Le Plan de convergence de l’occupation : légitimer les bantoustans palestiniens

Stop the wall, mercredi 24 mai 2006

L’Occupation a un "nouveau" pro­gramme pour s’assurer que les droits des Pales­ti­niens conti­nueront d’être niés et violés : le "Plan de Convergence".

En offrant aux médias autant d’excitation qu’avec le "Plan de Désen­ga­gement", il aura pour but de légi­timer l’annexion de tous les ter­ri­toires et les res­sources situés à l’Ouest du Mur d’Apartheid y compris Jérusalem.

Les Pales­ti­niens seront assiégés dans des Ban­tustans fermés à l’Est et dis­séqués par les routes des colons.

Pendant ce temps, les réfugiés seront censés disparaître du discours politique.

Olmert fait passer pour un "retrait" un plan d’annexion illégal et brutal. La pro­pa­gande est arti­culée sur deux thèmes prin­cipaux : la délo­ca­li­sation de 68 à 74 colonies et la conver­gence de forces et de colons israé­liens vers environ 10% de la Cisjordanie.

Cependant, la réalité sur le terrain prouve que le plan mènera à une aug­men­tation de 20% des colonies et à l’emprisonnement sys­té­ma­tique des Pales­ti­niens dans leur propre terre.

Des "nou­veaux" plans pour Jéru­salem sont basés sur le net­toyage eth­nique de la ville, isolant encore plus de Pales­ti­niens de leur capitale, de leurs ins­ti­tu­tions et de leurs centres his­to­riques et reli­gieux par la construction du Mur d’Apartheid autour d’eux.

Dans le cadre du plan, les Ban­tustans créés par le Mur d’Apartheid s’étendront vers l’est, per­mettant plus de res­pon­sa­bilité admi­nis­trative pales­ti­nienne sur la Vallée du Jourdain. En même temps, cela garantit que les Pales­ti­niens n’auront aucun accès au fleuve du Jourdain, aux fron­tières, à l’eau et aux res­sources agri­coles le long du fleuve.

A l’Ouest de la Cis­jor­danie, le Mur fait partie inté­grale du plan. Les projet pour déplacer le mur afin de ghet­toiser une dizaine d’autres vil­lages pales­ti­niens de Cis­jor­danie dans des Ban­tustans sont en cours.

Il y a également des dis­cus­sions au sujet de l’annexion des colonies de Naale et Nili pour saisir d’autres terres pales­ti­niennes et pour dis­séquer la Cisjordanie.

Ces ajus­te­ments garan­tissent une meilleure effi­cacité du tracé du Mur pour qu’il sai­sisse le plus de terre pos­sible avec le moins pos­sible de Palestiniens.

La com­mu­nauté inter­na­tionale insiste sur ces "modi­fi­ca­tions" du tracé du mur, au lieu de dénoncer le fait que le Sio­nisme enferme un peuple entier der­rière des blocs de ciment et des fils barbelés.

Une rami­fi­cation fon­da­mentale de ce plan est la Judai­sation de Jéru­salem et la perte des sec­teurs métro­po­li­tains pales­ti­niens détenant un potentiel urbain signi­fi­catif. Les sec­teurs urbains pales­ti­niens pro­duisent déjà 90% du PIB national et sont des piliers sur les­quels construire une économie nationale moderne.

Cependant, les Pales­ti­niens seront bouclés à l’extérieur de Jéru­salem, qui produit actuel­lement 40% de l’ensemble de l’activité écono­mique pales­ti­nienne et accueille les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes les plus impor­tantes et les plus anciennes.

L’Occupation prévoit d’utiliser le Mur d’Apartheid pour isoler de leur capitale 230.000 autres Pales­ti­niens vivant à Jéru­salem. Les quelque Pales­ti­niens du centre de la ville seront coupés du reste de la Cis­jor­danie, de leurs magasins, des usines, des clients et des marchés der­rière les mur-​​frontières.

L’industrie du tou­risme, consti­tuant une grande partie de l’activité écono­mique de la région, sera rem­placée par de nou­velles construc­tions et des indus­tries pour colons dans le nouveau bloc de colonies E1.

Environ 15.000 maisons pales­ti­niennes ont été déclarées illé­gales et sont menacées de démo­lition dans le cadre du système raciste de permis de construire de l’occupation.

Ceux qui résistent encore à l’intérieur de la ville font face en per­ma­nence à des révo­ca­tions sys­té­ma­tiques du "Droit de Rési­dence" pour les Palestiniens.

Depuis 1967, plus de 60 000 Palestiniens ont été expulsés de leur capitale.

En plus de la des­truction de la capitale pales­ti­nienne, les Dis­tricts de Salfit et de Qal­qiliya seront tota­lement dis­séqués par des Murs et des colonies, avec des zones urbaines inca­pables de main­tenir une activité écono­mique significative.

Les villes pales­ti­niennes res­tantes dans le Nord et le Sud de la Cis­jor­danie seront empê­chées de s’étendre vers le coeur métro­po­litain de la Cisjordanie.

Les res­sources en eau et les terres agri­coles four­nissant les moyens de sub­sis­tance à 17% de la popu­lation d’ici et basiques pour l’autonomie en nour­riture, seront volées du Dis­trict de Jénine jusqu’en bas du Dis­trict d’Hébron.

Le Mur d’Apartheid affectera direc­tement près de 200 vil­lages. Ils per­dront l’accès à une partie ou à l’ensemble des terres isolées par le Mur et seront coupés du reste de la Cisjordanie.

Dans la partie Nord-​​Ouest du Mur, 50 puits ont été isolés ou détruits, alors que 162 puits le long du Jourdain res­teront inutilisables.

C’est le prix que les Pales­ti­niens devront payer à l’Occupation pour "la restruc­tu­ration" de ses crimes. Der­rière la "relo­ca­li­sation" des colons des colonies évacuées vers d’autres qui sont agrandies, la crois­sance nette du potentiel de colo­ni­sation équivaut à l’essor de la colo­ni­sation pendant les années d’Oslo.

Seuls 8.6% (36.322 colons) de la popu­lation totale des colons en Cis­jor­danie seront déplacés, alors que l’occupation prévoit de construire de nou­velles zones indus­trielles et des loge­ments pour au moins 79.646 colons dans les colonies vers les­quelles ils "convergeront".

La stra­tégie fixe une pre­mière aug­men­tation nette du potentiel de colo­ni­sation à plus de 20%.

Il n’y a pas grand chose de nouveau dans les aspi­ra­tions colo­niales du plan. En 1969, Yigal Allon a proposé un pro­gramme pour garantir que les "fron­tières" de l’Occupation attein­draient la Jor­danie tandis que les sec­teurs rési­den­tiels pales­ti­niens seraient coupés des calculs de la démo­graphie Sioniste.

Le plan n’a été jamais mis en appli­cation mais il a été déve­loppé par l’Occupation dans les "négo­cia­tions" de Camp David et de Taba en 2000.

Les Pales­ti­niens et le monde Arabe ont déjà rejeté tous ces plans, car ils sont incom­pa­tibles avec les droits des Pales­ti­niens et la légi­timité internationale.

La relance urgente de la vision d’Allon est fer­mement ancrée dans le para­digme sio­niste raciste d’un Etat Juif en Palestine. Les colo­ni­sa­teurs Juifs doivent rem­placer la popu­lation pales­ti­nienne autochtone, ou au moins la dépasser lar­gement en nombre, afin de la dominer.

Après les vagues d’expulsion de 1948 et de 1967, les Pales­ti­niens consti­tuent de nouveau la majorité de la popu­lation dans la Palestine mandataire.

Dans la situation actuelle, seule l’exclusion stra­té­gique des terres des Pales­ti­niens peut garantir une majorité juive.

Le plan va de pair avec l’ancienne vision datant d’une décennie d’un "Nouveau Moyen-​​Orient" qui donne la priorité à la domi­nation écono­mique sur la domi­nation militaire.

Un Etat-​​Bantou sera pris dans l’étau des nou­veaux méca­nismes écono­miques et finan­ciers de contrôle appliqués par l’occupation et sou­tenus par la com­mu­nauté inter­na­tionale. La conquête de la Palestine sera pré­sentée comme une "solution", favo­risant le chemin de la nor­ma­li­sation avec l’Occupation.

L’accord sur un Etat-​​Bantou par les pays Arabes et Musulmans pourrait garantir à l’économie israé­lienne - secouée depuis l’Intifada - des nou­veaux marchés et des inves­tis­se­ments frais.

La com­mu­nauté inter­na­tionale, pour sa part, regarde des scé­narios écono­miques de la vie des Pales­ti­niens ghettoisés.

Même si les mesures israé­liennes et inter­na­tio­nales pour affamer la popu­lation pales­ti­nienne après avoir effectué l’élection démo­cra­tique qu’on lui avait demandé étaient sus­pendues, le taux de pau­vreté en Cis­jor­danie et Gaza attein­draient 51% dans trois ans. Si la situation actuelle per­siste, la pau­vreté tou­chera 74% de la population.

Alors que ces pers­pec­tives sont désas­treuses pour les Pales­ti­niens, pour le monde, la non-​​viabilité des Ban­tustans est mesurée par d’autres critères.

Combien d’argent serons-​​nous forcés de payer pour soutenir l’occupation ?

Quand est-​​ce que les gens se ren­dront compte que les Pales­ti­niens ne font pas face à une crise huma­ni­taire mais à une attaque poli­tique sur leurs vies ?

Comment pouvons-​​nous continuer à éviter nos res­pon­sa­bi­lités qui sont d’encourager les droits des Pales­ti­niens et le droit international ?

Le plan d’Olmert permet à tous les acteurs d’obtenir une nou­velle façade de la "via­bilité" écono­mique et des "conces­sions" isra�éliennes.

Balayant la décision de la Cour Inter­na­tionale de Justice sur l’illégalité du Mur, du droit inter­na­tional et des dizaines de réso­lu­tions des Nations-​​Unies, le Plan de Conver­gence repré­sente une nou­velle vague de colo­ni­sation à laquelle il faudra résister.

L’Occupation pourrait vouloir "converger" ou "se désen­gager", mais il le fait en vertu d’intérêts racistes et colo­niaux pour garantir que ce qui restera aux Pales­ti­niens seront des enclaves sans souveraineté.

Le "désen­ga­gement" de Gaza a eu comme consé­quence un étouf­fement social et écono­mique, des bom­bar­de­ments continus et les meurtres de per­sonnes "libérées" à l’intérieur des murs de leur prison.

Cela montre que le redé­ploiement des colons ne peut pas être assimilé avec une libé­ration et la justice. Le passage des fron­tières avec l’Egypte n’est pas sous contrôle pales­tinien, alors que la popu­lation est devenue une cible plus facile pour des attaques mili­taires et des poli­tiques de famine.

En conclusion, 80% de la popu­lation de Gaza luttent encore pour le retour dans leurs maisons qui ont été détruites en 1948 parla création de l’Etat Juif.

Ces plans visent non seulement les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie et de Gaza, mais ils visent en premier lieu les Pales­ti­niens de la Dia­spora. L’établissement d’un Etat-​​Bantou pales­tinien der­rière des murs de ghetto doit s’assurer que notre mou­vement de libé­ration se trans­formera en conflit au-​​delà des fron­tières. Les droits et les reven­di­ca­tions de la majorité de notre peuple doivent être méprisés et exclus avec force.

Il est important que les gens dans le monde entier com­prennent que nous luttons depuis des géné­ra­tions pour vivre en liberté, en toute dignité et pour l’autodétermination, pour voir le retour de nos réfugiés et notre patrie libérée du colo­nia­lisme, du contrôle des oppres­seurs et de l’exploitation.

Nous n’avons jamais eu pour but de définir la taille de nos Bantustans.

Dans quelques temps, on nous mar­tèlera que les plans d’Olmert sont une offre "his­to­rique", mais pour les Pales­ti­niens et leurs par­tisans, cela indi­quera plus que jamais le besoin d’une résis­tance sou­tenue à l’Apartheid et à l’occupation par les Israéliens.