Le Quar­tette appelle au gel de la colo­ni­sation israé­lienne. Les Pales­ti­niens réclament plus de fermeté

R.I., samedi 20 mars 2010

Le Quar­tette pour le Proche-​​Orient a demandé à Israël de « geler » toute activité de colo­ni­sation et s’est dit « pro­fon­dément pré­occupé » de la dété­rio­ration de la situation dans la bande de Ghaza [1], dans un com­mu­niqué publié à l’issue d’une réunion à Moscou.

L’Autorité pales­ti­nienne s’est féli­citée hier de la décla­ration du Quar­tette pour le Proche-​​Orient [2] qui a demandé à Israël de « geler » toute activité de colo­ni­sation, et a exprimé son espoir de voir cet appel se tra­duire en acte.« Nous nous féli­citons du com­mu­niqué et nous demandons au Quar­tette de trans­former ce com­mu­niqué en méca­nisme contrai­gnant sur le terrain de façon à ce qu’Israël applique ses enga­ge­ments, notamment en gelant toutes ses acti­vités de colo­ni­sation (…) en Cis­jor­danie et à El Qods-​​est », a déclaré le négo­ciateur pales­tinien Saëb Erakat. « Nous vou­drions aussi la création par le Quar­tette d’un système de sur­veillance afin de s’assurer qu’Israël stoppe toutes les acti­vités de colo­ni­sation (…) en Cis­jor­danie et à El Qods-​​est », a-​​t-​​il ajouté. « Nous demandons au Quar­tette qu’il s’assure, via (ce système) de sur­veillance, qu’il y ait un gel total de la colo­ni­sation parce qu’Israël, avec sa poli­tique de colo­ni­sation, défie (…) la com­mu­nauté inter­na­tionale », a-​​t-​​il dit, insistant sur la nécessité de mettre un terme à la poli­tique de « fait accompli » de l’Etat hébreu. Le Quar­tette pour le Proche-​​Orient a demandé à Israël de « geler » toute activité de colo­ni­sation et s’est dit « pro­fon­dément pré­occupé » de la dété­rio­ration de la situation dans la bande de Ghaza, dans un com­mu­niqué publié à l’issue d’une réunion à Moscou.

« Le Quar­tette exhorte le gou­ver­nement israélien à geler toutes les acti­vités de colo­ni­sation, y compris (des­tinées à) la crois­sance démo­gra­phique natu­relle, à déman­teler tous les avant postes construits depuis mars 2001 et à s’abstenir de pro­céder à des démo­li­tions et des expul­sions à El Qods-​​Est », selon le texte. Déjà que le terme de crois­sance natu­relle est très contes­table, il est regret­table que le Quar­tette l’utilise. Le groupe (Etats-​​Unis, Russie, Union euro­péenne, ONU) avait condamné dès la semaine der­nière l’annonce par Israël de la construction de 1600 nou­veaux loge­ments dans le secteur oriental annexé d’El Qods.

Le Quar­tette sou­haite que les négo­cia­tions au Proche-​​Orient conduisent à un accord d’ici à 24 mois, reprenant une sug­gestion pré­sentée en janvier par le négo­ciateur amé­ricain George Mit­chell. Ce règlement final devrait « mettre fin à l’occupation israé­lienne et avoir pour effet l’émergence d’un Etat pales­tinien indé­pendant, démo­cra­tique et viable, qui vivrait en paix et en sécurité au côté d’Israël et de ses autres voisins », selon la décla­ration lue par M. Ban. Après quinze mois d’impasse, les négo­cia­tions entre Israël et les Pales­ti­niens étaient sur le point de reprendre la semaine der­nière, sous l’égide des Etats-​​Unis. L’annonce des nou­velles construc­tions, sur­venue en pleine visite du vice-​​président amé­ricain Joe Biden en Israël, a pro­voqué le retrait immédiat des Pales­ti­niens, ainsi que l’ire de Washington, le plus proche allié d’Israël.

[1] voir Georges Mal­brunot , sur la visite à Gaza de C. Ashton :

"Si vous entrez à Gaza, vous n’aurez plus de contact avec nous"

Confi­dence d’un diplomate européen en Israël, à propos de la visite jeudi à Gaza de Catherine Ashton, la haute repré­sen­tante de l’Union européenne (UE). « Les Israé­liens ont fait une exception pour Ashton et Ban ki-​​​​Moon, en les auto­risant à entrer dans la bande de Gaza. Mais le message qui nous par­vient tou­jours de la part des Israé­liens est clair : si un ministre des Affaires étran­gères va à Gaza, il n’aura plus, ensuite, de contact avec nous ».

Le seul ministre des Affaires étran­gères de l’UE à s’être rendu à Gaza ces der­niers mois est l’Irlandais, Michael Martin, mais il était entré par Rafah en Egypte.

Depuis que le Hamas a chassé, par les armes, l’Autorité pales­ti­nienne de Gaza en 2007, Israël applique un blocus strict sur la bande de Gaza, contrôlée par les islamistes palestiniens.

Constatant l’échec de sa stra­tégie d’isolement du Hamas, les Euro­péens cherchent à sortir de l’impasse où ils se sont engouffrés, mais ils se heurtent aux vétos israélien et amé­ricain sur cette question très sen­sible des rela­tions avec une orga­ni­sation classée comme terroriste.

publié sur le blog du Figaro "L’orient indiscret"

http://​blog​.lefigaro​.fr/​m​a​l​b​r​u​not/2

[2] voir aussi René Backmann

La Feuille de route du Quar­tette pré­voyait la paix en trois ans…

Le Quar­tette, qui se réunit aujourd’hui à Moscou a été créé en 2002, à l’initiative du gou­ver­nement espagnol, pour coor­donner les efforts inter­na­tionaux face à l’escalade du conflit au Proche-​​​​Orient. Il com­prend les Etats-​​​​Unis, les Nations Unies, l’Union euro­péenne, et la Russie, qui seront repré­sentés à Moscou par la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Hillary Clinton, le secré­taire général des Nations Unies, Ban Ki-​​​​moon, le haut-​​​​représentant de l’Union euro­péenne pour les Affaires étran­gères, Catherine Ashton et le ministre russe des affaires étran­gères Serguei Lavrov.

Depuis avril 2003, le Quar­tette est chargé de veiller à l’application d’un document pré­senté par les Etats-​​​​Unis et destiné à ache­miner la région à la paix en trois ans par phases suc­ces­sives. Baptisé Feuille de route, par ses pro­mo­teurs amé­ri­cains, ce plan com­porte selon son pré­ambule « des étapes claires, un calen­drier, des dates limites et des cri­tères des­tinés à encou­rager les progrès par des mesures réci­proques des deux parties dans les domaines poli­tique, sécu­ri­taire, écono­mique, huma­ni­taire et de création des ins­ti­tu­tions ». Offi­ciel­lement endossé par les nations Unies, le 19 novembre 2003, sous la forme de la réso­lution 1515 du Conseil de sécurité, ce plan, qui se fondait sur les travaux de la Confé­rence de Madrid de 1991, sur les réso­lu­tions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité, sur les accords conclus anté­rieu­rement par les parties et sur l’initiative arabe de Bey­routh de mars 2002, pré­voyait à l’origine de déboucher sur un « règlement final complet du conflit israélo-​​​​palestinien en 2005 ».

La paix en trois étapes

Acceptée par l’Autorité pales­ti­nienne, la Feuille de route avait été adoptée par le gou­ver­nement israélien en mai 2003, par 12 voix contre 7 mais avec 14 « réserves » qui ne figurent ni dans le texte officiel du Quar­tette ni dans celui qui a été endossé par les Nations Unies. La plupart por­taient sur des ques­tions de sécurité. La partie israé­lienne for­mulait également cer­taines reven­di­ca­tions que l’administration Neta­nyahou considère aujourd’hui comme des condi­tions néces­saires à la tenue d’une négociation.

Il était ainsi demandé que soit reconnu expli­ci­tement le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat juif, que l’Etat pales­tinien soit démi­li­tarisé, qu’Israël ait le contrôle sur les entrées et sorties de per­sonnes et de mar­chan­dises ainsi que sur l’espace aérien et le spectre électromagnétique.

Le calen­drier, comme on le sait n’a pas été res­pecté, il com­portait trois phases.

La phase I, qui devait durer quelques mois, prévoit de « mettre fin au ter­ro­risme et à la vio­lence, nor­ma­liser la vie des pales­ti­niens et mettre en place les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes ». Pendant cette phase ini­tiale il était notamment demandé aux Pales­ti­niens de « déclarer clai­rement la ces­sation des actes de vio­lence et de ter­ro­risme et d’entreprendre des efforts visibles sur le terrain en vue d’entraver et d’empêcher l’action des indi­vidus et des groupes qui pré­parent et lancent des attaques contre des Israé­liens en quelque lieu que ce soit ».

Israël, de son côté, devait « déman­teler immé­dia­tement toutes les colonies érigées depuis 2001, geler toutes ses acti­vités quant à la création de colonies de peu­plement, même lorsqu’il s’agit de l’expansion natu­relle des colonies » et ne « prendre aucune mesure sus­cep­tible de saper la confiance notamment les expul­sions, les attaques dirigées contre les civils, la saisie ou la des­truction d’habitations et de biens pales­ti­niens en tant que mesure punitive ou mesure des­tinée à faci­liter la construction de bâti­ments israé­liens, la des­truction d’institutions et de l’infrastructure palestiniennes […].

La phase II orga­nisait une période de tran­sition de six mois (juin 2003-​​ décembre 2003) pendant laquelle les efforts étaient concentrés sur la création d’un Etat pales­tinien indé­pendant aux fron­tières pro­vi­soires, doté des attributs de la sou­ve­raineté et fondé sur la nou­velle consti­tution. La phase II devait s’achever par la mise sur pied d’une confé­rence inter­na­tionale, convoquée par le Quar­tette, avec pour objet de sou­tenir la relance écono­mique pales­ti­nienne et de mettre en œuvre le pro­cessus conduisant à la création d’un Etat palestinien indépendant.

La phase III, qui devait s’étaler sur 2004 et 2005, devait com­prendre une deuxième confé­rence inter­na­tionale convoquée par le Quar­tette, des­tinée à ava­liser l’accord initial et à pré­parer la réso­lution portant sur le statut final où seraient réglées les ques­tions des fron­tières, de Jeru­salem, des réfugiés et des colonies. La confé­rence devait aussi « déboucher le plus rapi­dement pos­sible sur un accord général au Proche-​​​​Orient entre Israël, le Liban et la Syrie.

« Dans le contexte d’un accord de paix général entre Israël et la Palestine, les pays arabes acceptent le principe de la nor­ma­li­sation de leurs rela­tions avec Israël et de la sécurité pour tous les Etats de la région » concluait la Feuille de route.

Un nouveau rôle pour le Quartette ?

Avec le recul on mesure la dimension uto­pique de ce plan de paix mis a mal par le déve­lop­pement du ter­ro­risme isla­miste, la pour­suite et l’intensification de la colo­ni­sation, la construction du mur de sépa­ration, la vic­toire élec­torale du Hamas aux légis­la­tives de janvier 2006, l’affrontement entre le Hamas et le Fatah, la sépa­ration entre la bande de Gaza et la Cis­jor­danie, puis la vic­toire de Ben­jamin Neta­nyahou à la tête d’une coa­lition dominée par les colons et les extrê­mistes de droite, reli­gieux ou non.

On mesure aussi l’efficacité dis­cu­table du Quar­tette, capable d’initiatives utiles notamment en matière de déve­lop­pement écono­mique ou de sécurité, mais dépourvu de conviction commune claire et de capacité d’action autant que de moyens de pres­sions. L’une des ques­tions qui se posent aujourd’hui est de savoir s’il est enfin en mesure d’assumer, avec retard ses res­pon­sa­bi­lités et si la Feuille de route peut être recyclée pour servir de cadre à une nou­velle négo­ciation. Où si l’heure est venue de tourner cette page et de mettre en œuvre une autre stra­tégie. Une stra­tégie qui pourrait reposer, comme le pro­posent déjà de nom­breuses voix, chez les Pales­ti­niens et à l’étranger, sur la pro­cla­mation et la recon­nais­sance inter­na­tionale d’un Etat pales­tinien dans des frontières provisoires.

publié sur le blog du NouvelObs

http://renebackmann.blogs.nouvelobs…