Le Plan Directeur de Jérusalem : destruction

Don Futterman, lundi 12 juillet 2010

OPINION :
« Nous n’avons pas créé la pre­mière Assemblée de Juristes Juifs de l’histoire pour que la loi soit contournée par délire de vengeance. »

Juste au moment où com­mencent les neuf jours de deuil menant à Tisha B’Av*, la muni­ci­palité de Jéru­salem tente d’imposer son Plan Directeur pour Jéru­salem comme Haaretz l’a annoncé le 28 juin. Le Plan com­prend un large pro­gramme de déve­lop­pement qui semble avoir pour but de saper le projet sio­niste et de pro­voquer une dan­ge­reuse levée de boucliers.

Au lieu de réparer des dizaines d’années de négli­gence en pour­voyant aux besoins des rési­dents pales­ti­niens de Jéru­salem, le Plan répond au désir apparent du gou­ver­nement local et national de déplacer autant d’Arabes qu’il est pos­sible vers les fron­tières de la muni­ci­palité ; de pro­voquer le sur­peu­plement de Jéru­salem dans l’espoir que les Pales­ti­niens quit­teront d’eux-mêmes la ville, en construisant de nou­veaux quar­tiers aux fron­tières de la ville et en inter­disant les construc­tions au centre de Jéru­salem Est ; et d’accélérer la démo­lition de maisons et l’expulsion de leurs habitants.

Le Plan Directeur, le premier en 50 ans, fut élaboré par la muni­ci­palité de Jéru­salem dans les dix der­nières années afin de remo­deler la ville pour au moins 25 ans. Le Plan doit répondre aux normes publiques et être approuvé au niveau national par le Comité de Pla­ni­fi­cation et de Construction du Dis­trict de Jéru­salem avant de devenir la poli­tique officielle.

Selon un rapport de l’ONG Ir Amin (qui se consacre à l’Education Publique et qui lutte pour que les besoins des deux peuples qui par­tagent Jéru­salem soient pris en consi­dé­ration et aussi pour limiter les dégâts causés par des actions uni­la­té­rales), la mise en oeuvre com­plète du Plan Directeur ne per­mettra tou­jours pas de solu­tionner le manque endé­mique de loge­ments dont souffrent les Arabes ni de répondre aux pré­vi­sions du déve­lop­pement de la population.

L’application du Plan entraînera aussi, semble-​​t-​​il, des obs­tacles bureau­cra­tiques insur­mon­tables pour les Pales­ti­niens qui veulent construire des loge­ments pour faire face aux besoins crois­sants de la popu­lation. Les habi­tants de Jéru­salem Est, par exemple, auront du mal à prouver qu’ils sont pro­prié­taires de leurs terres parce que les Auto­rités Israé­liennes ne tiennent pas de Registre de Terre Pales­ti­nienne. Par ailleurs, leurs bâti­ments manquent des fon­da­tions néces­saires pour pouvoir appliquer les direc­tives du Plan qui pré­conise de sur­élever les bâti­ments en ajoutant des étages sup­plé­men­taires aux construc­tions exis­tantes pour aug­menter la densité de la construction.

Le projet du Plan de déporter des Pales­ti­niens suggère que le Plan ne se contente pas de ne pas prendre en compte les besoins des habi­tants pales­ti­niens de Jéru­salem mais qu’il a des buts plus inavouables. Il est à la fois l’instrument de la cam­pagne menée par les colons pour débar­rasser la Vieille Ville de sa popu­lation arabe et celui du gou­ver­nement pour éviter que Jéru­salem ne devienne un jour la capitale d’un Etat Pales­tinien, contrai­rement aux décla­ra­tions pour la forme en faveur de la solution de deux états.

Nous devons rejeter les Plan Directeur de Jéru­salem mais pas seulement parce que son accep­tation a des chances de rendre furieux les Amé­ri­cains et les Euro­péens et de relancer les cam­pagnes contre Israël dans le monde entier.

Nous devons le rejeter parce que ce plan et ses concep­teurs sont anti-​​juifs et anti-​​sionistes. C’est le produit d’esprits qui veulent montrer au monde entier qui est le boss à Jéru­salem. Le Plan souille tout ce qu’il touche, de la pré­ser­vation des sites his­to­riques juifs à la demande de création de parcs et d’espaces verts.

Aucun d’entre nous, dans nos syna­gogues ou nos mou­ve­ments de jeu­nesse sio­nistes, n’avons sou­haité l’avènement d’une Jéru­salem d’où l’on chas­serait les familles arabes pauvres pour construire un centre tou­ris­tique bidon ou pour infiltrer des colons juifs hos­tiles dans des quar­tiers pales­ti­niens ou pour construire des appar­te­ments financés par un magnat des casinos qui habite à des mil­liers de kilomètres.

Nous n’avons pas créé la pre­mière Assemblée de Juristes Juifs de l’histoire pour que la loi soit contournée pour satis­faire les délires de ven­geance des colons juifs sou­tenus par les faucons de la Sécurité qui haïssent les Arabes. Nous n’avons pas rétabli la sou­ve­raineté juive pour que la police juive reçoive l’ordre de taper sur la tête de qui­conque, juif ou non juif, se permet de pro­tester et de remettre en cause la légi­timité des agres­sions dont sont vic­times les rési­dents pales­ti­niens comme à Sheikh Jarrah et à Silwan.

Je veux que Jéru­salem soit ma capitale, qu’elle soit reconnue comme telle par le monde entier et je veux qu’elle le demeure pour tou­jours. Mais tous les Juifs et les Arabes qui arpentent les rues de Jéru­salem savent que Israël exerce déjà sa sou­ve­raineté sur Jéru­salem et a utilisé ce contrôle pour s’assurer que la ville reste aussi divisée qu’elle l’a tou­jours été. Il y a une Jéru­salem juive et une Jéru­salem arabe et tous les slogans que répètent nos leaders et nos défen­seurs n’y changent rien.

Nous aurions pu déve­lopper une vision sio­niste de la Jéru­salem de notre temps, un phare juif d’égalité et de respect mutuel pour toutes les croyances et pour les deux peuples qui vivent ici. Mais nous avons sys­té­ma­ti­quement négligé les besoins d’un quart de million de rési­dents pales­ti­niens, cor­rompu notre lutte déses­pérée pour la sécurité en nous appro­priant des terres, et consacré d’importantes res­sources construire des clô­tures pour enfermer la popu­lation locale arabe et empêcher le peuple Pales­tinien d’entrer.

An moment où les Juifs du monde entier com­mé­morent la des­truction de Jéru­salem et notre expulsion de pays étrangers où nous étions consi­dérés comme des intrus, il faut s’insurger contre le mal qui est fait en notre nom sous le pré­texte de pré­server "notre capitale une et éter­nelle". Ne conviendrait-​​il pas que les rabbins insistent dans leurs sermons de Tisha B’av sur la nécessité non seulement de nous sou­venir de nos propres souf­frances mais aussi de ne pas uti­liser cette souf­france pour jus­tifier le fait qu’à notre tour nous soyons devenus des oppres­seurs et qu’ils nous recom­mandent de nous opposer en tant que Juifs à ce que les Pales­ti­niens soient expulsés de leurs maisons ?

Il faut que nous disions au Premier Ministre Ben­jamin Neta­nyahu, au Pré­sident des USA Barak Obama et au Comité de Pla­ni­fi­cation et de Construction du Dis­trict de Jéru­salem que la plupart des Juifs ne sont pas des colons et ne haïssent pas les Arabes et que nous ne par­ta­geons pas leur façon de voir. Nous croyons que nous pouvons encore faire de Jéru­salem la ville de nos rêves.