Le Liban octroie des droits civiques aux Palestiniens

Le Monde avec Reuters, mercredi 18 août 2010

Le Par­lement libanais a adopté, mardi 17 août, une loi accordant des droits civiques de base aux réfugiés pales­ti­niens, une mesure jugée tou­tefois insuf­fi­sante par des orga­ni­sa­tions de défense des libertés fon­da­men­tales [1].

Cette loi permet aux Pales­ti­niens d’être embauchés au sein d’une entre­prise, mais leur interdit tou­jours l’accès à cer­taines pro­fes­sions dans les domaines médical et juridique.

"C’est un pas dans la bonne direction", a estimé Nadim Houri, res­pon­sable de l’organisation Human Rights Watch au Liban. "Cela doit s’accompagner de réformes admi­nis­tra­tives, de cam­pagnes de sen­si­bi­li­sation auprès des employeurs pour encou­rager l’embauche des Palestiniens."

PAS D’ACCÈS À LA PROPRIÉTÉ

Une pro­po­sition leur per­mettant d’accéder à la pro­priété a été aban­donnée mais cer­tains députés ont indiqué que le sujet pourrait être abordé dans une loi dis­tincte. Les réfugiés pales­ti­niens n’ont pas non plus accès aux ser­vices publics et sont confrontés à des res­tric­tions à l’université et dans le système éducatif.

Cer­tains hommes poli­tiques libanais sou­tiennent qu’accorder des droits de pro­priété ou des permis de travail aux Pales­ti­niens encou­ra­gerait la natu­ra­li­sation, un sujet explosif dans ce pays mul­ti­con­fes­sionnel tou­jours hanté par le spectre de la guerre civile.

Les Pales­ti­niens ont long­temps été mar­gi­na­lisés au Liban et les conflits entre Pales­ti­niens et chré­tiens libanais ont été l’un des fac­teurs de la guerre civile de 1975-​​1990. Plus de 425 000 réfugiés, la plupart d’entre eux de confession sunnite, vivent aujourd’hui dans douze camps bondés et insalubres. [2]

[1] voir les limites de cette décision dans l’Orient le Jour Les réfugiés pales­ti­niens auto­risés à exercer tous les métiers au Liban

[2] voir Ali Bedouan de Al Hayat dans l’Orient le Jour du 1 juillet 2010 :

L’impossible vie des Palestiniens

Le rejet par les députés d’une pro­po­sition de loi accordant des droits civiques aux réfugiés venus de Palestine a mis en lumière les dis­cri­mi­na­tions dont ils sont victimes.

Le réflexe confes­sionnel des députés libanais a été conforme aux attentes. Les chré­tiens, issus des rangs du parti des Kataëb [les pha­lan­gistes], des Forces liba­naises et du Courant patrio­tique libre [CPL de Michel Aoun allié du Hez­bollah] ont rejeté une loi pré­sentée par le parti de Walid Joum­blatt [druze]. Cette loi plaidait en faveur de l’octroi des droits civiques, après des décennies de rejet et d’ostracisme, aux réfugiés pales­ti­niens pré­sents sur le sol libanais. Pour eux, ce vote a été une grande déception et a anéanti l’espoir qu’ils nour­ris­saient depuis un an de voir leur situation s’améliorer enfin. Jusqu’à aujourd’hui, ils subissent le racisme et font les frais des peurs agitées par les forces confes­sion­nelles. Car beaucoup craignent qu’ils puissent un jour accéder à la natio­nalité [ce qui chan­gerait les équi­libres démo­gra­phiques du Liban au profit des musulmans sunnites].

Il est temps de prendre le sujet à bras-​​​​le-​​​​corps et de parler en toute fran­chise des souf­frances que les Pales­ti­niens subissent depuis si long­temps à cause de la légis­lation liba­naise. Ils conti­nuent de vivre dans des camps de réfugiés écrasés de misère, où la coer­cition est la règle prin­cipale. Ce qu’ils subissent au Liban résume le sort de la dia­spora pales­ti­nienne dans son ensemble. Ce n’est pas par choix qu’ils sont venus au Liban, mais à la suite de l’humiliation de la Nakba. [nakba signifie “catas­trophe” : à la fois défaite arabe et création d’Israël en 1948.] Ils ont été chassés vers tous les pays voisins, mais, en Syrie, ils jouissent de l’égalité en droits et en devoirs avec les nationaux. En Jor­danie, ils ont même acquis la natio­nalité. C’est seulement au Liban qu’on continue de les traiter comme des étrangers. Ils n’ont pas le droit de devenir pro­prié­taires et quelque 73 métiers leur sont interdits.

Tout cela a des consé­quences néga­tives. Des mil­liers d’entre eux ont quitté le Liban dans le but de s’instruire ou afin de pouvoir gagner leur vie, alors que dans le même temps le pays accueille des mil­liers de tra­vailleurs immigrés du Sri Lanka, du Ban­gladesh, des pays d’Afrique et de l’ancien bloc de l’Est et leur accorde des permis de travail et des cartes de séjour per­manent. On ne se contente pas de les pousser à partir. On procède également à une opé­ration hon­teuse qui consiste à biffer petit à petit des registres les noms de ceux qui partent pour des pays loin­tains tels que le Canada ou l’Australie. De même, plus de 25 000 habi­tants de la Cis­jor­danie et de la bande de Gaza qui résident pour une raison ou une autre au Liban ne dis­posent d’aucun papier officiel.

Le sort qu’on réserve actuel­lement aux Pales­ti­niens, plein d’embûches et de res­tric­tions légales, ne les fera pas retourner en Palestine. Tout comme leur per­mettre d’avoir une vie digne ne va pas les pousser à s’implanter au Liban. La per­pé­tuation de leur destin tra­gique ne sou­lagera pas le pays du Cèdre et ne garantira pas sa stabilité. http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tional​.co…