Le Quartette ordonne le gel total des colonies

Hassan Moali, samedi 27 juin 2009

Israël : Seul contre tous ! C’est appa­remment la fin de l’Etat de grâce, voire de l’impunité pour l’Etat hébreu.

Le quar­tette (USA, UE, Russie et ONU), réuni hier en marge de la ren­contre des ministres des Affaires étran­gères du G8 à Trieste (nord-​​est de l’Italie), ne s’est pas encombré d’euphémisme pour dire les quatre vérités à Israël. Et par la bouche du secré­taire général de l’ONU.

« Le quar­tette appelle les auto­rités israé­liennes à arrêter la colo­ni­sation, y compris celle (issue) d’une crois­sance natu­relle, à lever tous les blo­cages et à ouvrir les fron­tières », a déclaré hier Ban Ki-​​moon dans une confé­rence de presse. Clair, net et sans concession, le propos du SG de l’ONU à l’endroit d’Israël qui a réussi la « prouesse » de se mettre à dos toute la com­mu­nauté inter­na­tionale, y compris les grands « amis », la France et les Etats-​​Unis.

L’étoile de David pâlît

Pour Ban Ki-​​moon, ces mesures déclinées sur un ton com­mi­na­toire consti­tuent un préa­lable pour « la mise en œuvre de nos pro­po­si­tions ». Il faut croire donc que le quar­tette dispose d’un plan pra­tique de règlement du conflit israélo-​​palestinien et qui fait lar­gement consensus. Le fait est qu’aucune voix dis­cor­dante n’a été entendue hier par les pays du G8, comme cela avait tou­jours été le cas dès qu’il s’est agi de hausser le ton contre Tel-​​Aviv. Les temps ont donc changé, les tons aussi…

Le secré­taire général des Nations unies a rappelé à juste titre que la bande de Ghaza est soumise à un « strict blocus de la part d’Israël depuis sa prise de contrôle par le Hamas il y a environ deux ans ». Ban Ki-​​moon sug­gérait, lors d’une confé­rence de presse aux côtés de l’envoyé spécial du quar­tette, Tony Blair, du haut repré­sentant de l’UE pour la poli­tique étrangère, Javier Solana, de l’émissaire amé­ricain pour le Proche-​​Orient, George Mit­chell, et du ministre russe des Affaires étran­gères, Sergueï Lavrov, qu’il n’est plus question de cau­tionner cette situation.

Il est évident que la tonalité du dis­cours du quar­tette hier tran­chait avec les tour­nures euphé­miques des res­pon­sables du G8 qui se fai­saient un point d’honneur de monter en épingle la « sécurité d’Israël » pour jus­tifier toutes les outrances de l’Etat hébreu à l’égard du peuple pales­tinien spolié de ses terres. Tout porte à croire que l’on assiste à la fin d’une époque où l’armée israé­lienne se fait « justice » elle-​​même au nez et à la barbe de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Le quar­tette avertit dans son com­mu­niqué : " La seule solution viable pour mettre fin au conflit israélo-​​palestinien repose sur le principe de deux Etats". On remar­quera que le quar­tette n’impose aucune condition au futur Etat pales­tinien, contrai­rement à Neta­nyahu qui en rétrécit les terres et les aires…

De même que les maîtres du monde ont réaf­firmé leur soutien à l’organisation d’une confé­rence inter­na­tionale sur le Proche-​​Orient à Moscou en 2009 pour relancer le pro­cessus de paix que Tel-​​Aviv ne voit pas d’un bon œil. C’est dire qu’après avoir croisé le fer avec Barack Obama, le Premier ministre israélien se retrouve seul contre le G8.

Benyamin Neta­nyahu, qui refuse mor­dicus l’arrêt total de la colo­ni­sation tout en se pro­nonçant contre la construction de nou­velles colonies et la saisie de terres, comme il l’a répété à Paris, fait face à une intran­si­geance… amé­ri­caine. Sa volonté de pour­suivre la construction dans les implan­ta­tions exis­tantes sous motif de « crois­sance natu­relle » n’est qu’un expé­dient aux yeux de Barack Obama. C’est pourquoi le pré­sident amé­ricain exige un « gel total » des colonies soutenu depuis hier par tous les par­te­naires du G8. Et c’est l’Etat hébreu qui se retrouve, pour une fois, désigné du doigt par toute la com­mu­nauté inter­na­tionale. C’est tel­lement rare, même au plus fort de la guerre contre Ghaza…