La sécurité du foyer ? Les destructions de logements palestiniens par Israël

Amnesty international, jeudi 22 juillet 2010

Les auto­rités israé­liennes doivent mettre fin à la démo­lition d’habitations palestiniennes

Amnesty Inter­na­tional a demandé aux auto­rités israé­liennes de mettre un terme aux démo­li­tions qui font vivre des mil­liers de Pales­ti­niens dans la peur quo­ti­dienne d’être expulsés de chez eux [1].

Dans une nou­velle syn­thèse inti­tulée Israël et ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. La sécurité du foyer ? Les des­truc­tions de loge­ments pales­ti­niens par Israël, Amnesty Inter­na­tional révèle l’ampleur de ces démo­li­tions, qui affectent des habi­ta­tions et d’autres bâti­ments dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, sous pré­texte qu’ils ont été construits illégalement.

Selon les Nations unies, en 2009 plus de 600 Pales­ti­niens – des mineurs pour plus de la moitié – ont perdu leur domicile, démoli sur ordre des auto­rités israéliennes.

« Les Pales­ti­niens vivant sous l’occupation israé­lienne sont en butte à de telles res­tric­tions en matière d’urbanisme (type et lieu de construction notamment), que leur droit à un logement conve­nable est bafoué, a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du Pro­gramme Moyen-​​Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les auto­rités israé­liennes placent les Pales­ti­niens dans une impasse. Quoi qu’ils fassent, ils risquent d’être privés de logement.

« Israël refuse la plupart du temps de délivrer des permis de construire, même au terme de pro­cé­dures admi­nis­tra­tives et judi­ciaires longues et oné­reuses. Aussi n’ont-ils guère d’autre choix que de pour­suivre leur projet sans auto­ri­sation offi­cielle. Mais ce faisant, ils savent que ces bâti­ments risquent d’être rasés par les bull­dozers israéliens. »

Les démo­li­tions sont géné­ra­lement menées sans que les Pales­ti­niens concernés n’en soient avertis à l’avance, ce qui ne leur laisse pas le temps de récu­pérer leurs effets per­sonnels ni de trouver un autre abri. Les Nations unies estiment à 4 800 le nombre d’ordres de démo­lition qui seraient en instance.

Aux termes du droit israélien, les familles expulsées ne sont pas tenues de se voir pro­poser une solution de relo­gement ni une indem­ni­sation, ce qui signifie que nombre d’entre elles seraient sans abri et plon­ge­raient dans le dénuement si elles n’étaient pas sou­tenues par leurs proches, leurs amis ou les orga­ni­sa­tions caritatives.

Si les maisons sont souvent prises pour cibles, les auto­rités israé­liennes lancent également des ordres de démo­lition contre des écoles, des centres de soins, des routes, des citernes, des pylônes élec­triques, des cabanes et des enclos pour animaux.

Les Pales­ti­niens vivant dans le tout petit village de Khirbet Tana, dans la vallée du Jourdain, ont dû recons­truire leurs maisons par deux fois en cinq ans.

En 2005, les auto­rités israé­liennes ont démoli l’école du village ainsi que plu­sieurs maisons, cabanes pour animaux et citernes.

Les vil­la­geois ont recons­truit leurs maisons mais le 10 janvier 2010, les forces israé­liennes sont revenues. Elles ont rasé l’école du village pour la deuxième fois, ainsi que les loge­ments de 100 Pales­ti­niens, jetant à la rue 34 enfants. Elles ont également détruit 12 enclos à moutons et à chèvres, prin­cipale source de revenus des villageois.

Raeda Nasasreh, 24 ans, mère de deux enfants, a raconté à Amnesty Inter­na­tional : « Les jeeps de l’armée sont arrivées à 6 heures du matin. Nous les avons vues dans la vallée et nous avons com­mencé à sortir nos affaires de nos maisons.

« Nous n’avons pas eu le temps de finir de traire les brebis. Ils ont tout rasé. À 9h30, ils avaient terminé. »

En octobre 2009, les forces israé­liennes ont détruit la maison de Rida Nimr et de son mari Nimr Ali Nimr dans le quartier pales­tinien de Jabal al Mukabbir. Trois géné­ra­tions de cette famille, dont cinq enfants, se sont retrouvées sans abri.

« Quelque 30 poli­ciers et membres des forces spé­ciales, accom­pagnés de trois bull­dozers conduits par des civils, sont arrivés alors que les enfants dor­maient encore. Ils ont rapi­dement encerclé et bouclé la zone, a expliqué Rida.

« Les per­sonnes chargées de la démo­lition n’ont sorti que quelques meubles de la maison avant de la détruire. Nous n’avons rien pu sauver excepté, après avoir insisté, l’ordinateur por­table de notre fille Amal, qui en a besoin pour ses études à l’université. »

Amnesty Inter­na­tional a exhorté les auto­rités israé­liennes à mettre immé­dia­tement un terme à toutes les démo­li­tions dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, y compris à Jérusalem-​​Est.

Par ailleurs, elles doivent trans­férer la res­pon­sa­bilité des poli­tiques et régle­men­ta­tions en matière de construction et d’urbanisme aux com­mu­nautés pales­ti­niennes locales.

Enfin, les auto­rités israé­liennes doivent stopper la construction ou l’extension des colonies israé­liennes dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, pre­mière étape vers le départ des civils israé­liens qui vivent dans ces colonies.

« Les ordres de démo­lition ou d’expulsion ne détruisent pas que les loge­ments des Pales­ti­niens. Ils détruisent aussi leurs effets per­sonnels et réduisent à néant tout espoir d’un avenir stable », a conclu Philip Luther

[1] voir ainsi PNN :

L’armée israélienne rase un village de la Vallée du Jourdain

Le village pales­tinien de Farasiya, dans la Vallée du Jourdain a été détruit lundi 19 au matin par l’Administration Civile israé­lienne, après que ses habi­tants aient reçu un ordre d’évacuation.

Image55 structures-​​​​tentes, cabanes, huttes de plas­tique et de paille, fours en terre, enclos à moutons-​​​​ ont été rasées par l’Administration Civile, l’organe israélien chargé des ques­tions civiles en Cis­jor­danie, rat­taché au ministère de la Défense. Elles héber­geaient 120 fer­miers, ouvriers sai­son­niers et à leurs familles qui y vivaient.

Les bergers nomades de Farasiya vivaient de l’agriculture et de l’élevage sur des terres appar­tenant à des habi­tants de la proche ville de Tubas, cer­tains d’entre eux depuis des décennies. Ces terres appar­tenant à des Pales­ti­niens étaient louées avec tous les documents requis.

Depuis 1967, Israël main­tient son contrôle sur la Vallée du Jourdain en déclarant zones mili­taires de larges por­tions de cette partie de la Cis­jor­danie, empê­chant la crois­sance des com­mu­nautés palestiniennes.

Il y a un an, l’armée israé­lienne a posé des cen­taines de pan­neaux d’avertissements près des com­mu­nautés agri­coles pales­ti­niennes, dont Farasiya. Quelques années plus tôt, l’armée israé­lienne a détruit le tuyau par lequel la com­mu­nauté s’approvisionnait en eau, tout en lui inter­disant l’accès aux puits à construits par la com­pagnie d’eau Mekorot, des­tinés aux proches colonies.

Depuis, les familles qui n’avaient pas quitté les lieux pom­paient l’eau pour leurs champs et leurs trou­peaux depuis une source d’eau salée, impropre à la consom­mation humaine, selon le coor­di­nateur des comités popu­laires de la Vallée, Fathi Hadirat . Elles se fai­saient livrer de l’eau pour la consom­mation par camions. L’armée a ensuite confisqué leurs pompes.

Le 27 juin, 10 familles vivant dans des tentes ont reçu un ordre d’évacuation de l’Administration Civile, affirmant qu’elles vivaient dans une zone de tirs.

Dimanche 18 juillet, 10 familles de Bardala, un village au nord de Farasiya, ont également reçu des ordres d’évacuation. Abd al-​​​​Rahman Basharat, berger dans un proche village, fait part des peurs des bergers de la Vallée du Jourdain. « Prendre nos terres est la même chose que prendre nos vies », affirme-​​​​t-​​​​il.

Dans une vidéo enre­gistrée en 2001 dif­fusée récemment, le Premier ministre israélien Binyamin Neta­nyahou dévoile sa tac­tique visant à assi­miler la Vallée du Jourdain dans le ter­ri­toire israélien : la déclarer zone militaire.

Ces décla­ra­tions ainsi que l’insistance des auto­rités israé­liennes à détruire les demeures, les réserves d’eau et les fours des bergers de la Vallée du Jourdain mettent pro­fon­dément en doute la bonne volonté du gou­ver­nement israélien dans le pro­cessus de paix. http://​french​.pnn​.ps/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?opti…