Le Directeur du Ministère des affaires étrangères interdit à tous ses diplomates d’entrer en contact avec des journalistes israéliens

Cette directive exceptionnelle, publiée dans le sillage du rapport d’Haaretz selon lequel les Etats arabes ne chercheront pas à obtenir un vote sur les armes nucléaires israéliennes lors de la réunion de surveillance des Nations Unies, ne concerne pas la presse étrangère.

Barak Ravid, Haaretz, mercredi 24 août 2016

Dore Gold, directeur israélien général Ministère des Affaires étrangères, prononce un discours lors d'une conférence sur la guerre 2014 Israël-Gaza, à Jérusalem, 1 juin 2015. AFP

Jeudi, le directeur général du ministère des Affaires étrangères a interdit à tous les diplomates israéliens, en Israël et à l’étranger, d’établir des contacts avec les journalistes israéliens. Cette directive exceptionnelle a été publiée par Dore Gold à la suite d’un rapport d’Haaretz selon lequel les Etats arabes ne chercheraient pas à obtenir un vote sur les armes nucléaires d’Israël lors de la réunion de l’Agence internationale de l’énergie atomique le mois prochain à Vienne.

Sous couvert d’anonymat, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères a déclaré jeudi que Gold est devenu furieux à la vue du rapport et qu’il a convoqué une réunion d’urgence dans son bureau. Il s’est emporté contre ce qu’il a appelé une "fuite", bien que la plupart des informations contenues dans le rapport soient non classifiées.

À la fin de la réunion Gold a ordonné la publication de nouvelles règles interdisant tout contact avec les médias israéliens, mais il n’a pas étendu cette interdiction à la presse étrangère. Après la réunion, Gilad Cohen, le directeur général adjoint, et Emanuel Nachschon, le porte-parole du ministère, ont envoyé un télégramme à tous les employés du ministère des Affaires étrangères en Israël et à l’étranger contenant les nouvelles règles.

D’après une copie obtenue par Haaretz, cette lettre déclarait “À la lumière des événements récents, où un contact non autorisé a été pris avec des journalistes israéliens, nous voulons répéter et préciser la règle,". "Aucun contact ne doit être pris par les employés du ministère en Israël ou à l’étranger avec des représentants de la presse israélienne. Lors de toute demande d’un journaliste israélien, vous devez vous tourner vers le porte-parole du ministère pour recevoir des instructions."

Les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères ont fait remarquer que la nouvelle directive reflète une tendance impulsée par Gold et certains de ses assistants, principalement son chef de cabinet Shimon Shapira, à devenir plus agressif avec les journalistes, en particulier avec ceux qui sont ceux critiques. Shapira, une nomination politique du Premier ministre Benjamin Netanyahu, lui sert effectivement de représentant personnel au sein du ministère. Des hauts fonctionnaires du ministère ont souligné que ces derniers mois le comportement de Shapira lui a valu le surnom de « commissaire ».

Tactiques d’intimidation

Gold et Shapira ont pris des mesures pour limiter l’accessibilité de la presse au ministère afin de créer un effet d’entonnoir qui amènera les diplomates à craindre de répondre aux questions des journalistes ou de continuer à communiquer avec la presse. Jusqu’ici la mesure la plus radicale a été l’ordre de Gold d’ouvrir une enquête interne suite à un rapport d’Haaretz sur l’échec du ministère à empêcher la décision prise par 28 ministres des Affaires étrangères de l’UE à adopter l’initiative de paix française.

Gold était furieux à propos de ce rapport, et il a haussé le ton à plusieurs reprises lors d’une réunion de direction ce matin-là. Des hauts fonctionnaires présents à cette réunion ont remarqué que Gold laissait entendre que Alon Ushpiz, le directeur général adjoint pour la diplomatie, était derrière le rapport. Il aurait déclaré "Quiconque pense qu’il peut devenir directeur général grâce à des fuites vers la presse fait une erreur amère".

Selon les hauts fonctionnaires du ministère, l’accusation voilée d’Ushpiz par Gold est une preuve de tension entre les deux. Gold a nié, affirmant qu’il n’a jamais soupçonné Ushpiz d’avoir divulgué la moindre information à quiconque. Il a ajouté « J’ai une confiance pleine et absolue en Alon Ushpiz, qui est parmi les diplomates israéliens les plus expérimentés et les meilleurs".

Encouragé par Shapira, Gold a chargé l’inspecteur général du ministère des Affaires étrangères, Orna Sagiv, de convoquer pour interrogatoire des dizaines de diplomates qui avaient eu connaissance de télégrammes et de messages électroniques traitant de la réunion de l’UE. Un haut responsable du ministère a affirmé qu’au moins 20 diplomates, certains aussi confirmés que le directeur général adjoint, ont été interrogés par Sagiv. L’enquête a pris fin sans résultat.

“Il était clair que la personne en question ne serait pas trouvée", a déclaré un haut responsable du ministère. "Le seul but était de nous empêcher par l’intimidation de prendre contact à l’avenir avec les journalistes."

Les hauts fonctionnaires du ministère disent que, contrairement à l’ordre qu’il a donné aux diplomates israéliens, Gold lui-même aime bien la presse, en particulier la partie de la presse israélienne identifiée avec la droite ou qui critique rarement la politique israélienne. Gold lui-même a donné, exclusivement à Israël Hayom, des informations au sujet de son voyage secret au Tchad le mois dernier.

Selon MK Nachman Shai (Union sioniste), qui dirige le caucus pour le renforcement des relations diplomatiques d’Israël, "L’hystérie se déchaîne au ministère des Affaires étrangères. Qu’y reste-t-il après qu’on a dépouillé [le ministère] de son pouvoir et de ses responsabilités ? Se battre dans les médias. Ceci est ridicule et triste."

Traduction : RP pour l’AFPS