Le Hamas traque le Fatah

Karim Lebhour, jeudi 31 juillet 2008

La tension est tou­jours très vive à Gaza. Des affron­te­ments entre les forces du Hamas et des mili­tants isla­mistes radicaux ont fait 1 mort et 6 blessés. Le Hamas mène une sévère répression, notamment contre les mili­tants du Fatah.

Les tirs et les explo­sions ont résonné une bonne partie de la nuit, dans la ville de Gaza, témoin d’affrontements entre les hommes de l’Armée de l’islam, un groupe proche d’al-Qaïda, et les forces de sécurité du Hamas, engagées dans une vaste opé­ration de répression, après les attentats de vendredi.

Mais c’est sur le Fatah que le Hamas concentre sa traque. Le mou­vement isla­miste se dit convaincu que des éléments liés au parti de Mahmoud Abbas sont der­rière ces attaques. Devant une foule en colère qui réclamait ven­geance, un diri­geant du Hamas a promis que : « Ceux qu’il a appelés "les col­la­bo­ra­teurs du Fatah", seront pendus en place publique ».

Déjà près de 200 mili­tants du Fatah ont été arrêtés et plu­sieurs dizaines de bâti­ments per­qui­si­tionnés. Gaza est qua­drillé par les forces du Hamas qui contrôlent les véhi­cules à des points de passage.

Ces ten­sions font craindre un réveil des affron­te­ments entre les deux fac­tions rivales. En Cis­jor­danie, les bri­gades des Martyrs d’al-Aqsa, la branche armée du Fatah, menace le Hamas de repré­sailles, si la répression à Gaza se poursuit. La police pales­ti­nienne de son côté, a arrêté une quin­zaine de mili­tants isla­mistes, dans la ville de Toul­karem.  [1]

Par ailleurs, des rap­ports très pré­oc­cu­pants publiés par des orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes de défense des droits humains, dénoncent des pra­tiques vio­lentes illé­gales en Palestine :

"La torture, une pra­tique cou­rante à Gaza et en Cis­jor­danie, selon deux organisations

La torture est très régu­liè­rement pra­tiquée par les forces de sécurité pales­ti­niennes dans les Ter­ri­toires, affirment lundi deux orga­ni­sa­tions de défense des droits de l’Homme. Leur constat se base sur des témoi­gnages recueillis depuis que le Hamas a pris le pouvoir dans la Bande de Gaza il y a un an, ne laissant au pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas que le contrôle de la Cisjordanie.

Au cours de l’année écoulée, dans les deux ter­ri­toires, les forces de sécurité ont procédé à grande échelle à des arres­ta­tions arbi­traires d’opposants, selon l’organisation pales­ti­nienne Al-​​Haq. Celle-​​ci a estimé que plus d’un millier de per­sonnes avaient été détenues par chaque camp, et ce avant même l’interpellation de 200 par­tisans du Fatah à Gaza ce week-​​end, après l’explosion d’une bombe qui a tué cinq acti­vistes palestiniens.

Lundi, appa­remment en repré­sailles, les forces de Mahmoud Abbas ont arrêté plu­sieurs dizaines de par­tisans du Hamas en Cisjordanie.

L’organisation pales­ti­nienne Al-​​Haq a réalisé un rapport sur la torture de 85 pages, ras­sem­blant des témoi­gnages de 150 détenus. Selon Shawane Jabarin, directeur d’Al-Haq, 20 à 30% des plus de 2.000 détenus arrêtés en 2007 disent avoir été battus et attachés dans des posi­tions pénibles. Il ajoute que trois pri­son­niers étaient morts en détention à Gaza et un en Cisjordanie.

De son côté, l’organisation Human Rights Watch (HRW), basée à New York, sou­ligne une nette aug­men­tation des arres­ta­tions à caractère arbi­traire ou poli­tique depuis la prise de contrôle du Hamas dans la Bande de Gaza. "Le recours à la torture est en aug­men­tation, de manière dra­ma­tique", déplore Fred Abrahams, qui tra­vaille pour HRW.

Le Mou­vement de la résis­tance isla­mique a inter­pellé nombre de ses rivaux du Fatah, tandis que le Fatah faisait de même avec les mili­tants du Hamas en Cis­jor­danie, note HRW.

Selon Human Rights Watch, les forces de Mahmoud Abbas doivent être mieux sur­veillées, en raison du soutien massif dont elles béné­fi­cient depuis l’étranger. "La com­mu­nauté inter­na­tionale a promis huit mil­liards de dollars à l’Autorité pales­ti­nienne en Cis­jor­danie, et cela leur donne la lourde res­pon­sa­bilité de s’assurer que les forces de sécurité n’ont pas recours à la torture et res­pectent les droits de l’Homme", sou­ligne Fred Abrahams, qui sou­haite que l’aide soit condi­tionnée à l’amélioration de sa situation.

Le Premier ministre de Mahmoud Abbas, Salam Fayyad, reconnaît des "défauts" mais assure que les vio­la­tions des droits de l’Homme ont diminué. "Les pro­chains rap­ports seront meilleurs".

A Gaza, un porte-​​parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a accusé le gou­ver­nement Fayyad d’essayer de détruire le Hamas en Cis­jor­danie avec le soutien des Etats-​​Unis. Il a reconnu que "des erreurs" avaient été faites par les forces du Hamas, mais assuré que contrai­rement à la Cis­jor­danie, les fautifs sont punis de plus en plus sévèrement.

Le rapport de Al Haq décrit une série de méthodes uti­lisées par les forces de sécurité dans les deux Ter­ri­toires pendant les interrogatoires.

Selon ce rapport, fré­quemment, les têtes des détenus étaient cou­vertes de sacs. Ils avaient les mains liés dans le dos, et devaient rester debout pendant de longues heures. Ceux qui bou­geaient ris­quaient d’être frappés sur les bras, les jambes et les plantes de pieds. Ils étaient aussi menacés, humiliés et isolés dans des cel­lules minuscules.

Trois anciens détenus, deux de Salem en Cis­jor­danie et un de Gaza, ont rap­porté des faits simi­laires à l’Associated Press. L’un d’eux, Majdi Jabour, un ouvrier du bâtiment de 33 ans, a raconté avoir été inter­pellé le 17 novembre par le ren­sei­gnement mili­taire à Naplouse près de Salem. Selon lui, ceux qui l’interrogeaient exi­geaient de savoir où il aurait caché le fusil auto­ma­tique de son défunt frère, un membre de l’aile mili­taire du Hamas tué par les Israé­liens en 2002.

Majdi Jabour explique qu’il a assuré n’avoir aucun lien avec le Hamas et ignorer tout de l’arme en question. Il dit avoir été roué de coups de poings ou de matraque les six jours sui­vants, y compris sur la plante des pied. Ses jambes avaient tel­lement enflé et ses pieds étaient si dou­loureux qu’il n’arrivait plus à tenir de bout, affirme-​​t-​​il. Il ajoute avoir aussi été forcé de rester debout sous la pluie hivernale pendant plu­sieurs heures.

Fina­lement il a été conduit à l’hôpital Rafi­diyeh de Naplouse après reçu des coups de tour­nevis dans le dos et s’être évanoui. Ensuite, il raconte avoir été ensuite transféré au service général du ren­sei­gnement de Naplouse où les sévices auraient cessé. Mais une semaine plus tard, il devait être opéré pour une appendice per­forée, selon un médecin de l’hôpital. Relâché sans qu’aucun chef ne soit retenu contre lui, Majdi Jabour dont les héma­tomes sur les jambes sont encore visibles huit mois après, a reçu ensuite les excuses du gou­verneur de Naplouse. "  [2]