Le Parti tra­vailliste pourra-​​t-​​il échapper au nau­frage de la coa­lition actuelle ?

Entretien avec René Backmann, mercredi 30 mai 2007

Amir Peretz battu, Barak sort vain­queur de la pri­maire tra­vailliste deavnt Ayalon tandis que Shimon Péres brigue la pré­si­dence israé­lienne après le départ forcé de Katsav.

Amir Peretz a été rendu res­pon­sable de la défaite israé­lienne au Liban, raison pour laquelle il aurait échoué à l’élection de secré­taire général du Parti tra­vailliste. Qu’en est-​​il selon vous ?

- Disons plus pré­ci­sément qu’Amir Peretz est tenu pour l’un des res­pon­sables - en raison de ses fonc­tions de ministre de la Défense - de la conduite désas­treuse de la guerre contre le Hez­bollah. Si désas­treuse que le bilan des combats a été pré­senté comme une vic­toire par le Hez­bollah et qu’il est vécu comme une défaite par les Israéliens.

En réalité, le divorce entre Peretz et l’armée était pré­vi­sible dès le moment où il a pris ses fonc­tions. L’armée s’est montrée d’emblée très réti­cente à sa dési­gnation en raison de son passé mili­taire modeste. Le plus haut grade qu’il ait obtenu est celui de capi­taine. Dans un pays où les généraux à la retraite font de brillantes car­rières poli­tiques et où l’armée a l’habitude d’être repré­sentée au gou­ver­nement par l’un des siens, Peretz, c’est le moins qu’on puisse dire, n’inspirait pas confiance aux mili­taires, avec son passé de syn­di­ca­liste sans expé­rience poli­tique et mili­taire substantielle.

Par la suite, lorsqu’il s’est retrouvé confronté à la décision de mener une guerre, le résultat s’est révélé désas­treux. Ses hési­ta­tions, ses dif­fi­cultés à prendre des déci­sions et ses erreurs stra­té­giques sont très vite apparues. De même que son inap­titude à remplir une fonction de cette impor­tance. A plu­sieurs reprises, on a pu voir Amir Peretz s’endormir lors de réunions, suc­combant, sous le poids de sa tache. Le rapport Winograd sur la guerre au Liban, dont la pre­mière partie a été rendue publique et dont la seconde partie sera connue d’ici peu, est acca­blant pour le premier ministre, pour son ministre de la Défense et, d’ailleurs, aussi pour le chef d’état-major de l’époque, Dan Haloutz, qui a déjà démissionné.

Ehoud Barak est arrivé en tête du premier tour de la pri­maire tra­vailliste devant Ami Ayalon. Pourtant un sondage israélien donne ce dernier vain­queur au second tour. Quelles sont les chances des deux can­didats de l’emporter ? [1]

- Ehoud Barak a déjà montré ce qu’il savait faire mais aussi ce qu’il ne savait pas faire. Il a été un bon chef d’état-major et a brillé dans des coups de com­mando et des opé­ra­tions mili­taires. En revanche, il a montré qu’il avait plus de mal à diriger un gouvernement.

Quand il a décidé de retirer les troupes israé­liennes du sud-​​Liban, il l’a fait sans négo­ciation préa­lable avec le gou­ver­nement libanais, ce qui a permis au Hez­bollah, déjà présent au sud Liban, d’apparaître au grand jour et de prendre le contrôle du terrain jusqu’à proximité de la fron­tière israé­lienne. Ce qui faci­litait les tirs de katyouchas sur le ter­ri­toire israélien et a fini par déboucher sur la guerre de l’été dernier.

Ehoud Barak a également échoué dans ses négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens à Camp David comme à Taba. Grâce à ses relais dans les médias il a imposé l’idée que ses échecs étaient seulement dus à l’intransigeance d’Arafat. Avec le recul on sait aujourd’hui qu’il porte lui aussi une large part de res­pon­sa­bilité dans le nau­frage du pro­cessus de paix. Par ailleurs, il a essuyé une défaite cui­sante contre Ariel Sharon en 2001.

Ami Ayalon a, pour sa part, une grande expé­rience mili­taire et sécu­ri­taire. Il a été com­mandant de la Marine et chef des ser­vices de ren­sei­gne­ments et de la sécurité inté­rieure, le Shin Beth. Mais il n’est entré en poli­tique, via son élection à la Knesset que depuis l’année dernière.

Cela dit, on sait qu’il est favo­rable à la reprise du pro­cessus de paix. Il a même pris l’initiative avec l’intellectuel pales­tinien Sari Nus­seibeh de publier un texte qui constitue une sorte de base pour la négo­ciation future. Sur le dossier le plus brûlant de la poli­tique israé­lienne - les rela­tions avec les Pales­ti­niens - il ne part pas de zéro, il s’en faut. Et son passé sécu­ri­taire peut ras­surer ceux qui redoutent une attitude man­quant de fermeté face aux Pales­ti­niens. Ayalon est arrivé deuxième (avec 31,7 des voix) der­rière Barak (34,2%) mais il est en tête à Jéru­salem, Tel-​​Aviv et dans les kib­boutz. Amir Peretz - qui a obtenu 21,8% - est aujourd’hui le faiseur de rois du Parti tra­vailliste qui peut faire élire l’un ou l’autre.

Les deux can­didats sont favo­rables au départ d’Ehoud Olmert. Quelles seront les consé­quences de l’élection sur l’avenir du Premier ministre et sur la coa­lition Kadima-​​Parti travailliste ?

- Bien qu’il ait appelé à la démission du Premier ministre, Ehoud Barak a déclaré récemment qu’il n’excluait pas d’entrer pro­vi­soi­rement dans un gou­ver­nement avec Ehoud Olmert. Ami Ayalon, quant à lui, a dit qu’il quit­terait la coa­lition si le Premier ministre restait au pouvoir. Mais avec seulement 2% d’opinions favo­rables et la publi­cation immi­nente de la deuxième partie du rapport Winograd, il est fort pro­bable qu’Olmert soit contraint à démissionner.

Kadima, sous la conduite du suc­cesseur d’Olmert, pourra-​​t-​​il conserver ses posi­tions ? Neta­nyahou, à la tête du Likoud, profitera-​​t-​​il du désarroi général pour revenir au pouvoir ? Le Parti tra­vailliste, der­rière son nouveau chef pourra-​​t-​​il échapper au nau­frage de la coa­lition actuelle ? A suivre…


Shimon Peres candidat à la présidence

Le vice-​​premier ministre israélien, âgé de 83 ans, a annoncé sa can­di­dature deux semaines avant le vote du Parlement.

Le vice-​​Premier ministre israélien Shimon Peres a annoncé mer­credi 30 mai qu’il était can­didat à la pré­si­dence de l’Etat d’Israël, qui sera élu dans deux semaines par le Parlement.

"J’ai décidé d’être can­didat à la pré­si­dence de l’Etat", a déclaré Shimon Peres, 83 ans, lors d’une réunion à la Knesset du groupe par­le­men­taire de Kadima, le parti cen­triste du Premier ministre Ehud Olmert, dont il est membre. Shimon Peres a reçu le Prix Nobel de la Paix avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin en 1994, suite aux accords d’Oslo.

[1] Pri­maire tra­vailliste en Israël : Amir Peretz éliminé

Le ministre de la Défense paie son rôle dans le fiasco du Liban. L’ex-Premier ministre Ehoud Barak affrontera le directeur du service de ren­sei­gnement israélien Ami Ayalon lors du second tour, le 12 juin.

Ehoud Barak est arrivé en tête de la pri­maire du Parti tra­vailliste israélien orga­nisée lundi, selon les résultats défi­nitifs com­mu­niqués mardi 29 mai. Mais l’ancien Premier ministre n’a pas obtenu les 40% des suf­frages néces­saires et affrontera Ami Ayalon, le directeur du Shin Bet, lors d’un second tour le 12 juin.

Ehoud Barak a recueilli 36% des voix, contre 31% à Ami Ayalon, directeur du service de ren­sei­gnement israélien. L’actuel chef des tra­vaillistes et ministre de la Défense Amir Peretz est arrivé troi­sième avec 22%, alors que les deux autres can­didats en lice ont obtenu moins de 10% des suffrages.

Ayalon donné vainqueur

Amir Peretz, dont la côte de popu­larité est au plus bas en Israël, paie son rôle dans le fiasco de l’intervention au Liban l’été dernier, qui a également placé sur la sel­lette le Premier ministre Ehoud Olmert. Environ 65% des 104.000 membres du tra­vaillistes ont voté lundi.

Ami Ayalon, nouveau-​​​​venu dans le combat poli­tique, était donné vain­queur par les son­dages dans l’hypothèse d’une duel de second tour avec Ehoud Barak.

Les deux hommes sou­haitent obtenir à terme le départ d’Ehoud Olmert s’ils sont élus à la tête du Parti tra­vailliste, une for­mation qui est pourtant engagée depuis un an dans une coa­lition avec Kadima, le parti cen­triste du Premier ministre issu d’une scission avec le Likoud (oppo­sition de droite). AP