Le Hamas peut-​​il triompher, vingt-​​deux ans après sa création ?

Georges Malbrunot, mardi 15 décembre 2009

Le Hamas n’a pas réussi à briser l’isolement imposé par la com­mu­nauté inter­na­tionale à l’encontre d’une orga­ni­sation tou­jours consi­dérée comme ter­ro­riste par l’Union euro­péenne et les Etats-​​Unis.

« Depuis sa fon­dation, le Hamas a été en mesure de réa­liser une grande partie de ses objectifs et de sur­monter toutes les épreuves : la prison, l’exil, les assas­sinats et les élec­tions », clai­ronne l’un de ses chefs, Mahmoud Zahar. Mais le mou­vement isla­miste peut-​​il réel­lement afficher un bilan aussi positif ?

Un an après la guerre que lui mena l’armée israé­lienne, la plupart des maisons et des bâti­ments détruits n’ont tou­jours pas été recons­truits dans la bande de Gaza. Certes, l’asphyxie promise par la com­mu­nauté inter­na­tionale n’a pas eu lieu : les inté­gristes ont de l’argent et des armes. Mais leur popu­larité n’est sans doute pas aussi impor­tante que ses diri­geants l’assurent.

« Le Hamas perd un peu de son soutien », estime au contraire un des rares diplo­mates euro­péens à ren­contrer les res­pon­sables inté­gristes. Selon lui, « les isla­mistes n’ont pas engrangé de dyna­mique. Ils n’ont pas obtenu grand-​​chose ces der­niers mois ».

D’où leur souci de conclure le « deal » sur Gilad Shalit, ce soldat israélien qui pourrait être libéré au cours des semaines pro­chaines en échange de l’élargissement de cen­taines de détenus pales­ti­niens, empri­sonnés en Israël. « Le Hamas a besoin d’afficher un succès auprès de la popu­lation », selon leur interlocuteur.

Les Gazaouis, dans leur ensemble, n’ignorent pas que c’est l’argent de la com­mu­nauté inter­na­tionale offert à l’Autorité pales­ti­nienne qui permet de payer les salaires de plu­sieurs dizaines de mil­liers de fonc­tion­naires à Gaza, où le Hamas règne pourtant en maître depuis trois ans.

En interne, des divi­sions pèsent sur le Mou­vement de la résis­tance isla­mique. Tout d’abord entre cer­tains res­pon­sables de la branche mili­taire et des poli­tiques. « Notre approche de la résis­tance (…) n’est pas limitée à la lutte armée », plaide Mahmoud Zahar. « Les bri­gades al-​​Qassam ont construit leurs armes à main nues, y compris les roquettes Qassam qui ter­ri­fient l’ennemi sio­niste », semble lui répondre Abou Obeida, le porte-​​parole de la branche militaire.

Pour le diplomate européen, « il y a une dis­cussion interne entre ceux qui veulent faire de la poli­tique et ceux qui ne veulent pas. Et ce conflit, n’est pas résolu. Les mili­taires veulent faire la guerre. Ils ont des armes. Et leur appareil a été restructuré après l’offensive de Tsahal au prin­temps », poursuit-​​il.

Sur ses flancs, le Hamas est également confronté à la menace sala­fiste. Des ultras de sa branche armée, qui dénoncent la dérive poli­tique du Mou­vement, suc­combent aux sirènes du djihadisme.

Pour de nom­breux obser­va­teurs, « la tuerie de Rafah l’été dernier devait montrer les limites à ne pas dépasser pour les sala­fistes, mais c’était aussi un aver­tis­sement lancé à la branche armée » du Mou­vement. En août, le Hamas avait écrasé dans le sang une révolte de mili­tants sala­fistes retranchés dans une mosquée de Khan Younès au sud de la bande de Gaza.

Enfin poli­ti­quement, le Hamas n’a pas réussi à briser l’isolement imposé par la com­mu­nauté inter­na­tionale à l’encontre d’une orga­ni­sation tou­jours consi­dérée comme ter­ro­riste par l’Union euro­péenne et les Etats-​​Unis. « Ils mettent tou­jours le blâme sur Israël », regrette leur inter­lo­cuteur européen.

Pour l’heure, le Hamas a choisi de rester inflexible, alors qu’en Occident de plus en plus de voix dénoncent la qua­ran­taine qui lui est imposée. Pensant cer­tai­nement que le temps tra­vaille pour les isla­mistes. A voir. [1]