Le Hamas règne plus que jamais en maître à Gaza

Joseph Krauss, samedi 13 juin 2009

Ni les pres­sions inter­na­tio­nales, ni l’action de l’Autorité pales­ti­nienne, ni le blocus ren­forcé ne semblent avoir entamé le pouvoir du mou­vement islamiste.

Abou Moutaz n’avait jamais été un membre du Hamas, mais deux ans après la prise de contrôle de Gaza par le mou­vement isla­miste il est tout heureux de revêtir l’uniforme de sa force para­mi­li­taire. « Je suis un fils du Fateh et je garde mes convic­tions, mais j’ai une femme et quatre enfants à nourrir et ne peux me plaindre du gou­ver­nement » dirigé par le Hamas, confie cet homme âgé de 32 ans. Les murs de son modeste appar­tement sont cou­verts d’affiches de com­bat­tants du Hamas tués par l’armée israé­lienne et célébrés comme des « martyrs ». « Ils étaient mes frères, je tra­vaillais avec eux », raconte-​​t-​​il. Son propre frère, qui souf­frait de troubles mentaux, a été l’un des quelque 1 400 Pales­ti­niens tués dans l’offensive de l’armée israé­lienne de décembre-​​janvier. Le Hamas a payé pour les funérailles.

Comme d’autres sym­pa­thi­sants du Fateh, le parti rival du pré­sident Mahmoud Abbas, il sert à présent le Hamas, sans se faire scrupule bien que les isla­mistes aient vio­lemment et au prix de plus de 100 morts délogé le Fateh pour prendre le contrôle de la bande de Gaza le 15 juin 2007. Lorsque Israël a ren­forcé le blocus de Gaza après ce coup de force, Abou Moutaz a perdu son emploi dans l’usine où il tra­vaillait et a été recruté par la police du Hamas.

Ni les pres­sions inter­na­tio­nales, ni l’action de l’Autorité pales­ti­nienne, ni le blocus ren­forcé, ni même l’opération dévas­ta­trice israé­lienne à Gaza ne semblent avoir entamé le pouvoir du Hamas. « Tout au contraire, elles ont eu un effet boo­merang », affirme le poli­to­logue Mou­khaimar Abou Saada, de l’université al-​​Azhar de Gaza. Il donne en exemple les taxes que perçoit, selon lui, le Hamas sur le lucratif trafic par tunnels de contre­bande à partir de l’Égypte, qui n’aurait pas eu lieu d’être si les mar­chan­dises pou­vaient passer librement. Ahmad Youssef, un haut res­pon­sable du Hamas, admet volon­tiers que les finances du mou­vement isla­miste n’ont pas pâti des sanc­tions. Mais il nie que son mou­vement « ait pu tirer le moindre bénéfice du siège », sou­li­gnant l’action sociale du Hamas qui paie 20 000 fonc­tion­naires, notamment grâce à l’aide de l’Iran.

Mais il existe une face plus sombre du pouvoir du Hamas, dans la mesure où ses ser­vices de sécurité écrasent toute vel­léité de contes­tation qui défierait sa mainmise sur Gaza, surtout par le Fateh. « Les membres du Fateh sont devenus des otages du Hamas à Gaza de la même façon que les membres du Hamas sont devenus otages du Fateh en Cis­jor­danie », estime Khaled Abou Shamala, directeur du centre al-​​Dameer de défense des droits de l’Homme [1]. Là encore, selon lui, la des­truction dans l’opération israé­lienne des bâti­ments offi­ciels à Gaza aurait joué en faveur du Hamas.

Ainsi, au lieu de détenir des pri­son­niers dans des prisons reconnues, on les enferme doré­navant dans des centres de détention secrets, rendant encore plus dif­ficile un contrôle d’organismes de droits de l’homme. « Le système légal s’est effondré. Il n’y a plus d’action poli­tique, ni par­le­men­taire, ni d’institutions civiles », constate amè­rement M. Abou Shamala.

Dans ce contexte, il est dif­ficile d’évaluer le soutien réel dont dispose le Hamas à Gaza, rendu res­pon­sable par une partie de la popu­lation de la dégra­dation de la situation. Les son­dages témoignent d’une baisse de popu­larité du Hamas au profit du Fateh à Gaza, mais d’une hausse de sa popu­larité en Cis­jor­danie, là où il ne règne pas.

[1] les arres­ta­tions de membres du Hamas se mul­ti­plient en Cis­jor­danie où la police de la pré­si­dence pales­ti­nienne joue un rôle de plus en plus répressif