La vérité sur la mort de Rachel Corrie

Michel Warschawski, vendredi 19 mars 2010

Rachel, un film de Simone Bitton, enquête sur la mort de cette mili­tante lors d’une opé­ration de l’armée israé­lienne dans la bande de Gaza.

Mer­credi 10 mars débutait au tri­bunal de dis­trict de Haïfa le procès intenté par la famille Corrie contre le ministre de la Défense israélien. Ce procès est une plainte civile avec demande de dom­mages et intérêts pour le meurtre de leur fille Rachel, en 2003, causé par un bull­dozer de l’armée israé­lienne à Rafah, dans la bande de Gaza. Ce n’est cependant pas de l’argent que veulent les parents de Rachel du tri­bunal israélien, mais que toute la lumière soit faite sur cet incident meurtrier.

Sous la pression du Mou­vement de soli­darité inter­na­tionale et de la diplo­matie états-​​unienne, l’armée avait fina­lement accepté d’enquêter sur la mort de Rachel Corrie pour conclure, après une enquête bâclée, qu’elle était la seule res­pon­sable de sa propre mort. Rachel faisait partie de l’ISM (Mou­vement de soli­darité inter­na­tionale) qui, entre 2001 et 2005, a regroupé des volon­taires pour servir de bou­cliers humains entre la popu­lation civile et les forces israé­liennes d’occupation qui, à cette époque, avaient lancé une cam­pagne san­glante de recon­quête (Opé­ration Rempart) des maigres acquis obtenus par les Pales­ti­niens dans le cadre des Accords d’Oslo. A l’époque, des cen­taines de jeunes, pro­venant pour la plupart de pays anglo-​​saxons, s’étaient rendus dans les ter­ri­toires pales­ti­niens et avaient mené la vie dure aux troupes d’Ariel Sharon. Afin d’empêcher leur venue, le ministre israélien de l’Intérieur avait qua­siment bloqué les fron­tières à tous les jeunes sus­pectés d’appartenir à l’ISM ainsi qu’aux mis­sions civiles orga­nisées par la CCIPPP (Cam­pagne civile inter­na­tionale pour la pro­tection du peuple pales­tinien) en France et autres pays francophones.

Rachel est morte assas­sinée alors qu’elle tentait de pro­téger une maison pales­ti­nienne que l’armée voulait détruire dans le cadre d’une « opé­ration de net­toyage » autour de la fron­tière avec l’Egypte. Les vidéos filmées par les oppo­sants inter­na­tionaux montrent clai­rement que les soldats ne pou­vaient pas ne pas les voir. Pourtant, le bull­dozer n’a pas dévié de sa route, pro­vo­quant la mort de la jeune femme de 23 ans.

Des jeunes aux antipodes de leur image de casseurs chevelus.

L’enquête que l’armée israé­lienne avait bâclée, la cinéaste franco-​​israélienne Simone Bitton l’a reprise à zéro dans son film Rachel qui sera projeté à Tel-​​Aviv cette semaine, en pré­sence de la famille Corrie. Au-​​delà de ses qua­lités ciné­ma­to­gra­phiques indé­niables, Rachel est une enquête rigou­reuse sur la vie et la mort de Rachel Corrie, étayée par la cor­res­pon­dance que celle-​​ci entre­tient avec sa famille aux Etats-​​Unis. C’est aussi un portait émouvant de ces jeunes inter­na­tionaux, motivés par un sens aigu de l’injustice et une très grande humanité, aux anti­podes de l’image de cas­seurs che­velus lar­gement répandue par la grande presse.

Allez voir Rachel de Simone Bitton. C’est un film qui combine tra­gédie et espoir, un grand reportage sur la nou­velle géné­ration mili­tante qui, de Seattle à Rafah, en Palestine, nous fait croire qu’un autre monde est possible.