"Le Hamas ? Une copie barbue du Fatah"

Mohamed Kraychan, dimanche 25 janvier 2009

La déso­lation qui règne à Ramallah, en Cis­jor­danie, illustre la dégra­dation du quo­tidien des Pales­ti­niens, déçus et par le Fatah et par le Hamas. Témoignage.

Ramallah est une ville à part. Située en Cis­jor­danie, la capitale admi­nis­trative de l’Autorité pales­ti­nienne reflète toute la diversité de la société pales­ti­nienne : elle brasse toutes les caté­gories socio­lo­giques de la popu­lation, accueille les citoyens des villes et vil­lages alentour, attire des étrangers du monde entier, abrite un nombre consi­dé­rable d’ONG et organise la plupart des acti­vités cultu­relles et poli­tiques. Je l’avais visitée lors de l’élection pré­si­den­tielle de janvier 2005 [rem­portée par Mahmoud Abbas], puis des élec­tions légis­la­tives de janvier 2006 [gagnées par le Hamas]. Un an et demi plus tard, j’y suis aujourd’hui de nouveau afin de prendre le pouls de la popu­lation et de m’intéresser aux gens ordi­naires, que ce soient les étudiants de l’université de Bir Zeit, les gens dans les cafés ou dans la rue, ou encore les acteurs de la vie cultu­relle et les obser­va­teurs politiques.

On peut résumer l’humeur générale en un mot : le dégoût. Le dégoût de l’occupation bien sûr, mais aussi de l’Autorité pales­ti­nienne, du Fatah et du Hamas, de leurs mili­ciens et de leurs combats, de la cor­ruption, de la crise écono­mique et de l’effondrement du pouvoir d’achat, des pays arabes et de ce qu’on appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale, des Etats-​​Unis, de l’Europe et des Nations unies. Un dégoût géné­ralisé qui n’épargne rien ni per­sonne. Tous sont gagnés par le sen­timent dévas­tateur d’être aban­donnés par le monde entier et de n’avoir aucune pers­pective d’avenir. L’option d’une solution négociée n’a pas donné le moindre résultat, l’option de cessez-​​le-​​feu n’a en rien amé­lioré la situation, l’option de l’affrontement n’a pas fait bouger d’un pouce les lignes, l’option de l’attaque n’a pas suffi à ter­ro­riser l’ennemi.

Les Pales­ti­niens de Ramallah n’ont plus aucun espoir. Mahmoud Abbas a trop déçu l’espérance qu’il avait sus­citée. Avant son accession au pouvoir, on pensait qu’il pouvait réussir là où Yasser Arafat avait échoué, c’est-à-dire dans l’amélioration des condi­tions de vie. Car, disait-​​on, il plaisait aux Amé­ri­cains et ne déran­geait pas trop les Israé­liens. Or, selon les Pales­ti­niens, cet homme n’a rien obtenu du tout, n’a pas réglé les pro­blèmes de niveau de vie, ni contenu la cor­ruption endé­mique, ni mis un terme au désordre géné­ralisé. Les Pales­ti­niens se moquent de lui en disant que la seule chose qu’il aurait réussie depuis qu’il est pré­sident, c’est de sup­primer un point de contrôle entre Ramallah et Bir Zeit.

Quant au Hamas, il a causé un désen­chan­tement majeur. En un temps record, il a dilapidé les espoirs de chan­gement profond qu’on attendait de lui. Non seulement il n’a résolu aucun des pro­blèmes exis­tants, mais il a contribué à les aggraver. Il n’a même plus le mérite de repré­senter une alter­native cré­dible et pro­met­teuse, puisqu’il s’est avéré être une simple copie barbue du Fatah. Il était avide d’un pouvoir qui ne valait déjà plus rien et, quand il a fini par accepter le gou­ver­nement d’union nationale, il n’a pas res­pecté les règles de la cohabitation.

D’où peut venir l’espoir, s’interrogent les obser­va­teurs ? Pour débloquer la situation, il fau­drait soit une guerre régionale pour redis­tribuer les cartes, soit que Mahmoud Abbas prenne son courage à deux mains et démis­sionne de son poste en déclarant la fin de l’Autorité pales­ti­nienne. Ainsi, il met­trait tout le monde devant ses res­pon­sa­bi­lités pour que les Pales­ti­niens puissent affronter leur destin sans faux-​​semblants. Qui sait ? Ce serait peut-​​être le meilleur moyen de sortir de l’impasse.