Le Mou­vement des 115 pays Non-​​Alignés demande à ses membres d’appliquer des sanc­tions contre Israël.

Robert K., samedi 28 août 2004

Les ministres des affaires étran­gères assistant à la réunion du Mou­vement des non-​​ alignés (MNA) qui s’est tenue à Durban (Afrique du Sud) le 20 août 2004 ont appelé jeudi Israël à res­pecter et à appliquer la décision de la Cour inter­na­tionale de justice (CIJ).

« Le respect et l’application de cette décision aurait une influence positive sur les efforts pour par­venir à un règlement paci­fique et poli­tique du conflit dans le cadre du droit inter­na­tional », ont déclaré les ministres dans un com­mu­niqué rendu public lors de la 14ème confé­rence minis­té­rielle des membres du MNA.

Dans le document final rédigé à cette occasion, il est demandé aux membres du MNA d’agir indi­vi­duel­lement ou col­lec­ti­vement pour boy­cotter les pro­duits des colonies israé­liennes, d’interdire aux colons d’entrer dans les pays du MNA, d’imposer des sanc­tions à l’encontre des com­pa­gnies par­ti­cipant à la construction du Mur et à d’autres acti­vités illé­gales dans les ter­ri­toires occupés ou, plus géné­ra­lement, impli­quées dans l’activité des colonies.

Il est demandé aussi au Conseil de Sécurité de l’ONU d’adopter une réso­lution sanc­tionnant Israël, de prendre des mesures pour obliger Israël à arrêter la construction du Mur et d’établir un relevé détaillé des dom­mages causés aux pales­ti­niens pour indem­ni­sation par Israël.

C’est une des réso­lu­tions les plus sévères jamais prises contre Israël puisqu’elle propose aux membres du MNA des mesures concrètes de sanc­tions. Par ailleurs, elle a été élaborée aussi en vue de la session de Sep­tembre de l’Assemblée Générale de l’ONU où la question du Mur doit revenir en discussion.

Cher­chant à mini­miser l’impact de cette réso­lution, la diplo­matie israé­lienne prétend que c’est du vent et qu’elle ne sera jamais appliquée.

Mais cette posture ne trompe pas grand monde. Dans un article du journal israélien Haaretz il est indiqué que cela est une consé­quence de la décision de la CIJ. Et un diplomate israélien a déclaré que c’était une décision par­ti­cu­liè­rement sévère qui com­portait pour la pre­mière fois des pro­po­si­tions concrètes de sanctions.

L’inquiétude dans les milieux poli­tiques israé­liens quant au risque croissant de sanc­tions contre Israël est évident :
- Yossef Lapid, ministre de la Justice, avait évoqué début 2004 le risque qu’Israël subisse un boy­cottage de la com­mu­nauté inter­na­tionale, du même type que celui imposé à l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid ;
- Prise de position de la Cour Suprême en Israël demandant au gou­ver­nement de s’expliquer dans les 30 jours sur le tracé du Mur ;
- Mise en garde par le pro­cureur général Menahem Mazuz : « L’avis de la CIJ est sus­cep­tible d’avoir des consé­quences graves et dures pour Israël ».

« Cet avis crée un envi­ron­nement juri­dique inter­na­tional qui pourrait servir de pré­texte à des mesures pouvant aller jusqu’à des sanc­tions contre Israël dans dif­fé­rents forums ». Il recom­mande au gou­ver­nement de "déployer de gros efforts pour modifier le tracé de la clôture" en tenant compte des prin­cipes édictés par la Cour suprême ;

A noter que l’Eglise Pres­by­té­rienne aux USA dans son assemblée générale de juillet 2004 a déclaré qu’Israël est un Etat d’Apartheid, que le Mur devait être détruit.

Elle a décidé de retirer tout inves­tis­sement en Israël et met en place une poli­tique de retrait sélectif de leurs inves­tis­se­ments dans des com­pa­gnies qui com­mercent avec Israël et tout par­ti­cu­liè­rement qui pro­fitent de la poli­tique agressive d’Israël et des dom­mages causés aux civils.

Le pro­cessus de dés­in­ves­tis­sement dans ces com­pa­gnies com­mencera en Novembre 2004 et débutera très pro­ba­blement par Cater­pillar. Quant on sait l’importance des fonds de pension US et de leur manière de fonc­tionner c’est une décision concrète fort inté­res­sante. Et depuis cette église est inondée d’attaques (mails, lettres, articles) sur son pré­tendu "antisémitisme".

Sa décision a été soutenu par toutes les orga­ni­sa­tions soli­daires du droit à l’autodétermination du peuple pales­tinien et notamment par l’organisation juive « Jewish Voice for Peace ».

Si les poli­tiques israé­liens font mine de se moquer des déci­sions de La Haye, de l’Assemblée Générale de l’ONU (avec le fait très important que les 25 pays de l’UE ont voté contre le Mur), etc. en réalité ils mul­ti­plient les inter­ven­tions pour contrer les risques crois­sants de condam­na­tions et surtout de sanctions.

Ainsi Sylvain Shalom, ministre israélien des Affaires étran­gères, est venu récemment à Paris non pas prin­ci­pa­lement sur la question de l’antisémitisme comme les médias l’ont souvent laissé entendre, mais pour faire pression sur la France pour modifier son vote et sa position contre le Mur. Il a accordé une interview au Figaro (26 août 2004) sous le titre : « Il faut des lois plus dures contre l’antisémitisme en France ». Voici ce qu’il dit sur la position euro­péenne, et en par­ti­culier celle de la France, contre le Mur :

« Quel a été l’objet de vos conver­sa­tions avec le ministre français des Affaires étran­gères, Michel Barnier ? Nous avons évoqué le vote pro­chain à l’Assemblée générale de l’ONU sur la clôture de sécurité. Il est très important pour nous que les pays euro­péens ne votent pas, comme ils l’ont fait il y a quelques semaines, en faveur d’une réso­lution pales­ti­nienne condamnant cette clôture. Nous avons été très surpris par ce vote parce que plu­sieurs pays nous avaient dit qu’ils s’abstiendraient.

Pourquoi la position euro­péenne pourrait-​​elle changer ? Tous les pays n’étaient pas per­suadés qu’il fallait voter la réso­lution la der­nière fois. Mora­lement, il serait très important que la réso­lution n’ait pas le soutien des pays euro­péens à l’assemblée générale et, si celle-​​ci décide tout de même de pré­senter la question au conseil de sécurité, il est important que les pays euro­péens qui y siègent, la France, la Grande-​​Bretagne, l’Allemagne ne votent pas favo­ra­blement.

M. Barnier vous a-​​t-​​il donné des assu­rances ? Pensez-​​vous que la diplo­matie fran­çaise soit un facteur essentiel de la position euro­péenne ? J’ai dit à M. Barnier que les Euro­péens nous disent tou­jours : « Parlez aux Français. S’ils vous sou­tiennent, les autres vous sou­tien­dront. » C’est ce que j’ai fait. Je l’avais fait avec Domi­nique de Vil­lepin et nous avions obtenu à l’époque que les Euro­péens s’opposent à ce que la Cour inter­na­tionale de justice de La Haye se pro­nonce sur cette question. Demain, j’en par­lerai à Rome avec mon homo­logue italien et ensuite je recevrai Joshka Fisher, le ministre allemand. »

Il s’agit donc bien d’une tournée entre­prise par la diplo­matie israé­lienne. Et on voit bien que la France joue un rôle central sur le sujet. D’où aussi les pres­sions exercées par Israël qui ins­tru­men­talise la question de l’antisémitisme.

Israël arrivera-​​t-​​elle à stopper ce mou­vement ? à retourner le vote européen ? Les pays non-​​alignés appliqueront-​​ils leur réso­lution ? En France, tout par­ti­cu­liè­rement, nous avons notre place à prendre dans cette lutte. Israël ne doit pas dicter sa loi à la France. Faisons en sorte que la décision de la CIJ et le droit inter­na­tional, soit respectés.