La stratégie d’Israël

al Ahram, dimanche 27 décembre 2009

Le nombre de Pales­ti­niens privés de leur statut de rési­dents à Jéru­salem a atteint des « pro­por­tions effrayantes »

Le nombre de Pales­ti­niens privés de leur statut de rési­dents à Jéru­salem a atteint l’an dernier le chiffre record de 4 577. C’est ce qu’a annoncé le centre Hamoked pour la défense de l’individu, une ONG israé­lienne, sur la foi de sta­tis­tiques obtenues du ministère de l’Intérieur grâce à la légis­lation sur la liberté d’informations. Le phé­nomène a, selon l’organisation, atteint des « pro­por­tions effrayantes », pré­cisant que le chiffre pour 2008 repré­sentait plus de la moitié du total des permis de rési­dence révoqués depuis plus de 40 ans. Selon les sta­tis­tiques du ministère israélien de l’Intérieur, et qui portent sur la période courant de 1967 à 2008 – à l’exception de l’année 2002 –, un total de 8 269 Pales­ti­niens se sont vu retirer leur statut de rési­dents à Jéru­salem. Aucun chiffre n’est dis­po­nible pour l’année en cours.

La poli­tique suivie par Israël depuis la conquête de la partie orientale de Jéru­salem, lors du conflit israélo-​​arabe de 1967, est dénoncée avec constance par les Etats-​​Unis, l’Union euro­péenne et les Nations-​​Unies. Cette poli­tique consiste notamment à démolir les habi­ta­tions bâties sans permis de construire israé­liens, à évincer les Pales­ti­niens des loge­ments dont ils ne peuvent pas prouver qu’ils sont pro­prié­taires et à déve­lopper les loge­ments pour les juifs à Jérusalem-​​Est. L’objectif est de chasser le maximum de rési­dents pales­ti­niens de la ville et de réduire leur pré­sence à sa péri­phérie afin de ruiner leur espoir de voir Jérusalem-​​Est devenir la capitale d’une future Palestine indé­pen­dante. La cam­pagne 2008 du ministère de l’Intérieur s’inscrit dans le cadre plus général d’une poli­tique dont le but est de limiter la popu­lation pales­ti­nienne et de main­tenir une majorité juive à Jéru­salem, alors que son avenir est censé être déterminé par des négo­cia­tions. A l’heure actuelle, 250 000 Arabes vivent encore à Jérusalem-​​Est et dans sa ban­lieue contre 200 000 juifs. Le premier ministre Benyamin Neta­nyahu a exclu expli­ci­tement que la ville, pro­clamée « capitale éter­nelle et indi­vi­sible d’Israël », soit une nou­velle fois divisée, voire seulement par­tagée, dans le cadre d’un futur accord de paix. Aux yeux de l’Onu comme des puis­sances occi­den­tales, le futur statut de la ville fait partie inté­grante des ques­tions cen­trales qui doivent être réglées dans le cadre du pro­cessus de paix, actuel­lement en panne et peu sus­cep­tible de reprendre dans un avenir immédiat.

Selon un document interne à l’Union euro­péenne, l’Etat d’Israël pousse les acti­vistes natio­na­listes juifs à mettre en œuvre son « objectif stra­té­gique » de bas­cu­lement démo­gra­phique à Jéru­salem et dénie aux Pales­ti­niens les permis de construire qu’ils sol­li­citent. En même temps, selon ce même document, la muni­ci­palité de Jéru­salem ne consacre que 10 % de son budget à ses 35 % d’administrés arabes, qui ne béné­fi­cient pas des mêmes pres­ta­tions que les habi­tants juifs, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.