La véritable raison de la guerre d’Irak

Paul Craig Roberts, samedi 26 avril 2008

Le Régime de Bush a embourbé l’Amérique dans une sixième année de guerre en Afgha­nistan et en Irak, avec aucune fin en vue. Le coût de ces guerres d’agression est effroyable. Les pertes offi­cielles étasu­niennes dans les combats se situent à 4.538 morts. Offi­ciel­lement, 29.780 soldats amé­ri­cains ont été blessés en Irak. Des experts ont soutenu que ces chiffres sont sous-​​évalués. Néan­moins, ces chiffres ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Le 17 avril 2008, AP News a rap­porté qu’une nou­velle étude publiée par la RAND Cor­po­ration arrive à la conclusion que "quelques 300.000 soldats amé­ri­cains souffrent d’une dépression majeure ou de stress post-​​traumatique après leur service dans les guerres en Irak et en Afgha­nistan, et que 320.000 ont été vic­times de dom­mages au cerveau".

Le 21 avril 2008, OpEdNews a rap­porté qu’un courriel interne du Général Michael J. Kussman, ministre délégué à la santé au Ministère des Anciens Com­bat­tants (MAC), adressé à Ira Katz, le chef de la santé mentale au MAC, confirme un reportage du McClatchy News­paper, selon lequel 126 anciens com­bat­tants se sui­cident chaque semaine. Dans la mesure où ces sui­cides sont impu­tables à la guerre, plus de 500 morts devraient être ajoutés chaque mois aux pertes dans les combats.

Si l’on se tourne vers les pertes ira­kiennes, les études d’experts sou­tiennent un chiffre allant jusqu’à 1,2 mil­lions d’Irakiens morts, presque tous des civils. Deux mil­lions d’Irakiens ont fui leur pays et deux autres mil­lions ont été déplacés à l’intérieur de l’Irak. Les pertes afghanes sont inconnues.

L’Afghanistan et l’Irak ont tous deux subi des pertes civiles et des dom­mages aux maisons, aux infra­struc­tures et à l’environnement excessifs. L’Irak est affecté par l’uranium appauvri et des égouts éventrés.

Ensuite, il y a le coût écono­mique pour les Etats-​​Unis. Le prix Nobel d’économie Joseph Sti­glitz estime que le coût total de cette invasion et de la ten­tative d’occupation de l’Irak se situe entre 3 et 5 tril­lions de dollars. Le prix du pétrole et de l’essence en dollars a triplé, et le dollar a perdu de la valeur contre les autres devises, chutant même spec­ta­cu­lai­rement contre le faible baht thaï­landais. Avant que Bush ne lance ses guerres d’agression, un dollar valait 45 bahts. Aujourd’hui, le dollar ne vaut plus que 30 bahts.

Les Etats-​​Unis ne peuvent pas se per­mettre de tels coûts. Avant sa démission le mois dernier, le pré­sident de cour des comptes des Etats-​​Unis, David Walker, a rap­porté que les dettes non cou­vertes du gou­ver­nement des Etats-​​Unis s’élevaient à un total de 53 tril­lions de dollars [environ 34.000 mil­liards d’euros !]. Le gou­ver­nement étasunien est inca­pable de couvrir ces dettes. Le Régime de Bush doit même emprunter de l’argent à l’étranger pour payer ses guerres en Irak et en Afgha­nistan. Il n’y a aucun moyen plus sûr de mettre le pays en faillite et de détrôner le dollar comme devise de réserve mondiale.

Les coûts moraux sont peut-​​être les plus élevés. Tous ces morts, tous ces blessés et tous ces coûts écono­miques pour les Etats-​​Unis et leurs vic­times sont entiè­rement dus aux men­songes du Pré­sident et du Vice-​​Président des Etats-​​Unis, du Secré­taire à la Défense, de la Conseillère à la Sûreté Nationale et, bien sûr, des médias, y compris le New York Times soi-​​disant tolérant. Tous ces men­songes ont été répandus pour le compte d’un pro­gramme caché. "Notre" gou­ver­nement ne nous a tou­jours pas dit, à "nous, le peuple", les véri­tables raisons pour les­quelles "notre" gou­ver­nement a envahi l’Afghanistan et l’Irak.

A la place, les Amé­ri­cains ont accepté comme les moutons qu’ils sont une suc­cession de men­songes éhontés : les armes de des­truction massive, les liens avec al-​​Qaïda et la com­plicité dans l’attaque du 11/​9, le ren­ver­sement d’un dic­tateur et "apporter la démo­cratie" aux Irakiens.

Le grand peuple moral amé­ricain préfère croire les men­songes du gou­ver­nement que recon­naître les crimes du gou­ver­nement et le tenir pour responsable.

Pour un peuple moral, il y a de nom­breuses façons effi­caces de pro­tester. Consi­dérez les inves­tis­seurs, par exemple. Il est clair que Hal­li­burton et les four­nis­seurs de l’armée raflent la mise. Les inves­tis­seurs achètent mas­si­vement leurs actions afin de prendre leur part dans ces profits qui explosent. Mais que ferait un peuple moral ? Ne boycotterait-​​il pas les actions de ces sociétés qui pro­fitent des crimes de guerre du Régime de Bush ?

Si les Etats-​​Unis ont envahi l’Irak pour l’une quel­conque des raisons que le Régime de Bush a données, alors pourquoi les Etats-​​Unis auraient-​​ils dépensé 750 mil­lions de dollars pour une "ambassade" for­tifiée, avec des sys­tèmes anti­mis­siles et ses propres sys­tèmes de pro­duction d’électricité et d’approvisionnement en eau, sur une surface de 52 hec­tares ? Per­sonne n’a jamais vu ou entendu parler d’une telle ambassade aupa­ravant. Il est clair que cette "ambassade" a été construite en tant que quartier général d’un diri­geant colonial occupant.

Le fait est que Bush a envahi l’Irak avec l’intention de trans­former ce pays en colonie amé­ri­caine. Le soi-​​disant gou­ver­nement de Maliki n’existe pas à l’extérieur de la Zone Verte pro­tégée, le quartier général de l’occupation américaine.

Si la domi­nation colo­niale n’était pas l’intention, les Etats-​​Unis ne feraient pas tout leur pos­sible pour forcer les 60.000 hommes de la milice de Sadr à com­battre. Sadr est un Chiite qui est un véri­table diri­geant irakien, peut-​​être le seul Irakien qui pourrait mettre fin au conflit sec­taire et res­taurer un peu d’unité à l’Irak. En tant que tel, il est considéré par le Régime de Bush comme un danger pour la marion­nette amé­ri­caine qu’est Maliki. A moins que les Etats-​​Unis puissent acheter ou truquer l’élection ira­kienne à venir, Sadr émergera pro­ba­blement comme le per­sonnage dominant. Ceci serait un déve­lop­pement hau­tement défa­vo­rable pour les espoirs du Régime de Bush d’établir sa direction colo­niale der­rière la façade de la fausse démo­cratie de Maliki. Plutôt que de tra­vailler avec Sadr afin de s’extraire de ce bourbier, les Amé­ri­cains feront tout leur pos­sible pour assas­siner celui-​​ci.

Pourquoi le Régime de Bush veut-​​il diriger l’Irak ? Cer­tains spé­culent sur le fait que c’est une question de "pic du pétrole". Les res­sources pétro­lières sont censées décliner alors même que la demande de pétrole se mul­tiplie de la part des pays en déve­lop­pement comme la Chine. Selon cet argument, les Etats-​​Unis ont décidé de mettre la main sur l’Irak pour garantir leurs propres appro­vi­sion­ne­ments en pétrole.

Cette expli­cation pose pro­blème. La majeure partie du pétrole amé­ricain pro­vient du Canada, du Mexique et du Vene­zuela. Le meilleur moyen pour les Etats-​​Unis d’assurer leurs appro­vi­sion­ne­ments en pétrole serait de pro­téger le rôle du dollar en tant que devise de réserve mon­diale. De plus, 3 à 5 tril­lions de dollars auraient permis d’acheter une quantité phé­no­ménale de pétrole. Avant les inva­sions étasu­niennes, la facture amé­ri­caine d’importation de pétrole était en dessous de 100 Mds de dollars par an. Même en 2006, les impor­ta­tions totales depuis les pays de l’OPEP étaient de 145 Mds de dollars et le déficit de com­mercial avec l’OPEP s’élevait à 106 Mds de dollars. Trois tril­lions de dollars auraient payé les impor­ta­tions amé­ri­caines de pétrole pendant 30 ans ; cinq tril­lions de dollars, pendant un demi-​​siècle, si le Régime de Bush avait pré­servé la valeur du dollar.

L’explication la plus pro­bable de l’invasion étasu­nienne de l’Irak est l’engagement du Régime néo­con­ser­vateur de Bush à la défense de l’expansion ter­ri­to­riale israé­lienne. Il n’existe pas un seul néo­con­ser­vateur qui ne soit allié à Israël. Israël espère voler toute la Cis­jor­danie et le sud du Liban pour son expansion ter­ri­to­riale. Un régime colonial amé­ricain en Irak ne protège pas seulement Israël contre des attaques, mais exerce aussi pression contre la Syrie et l’Iran pour qu’ils ne sou­tiennent pas les Pales­ti­niens et les Libanais. La guerre d’Irak est une guerre pour l’expansion ter­ri­to­riale d’Israël. La "guerre contre la terreur" de Bush est un bobard qui sert à couvrir l’intervention des Etats-​​Unis au Moyen-​​Orient pour le compte du "grand Israël". Tra­duction : [JFG-​​QuestionsCritiques]