Le Hamas perd-​​il le contrôle de la bande de Gaza ?

Georges Malbrunot, mardi 23 mars 2010

Que se passe-​​t-​​il dans la bande de Gaza, bouclée par Israël, où les isla­mistes pales­ti­niens du Hamas voient leur autorité dis­putée par leurs rivaux sala­fistes, proches d’Al Qaida ?

Dérive djihadiste.

Hier pour la pre­mière fois, un tir de roquette contre Israël a été reven­diqué par une for­mation sala­fiste, Al-​​Ansar al-​​Sunna. Ce tir a tué un ouvrier thaï­landais dans un kib­boutz du sud de l’Etat hébreu. Il est intervenu au moment où la haute repré­sen­tante de l’Union euro­péenne, Catherine Ashton, effec­tuait une brève visite dans la bande de Gaza.

Depuis bientôt un an, le Hamas doit affronter les souches qai­distes, déçues par la gou­ver­nance Hamas. Récemment, la bande de Gaza a été le théâtre de mys­té­rieuses explo­sions, notamment à proximité du domicile d’Ismael Hanyeh, l’un des prin­cipaux leaders du Hamas.

Qui en sont les com­man­di­taires ? Les groupes sala­fistes, qui veulent se venger d’avoir été com­battus par le Hamas ces der­niers mois, ou alors cer­tains radicaux de la branche armée du Hamas, mécon­tents de la retenue dont fait preuve le Mou­vement dans son combat face à Israël. Le Hamas n’a pas commis d’attentat dans l’Etat hébreu depuis plu­sieurs années.

En retour, la com­mu­nauté inter­na­tionale refuse tou­jours de lui parler. « Qu’avez-vous gagné », se demandant les plus ultra des Ezzedine al-​​Qassem, la branche mili­taire du Hamas.

Il y a dix jours, le leader de cette branche mili­taire, Ahmad al-​​Jabaari a envoyé une lettre à Khaled Meshaal, le chef du bureau poli­tique du Hamas à Damas. Jabaari le mettait pré­ci­sément en garde contre une perte de contrôle de Gaza par le Mou­vement, tout en ajoutant que les ten­sions internes au Hamas étaient res­pon­sables des der­nières explo­sions suspectes.

Après avoir écarté par les armes en 2007 ses rivaux de l’Autorité pales­ti­nienne, depuis le Hamas montre ses muscles, sans par­venir tou­tefois à faire taire ses oppo­sants djihadistes.

Le 10 février, la force exé­cutive du mou­vement inté­griste a arrêté Mahmoud Taleb (connu sous le nom de Abou al-Mu’tassem al-​​Maqdisi), l’un des leaders dji­ha­distes de la bande de Gaza. Il avait déjà été arrêté l’été dernier, avant de par­venir à s’enfuir d’une prison.

Taleb est membre du Jund Ansar Allah, un gou­puscule dji­ha­diste qui s’était révolté contre le Hamas en août dans le sud de la bande de Gaza, avant de se faire sévè­rement réprimé par les poli­ciers intégristes.

Le Hamas doit prendre ces menaces au sérieux. Des ultras de sa branche armée, qui dénoncent la dérive poli­tique du Mou­vement, suc­combent aux sirènes du dji­ha­disme. D’autres radicaux sun­nites lui reprochent son alliance contre nature avec l’Iran chiite.

Même si le blocus israélien ne l’a pas empêché de sur­vivre, à moyen terme, le statu quo ne lui est plus favo­rable. « Le Hamas n’a pas affiché depuis long­temps de succès devant la popu­lation », constate un diplomate occidental.

Entre résis­tance armée et gestion poli­tique, les ten­sions internes risquent encore de s’aggraver. Et les « déçus » risquent d’aller grossir les rangs des dif­fé­rents grou­pus­cules dji­ha­distes, qui sont apparus sur ses flancs ces der­nières années dans cette prison à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza (voir Le Figaro 8 juin 2008).