Le Fatah et le Hamas se sont entendus sur quoi ?

Gilles Paris, samedi 7 mai 2011

Un constat s’impose : cet accord est très limité. Il organise sim­plement la tran­sition jusqu’aux élec­tions pré­si­den­tielle et légis­la­tives qui doivent se tenir d’ici un an.

Le site de Mous­tapha Bar­ghouti, ancien can­didat à la pré­si­den­tielle pales­ti­nienne de 2005 et chef de la for­mation Mou­badara (l’Initiative) a mis en ligne ce qu’il pré­sente comme le texte de l’accord conclu entre le Fatah et le Hamas, au Caire, le 4 mai, et ratifié par toutes les autres fac­tions (lire ci-​​dessous).

Sous réserve d’authenticité, un constat s’impose : cet accord est très limité. Il organise sim­plement la tran­sition jusqu’aux élec­tions pré­si­den­tielle et légis­la­tives qui doivent se tenir d’ici un an. Rien de pro­gram­ma­tique, rien de poli­tique si ce n’est, en creux, la dési­gnation d’un premier ministre qui sera observé avec attention par les dona­teurs attachés à l’actuel titu­laire du poste, Salam Fayyad, et rien sur la question de la création d’un éventuel Etat.

Un accord a minima, de court terme, donc, et qui soulève déjà des cri­tiques palestiniennes.

Trans­lated by Al Mubadara, the Pales­tinian National Ini­tiative, this document is cur­rently in the process of being signed by all of Palestine’s fac­tions and parties.

Under the aus­pices of Egypt, dele­ga­tions from the Fatah and Hamas move­ments met in Cairo on April 27, 2011 to discuss the issues concerning ending the poli­tical division and the achie­vement of national unity. On top of the issues were some reser­va­tions related to the Pales­tinian National Unity Accord made in 2009.

Both poli­tical parties mutually agreed that the basis of unders­tanding made during the meeting are com­mitting to both parties in the imple­men­tation of the Pales­tinian National Recon­ci­liation Agreement. The basis of unders­tanding agreed upon by Fatah and Hamas are as follows :

1. Elections

A. Election Committee :

Both Fatah and Hamas agree to identify the names of the members of the Central Election Com­mission in agreement with the Pales­tinian fac­tions. This list will then be sub­mitted to the Pales­tinian Pre­sident who will issue a decree of the refor­mation of the committee.

B. Electoral Court :

Both Fatah and Hamas agree on the nomi­nation of no more than twelve judges to be members of the Elec­toral Court. This list will then be sub­mitted to the Pales­tinian Pre­sident in order to take the necessary legal actions to form the Elec­toral Court in agreement with the Pales­tinian factions.

C. Timing of Elections :

The Legis­lative, Pre­si­dential, and the Pales­tinian National Council elec­tions will be conducted at the same time exactly one year after the signing of the Pales­tinian National Recon­ci­liation Agreement. 2. Palestine Libe­ration Organization

The poli­tical parties of both Fatah and Hamas agree that the tasks and deci­sions of the pro­vi­sional interim lea­dership cannot be hin­dered or obs­tructed, but in a manner that is not conflicting with the autho­rities of the Exe­cutive Com­mittee of the Palestine Libe­ration Organization.

3. Security

It was empha­sized that the for­mation of the Higher Security Com­mittee which will be formed by a decree of the Pales­tinian Pre­sident and will consist of pro­fes­sional officers in consensus.

4.Government

A. Formation of the Government :

Both Fatah and Hamas agree to form a Pales­tinian government and to appoint the Prime Minister and Ministers in consensus between them.

B. Functions of the Government :

1. Pre­pa­ration of necessary condition for the conduction of Pre­si­dential, Legis­lative and the Pales­tinian National Council elec­tions. 2. Super­vising and addressing the pre­valent issues regarding the internal Pales­tinian recon­ci­liation resulting from the state of division. 3. Follow-​​up of the recons­truction ope­ra­tions in the Gaza Strip and the efforts to end the siege and blo­ckade that is imposed on it. 4. Conti­nuation of the imple­men­tation of the pro­vi­sions of the Pales­tinian National Accord. 5. To resolve the civil and admi­nis­trative pro­blems that resulted from the division. 6. Uni­fi­cation of the Pales­tinian National Authority ins­ti­tu­tions in the West Bank, Gaza Strip and Jeru­salem. 7. To fix the status of the asso­cia­tions, Non-​​Governmental Orga­ni­za­tions and charities.

5. Legislative Council :

Both Fatah and Hamas agree to reac­tivate the Pales­tinian Legis­lative Council in accor­dance to the Basic Law.  [1]

[1] voir aussi

« Nous tournons pour l’éternité la page noire de la division »

Pales­ti­niens « Les divi­sions sont der­rière nous » ; la « page noire » de la division est tournée « pour l’éternité »… Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal ont fait assaut d’optimisme, hier au Caire, lors d’une céré­monie célé­brant la conclusion de l’accord de récon­ci­liation interpalestinien.

Les fac­tions pales­ti­niennes du Fateh et du Hamas ont célébré hier au Caire leurs retrou­vailles. « Nous annonçons que nous tournons pour l’éternité la page noire de la division », a déclaré le pré­sident pales­tinien et chef du Fateh Mahmoud Abbas lors d’une céré­monie mar­quant la conclusion d’un accord de récon­ci­liation inter­pa­les­tinen. M. Abbas a également mis en demeure Israël, très hostile à cet accord, de « choisir entre la colo­ni­sation et la paix ». Le chef du bureau poli­tique du Hamas, Khaled Mechaal, a déclaré pour sa part lors de cette céré­monie solen­nelle que « notre seul combat est contre Israël », et que le temps des anta­go­nismes et des vio­lences qui ont miné le camp pales­tinien était « der­rière nous ». La der­nière ren­contre entre les deux frères ennemis remonte à avril 2007, quelques semaines avant la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, qui avait marqué la rupture entre les deux mouvements rivaux.

Cet accord, paraphé la semaine der­nière par le Fateh et le Hamas et signé mardi au Caire par l’ensemble des fac­tions pales­ti­niennes, prévoit la consti­tution d’un gou­ver­nement composé de tech­no­crates, en vue d’élections pré­si­den­tielle et légis­la­tives d’ici à un an. « Abou Mazen (Mahmoud Abbas) veut aller en sep­tembre à l’ONU avec une repré­sen­tation pales­ti­nienne unifiée. Il est très important pour lui de convaincre la com­mu­nauté inter­na­tionale que les Pales­ti­niens ont un seul lea­dership », explique l’expert pales­tinien Abdel­majid Souilem. « La situation est dif­fé­rente des pré­cé­dentes ten­ta­tives, quand la pression pour la récon­ci­liation venait de puis­sances régio­nales », estime pour sa part Samir Awad, notant les dif­fi­cultés tra­versées par les régimes égyptien et syrien. « Désormais la pression vient des mani­fes­ta­tions de Pales­ti­niens dans les rues » de Cis­jor­danie et de Gaza, qui ont culminé le 15 mars, aux­quels les diri­geants rivaux sont contraints de répondre, poursuit-​​​​il. « Cet accord est positif mais il faut lui donner vie, cer­taines ques­tions doivent être cla­ri­fiées, comme les élec­tions », a ajouté un militant du Mou­vement du 15-​​Mars sous le couvert de l’anonymat.

Dans la rue, l’accord a été célébré par des mani­fes­ta­tions de joie de jeunes Pales­ti­niens à Gaza et en Cis­jor­danie bran­dissant des dra­peaux. Une étudiante a assuré qu’il s’agissait « d’un des jours les plus impor­tants de la cause palestinienne ».

Cet accord est depuis son annonce vivement dénoncé par Israël, qui y voit un ren­for­cement du Hamas, considéré par l’État hébreu comme une orga­ni­sation ter­ro­riste. Le Premier ministre israélien Ben­jamin Neta­nyahu, en visite à Londres, a dénoncé « un coup dur pour la paix et une grande vic­toire pour le ter­ro­risme ». M. Neta­nyahu a, à de mul­tiples reprises, affirmé que l’entente Fateh-​​​​Hamas était une menace pour la reprise de pour­parlers de paix avec Israël, actuel­lement bloqués par les diver­gences sur la question de la colo­ni­sation israé­lienne en Cis­jor­danie. Il estime également que cet accord doit dis­suader la com­mu­nauté inter­na­tionale de recon­naître un État pales­tinien sans accord préa­lable avec l’État hébreu. M. Abbas a répondu à ces cri­tiques en déclarant que « nous sommes cer­tains de réussir tant que nous serons unis, (…) la récon­ci­liation ouvre la voie non seulement à la remise en ordre de la maison pales­ti­nienne, mais aussi à une paix juste ». M. Mechaal a de son côté plaidé pour l’« établis­sement d’un État pales­tinien indé­pendant et sou­verain en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza avec Jéru­salem pour capitale, sans renoncer d’un pouce au droit au retour » des Palestiniens.

« Le roi Abdallah II de Jor­danie s’est félicité de l’accord de récon­ci­liation, qui devrait mettre fin à la division et unir le peuple pales­tinien », a rap­porté de son côté l’agence offi­cielle Petra. La France envisage quant à elle de trans­former une confé­rence des dona­teurs pour le futur État pales­tinien prévue fin juin à Paris en « une vraie confé­rence poli­tique » sur la relance du pro­cessus de paix, a indiqué le ministre des Affaires étran­gères Alain Juppé.

La céré­monie s’est déroulée en pré­sence de repré­sen­tants d’une dizaine de fac­tions pales­ti­niennes, en plus du Fateh et du Hamas. Malgré les pro­messes d’unité retrouvée, elle a débuté avec environ une heure de retard, en raison, selon des sources pales­ti­niennes, de ques­tions de pro­tocole entre MM. Abbas et Mechaal. (Source : AFP) http://​www​.lorient​lejour​.com/​n​umero…