­lages et des par­te­na­riats de coopé­ration ont été mis en place entre col­lec­ti­vités fran­çaises et villes pales­ti­niennes auto­nomes (cf. Lille-​​Naplouse, com­mu­nauté urbaine de Dunkerque-​​Gaza, conseils généraux de Seine St-​​Denis et du Val de Marne-​​Nord de la Cis­jor­danie…). C’est à partir de ce travail qu’a été créé le Réseau de Coopé­ration Décen­tra­lisée avec la Palestine (RCDP). Son objectif était de mutua­liser les expé­riences et d’amener les col­lec­ti­vités fran­çaises à initier des partenariats.

A l’époque, la Palestine, pour les élus, c’est “tout beau, tout neuf”. D’ailleurs, à ce moment, Israël n’entrait pas en ligne de compte dans la coopé­ration laquelle était direc­tement orientée vers et pour la Palestine et prenait la forme d’échange de com­pé­tences ou une forme poli­tique plus que d’aide au déve­lop­pement, attitude très européocentrique…

Les données étaient donc très claires. Ce travail s’est pour­suivi à la réunion de Dun­kerque, qui s’est tenue il y a quelques années, avec la par­ti­ci­pation de maires pales­ti­niens et d’un certain nombre d’ONG.

Un appel d’élus a suivi cette ren­contre. La situation en Palestine se dégradait alors consi­dé­ra­blement. Cet appel s’orientait clai­rement vers une demande de sus­pension de l’accord d’association UE/​Israël. Mais pour le lancer offi­ciel­lement, l’appel devait être accom­pagné d’une lettre signée de Bernard Stasi. Les influences ont com­mencé à jouer et l’appel ne s’est jamais concrétisé. Mais le plus inté­ressant dans cette démarche demeure l’implication forte de cer­tains élus pour le faire aboutir. Une dyna­mique s’est alors mise en marche. On a com­mencé à parler (et la liste Euro­pa­lestine n’existait pas encore) d’un réseau euro-​​palestine des col­lec­ti­vités euro­péennes pour la paix au Proche-​​Orient (de Bel­gique, d’Espagne et de France). Une réunion des têtes de réseau s’est tenue à Naples. C’est à partir là que les choses ont com­mencé à bas­culer : devait-​​on ou non conserver le nom Euro-​​Palestine ?

Les réseaux belges et français ont défendu le maintien du mot en vain. Ce glis­sement lexical signi­fiait clai­rement ceci : nous avions le mot “Paix” (avec un grand “P”) tandis que l’idée de ras­sembler des col­lec­ti­vités fran­çaises et pales­ti­niennes se chan­geait en l’idée d’y inclure également des col­lec­ti­vités israé­liennes. Dans l’ensemble, cette orien­tation visait à mettre de côté tout ce qui divisait.

Lorsque les col­lec­ti­vités fran­çaises ont pris connais­sance du compte-​​rendu de ce qui s’était produit à Naples, les débats ont été houleux. Les Conseils généraux 93 et 94, les villes d’Arcueil ou encore de Gen­ne­vil­liers pour ne citer qu’elles, ont clai­rement mani­festé leur atta­chement à l’appellation ini­tiale. Mais à défaut d’un rapport de force suf­fisant et d’une réelle concer­tation, ce terme a été défi­ni­ti­vement enterré.

L’initiative de Genève a par ailleurs réveillé un certain nombre de col­lec­ti­vités, Paris par exemple. L’ambiguïté d’un tel intérêt pour Genève réside dans ce double constat : une réac­ti­vation de l’intérêt des col­lec­ti­vités pour la Palestine tout en ren­forçant l’équidistance.

Un appel a donc été rédigé, sorte de consensus mou, sans aucune mention du mur dans la forme ori­ginale du texte. Il a fallu l’insistance ferme de col­lec­ti­vités véri­ta­blement engagées sur la Palestine pour que le thème du mur fasse partie du document.

Le texte mérite débat et pose la question sui­vante : doit-​​on le refuser au motif qu’il s’appuie sur un consensus trop éloigné de nos exi­gences ou bien considère-​​t-​​on que la prise en consi­dé­ration du mur constitue une "avancée" qu’il faut encou­rager en sou­tenant les élus et les pousser à aller plus loin ? La question n’est pas évidente, y compris au sein des col­lec­ti­vités acquises à la cause pales­ti­nienne. Elle mérite donc toute notre attention. Prenons l’exemple de la ville de Paris qui, dans le contexte évoqué, a invité pour la pre­mière fois une réunion du RCDP.

Un autre point doit être pris en compte : il arrive que les par­te­naires pales­ti­niens, soient, dans ce contexte, com­plè­tement uti­lisés. Début décembre, une confé­rence doit se tenir à Lyon. Il s’agit d’un grand show de pro­motion de l’initiative de Genève, à l’invitation du maire de la ville Gérard Collomb. Ont été invités les maires pales­ti­niens et israé­liens afin de dis­cuter de la coopé­ration décen­tra­lisée et de Genève. Cette ini­tiative a for­tement agacé la Déléguée de la Palestine en France, Leïla Shahid ; laquelle estime qu’on ne peut mélanger ces deux thèmes com­plè­tement dis­sociés. Les maires pales­ti­niens sont en effet confrontés à des dif­fi­cultés quo­ti­diennes bien plus concrètes : couvre-​​feux, bou­clages, les murs…autant de points que ne thé­matise pas le texte de Genève.

Il s’est donc produit ceci : il y a quelques jours, les maires pales­ti­niens ont col­lec­ti­vement décidé de ne pas venir. Seuls quelques maires ou repré­sen­tants de ser­vices muni­cipaux ont maintenu leur par­ti­ci­pation. Ajoutons à cela que les col­lec­ti­vités très engagées au sein du RCDP ne sont pas conviées à ce type d’initiative.

Il y avait aussi une ini­tiative et une volonté des maires israé­liens et pales­ti­niens de se ren­contrer à La Haye avec la par­ti­ci­pation des col­lec­ti­vités pré­cé­demment citées. Après les ater­moie­ments du ministre des affaires étran­gères néer­landais qui a subi quelques pres­sions, la réponse a été un refus qui les orientait clai­rement vers la réunion de Lyon autour de l’initiative de Genève… La réunion prévue à La Haye est donc tombée à l’eau. Et des négo­cia­tions sont actuel­lement en cours avec le Ministère des Affaires étran­gères afin de convenir d’un autre lieu de réunion.

Concrè­tement, le réseau est présidé par Claude Nicolet, de la com­mu­nauté urbaine de Dun­kerque. Il a déjà ren­contré des membres de l’AFPS qui est désormais sys­té­ma­ti­quement invitée aux réunions du réseau, ainsi que la Pla­te­forme des ONG et Leïla Shahid.

Françoise Diehlmann