La responsabilité commune envers Jérusalem

Ahmad Y. Al-​​Qareï, samedi 26 juin 2010

Une cam­pagne intensive de judaï­sation sans pré­cédent contre Jérusalem…a visé tout ce qui existe dans la ville partant des lieux saints, des habi­tants, des terres jusqu’à son identité cultu­relle et son style archi­tec­tural [1].

Les vio­la­tions com­mises par les auto­rités de l’occupation israé­lienne aug­mentent jour après jour contre la ville de Jéru­salem en général et la mosquée d’Al-Aqsa en par­ti­culier. L’Administration des affaires de la Palestine auprès de la Ligue arabe est tout à fait consciente du danger des vio­la­tions israé­liennes. C’est pour cela que la section chargée du dossier de Jéru­salem enre­gistre ces vio­la­tions au fur et à mesure dans un rapport mensuel publié depuis janvier dernier. En plus d’un autre rapport stra­té­gique élaboré par l’institution inter­na­tionale Al-​​Qods sous le titre « Jéru­salem 2010 : le projet de judaï­sation atteint son apogée ». Il met en garde contre le plan israélien visant à trancher la question de l’avenir de Jéru­salem en tant que capitale juive du point de vue habi­tants, religion et culture et ce, avant l’écoulement de l’année 2010 en tant que tra­duction directe du terme de « l’Etat purement hébreu » adopté par l’occupation israélienne.

Ce plan a été traduit de façon pra­tique par une cam­pagne intensive de judaï­sation sans pré­cédent contre Jéru­salem. Elle a visé tout ce qui existe dans la ville partant des lieux saints, des habi­tants, des terres jusqu’à son identité cultu­relle et son style archi­tec­tural. Dans le cadre de cette cam­pagne, il est prévu que la ville connaisse un chan­gement radical au niveau de la nou­velle identité de la mosquée d’Al-Aqsa et de l’achèvement du projet de la ville juive sainte en com­mençant par la construction encore plus de sym­boles et monu­ments reli­gieux juifs dans l’ancienne ville tout en conti­nuant à s’accaparer de plus en plus d’antiquités chré­tiennes, en par­ti­culier orthodoxes.

En outre, Israël poursuit les travaux de creu­sement sou­terrain sous l’Esplanade des mos­quées, ce qui peut causer l’effondrement de la mosquée d’Al-Aqsa ainsi que de la Cathé­drale de la Résur­rection. En contre­partie, l’administration des waqfs isla­miques à Jéru­salem a dévoilé l’existence d’immenses fis­sures sur le lieu de culte maronite à l’intérieur de la mosquée d’Al-Aqsa et ses alen­tours. De sur­croît, des groupes juifs extré­mistes attaquent la mosquée de façon régulière.

Les rap­ports men­suels élaborés par l’Administration des affaires de la Palestine auprès de la Ligue arabe enre­gistrent également de façon continue les nom­breuses vio­la­tions com­mises par les auto­rités israé­liennes dans le cadre du projet de 2020 visant à élargir la super­ficie de Jéru­salem jusqu’à 100 km2 au détriment de la Cis­jor­danie, alors qu’officiellement la super­ficie de Jéru­salem est de 7 km2 seulement. Le plan israélien vise également l’implantation d’un million d’Israéliens dans le grand Jérusalem.

Ce qui se passe à Jéru­salem depuis le 7 juin 1967 n’a été fait dans aucune autre capitale au monde, et ce dans l’objectif de changer son identité et de faire croire au monde entier que les monu­ments juifs existent encore dans la ville. La vérité est que les auto­rités israé­liennes n’ont pas trouvé une seule pierre en relation avec l’époque de l’histoire juive.

En tant que nation arabe, nous sommes face à une situation dan­ge­reuse qui nécessite une res­pon­sa­bilité commune qui dépasse le fait de tenir des sommets arabes ordi­naires ou extra­or­di­naires. Il est plutôt question d’une action commune de la part des gou­ver­ne­ments arabes et des forces de la nation en répar­tissant sérieu­sement les rôles chacun selon sa com­pé­tence, en partant des hommes de la loi, des diplo­mates, des poli­ti­ciens, des his­to­riens, des archi­tectes, des hommes de médias … Mal­heu­reu­sement, nous remar­quons que les rôles des unions et des syn­dicats arabes ont connu une régression remar­quable depuis qu’ils ont été fondés pendant les années 40 du siècle dernier, bien que ces unions et syn­dicats puissent jouer un rôle important face au danger de l’occupation israé­lienne quant à la sécurité nationale arabe. L’attaque des forces israé­liennes contre la flot­tille de la Liberté prouve le degré du danger.

L’appel turc à avoir un arbi­trage inter­na­tional à propos des vio­la­tions israé­liennes vio­lentes contre la flot­tille turque doit nous encou­rager à prendre l’initiative d’une mobi­li­sation des forces de l’Union des juristes arabes et de l’Union des avocats arabes afin de for­muler un document de défense de l’arabité de Jéru­salem. Un acte pareil avait été accompli par nos aïeux arabes il y a des dizaines d’années pour défendre le mur du Bouraq en 1930. Le comité inter­na­tional avait alors approuvé le document de défense arabe sans recon­naître le document enre­gis­trant les pré­ten­tions juives à cette époque. Il est également important de rap­peler que l’Egypte a récupéré la ville de Taba par arbi­trage inter­na­tional et aujourd’hui, l’arabisme de Jéru­salem a besoin d’un document de défense face aux agres­sions israé­liennes continues visant à judaïser la ville.

Le rôle de l’Union des his­to­riens arabes est d’une impor­tance cru­ciale afin de col­lecter et de classer les docu­ments prouvant la pro­priété arabe et pales­ti­nienne des terres, des bâti­ments et des monu­ments de Jéru­salem. Dans ce contexte, un livre intitulé Les Waqfs isla­miques dans le Jéru­salem sacré vient d’être publié par le Centre de recherche de l’histoire, des arts et de la culture isla­miques (ARSICA) à Istanbul. Il dévoile l’existence de docu­ments et de registres qui n’avaient jamais été publiés aupa­ravant concernant les waqfs isla­miques à Jéru­salem, ce qui prouve que cette ville est une priorité des Arabes.

[1] une nou­velle attaque contre les Pales­ti­niens de Jéru­salem est en cours avec la création à Jérusalem-​​​​Est d’un "parc archéo­lo­gique" qui nécessite -bien sûr !- la des­truction de maisons pales­ti­niennes. Voir Le Point :

Jérusalem-​​​​Est : Neta­nyahu à nouveau embar­rassé par un projet de colonisation

La com­mission de pla­ni­fi­cation et de construction de la muni­ci­palité a validé lundi le projet dit du "Jardin du roi" en hébreu (une réfé­rence aux jardins du roi Salomon), qui doit être construit dans un quartier arabe de Jérusalem-​​​​Est, Silwan, où des familles de colons juifs se sont ins­tallées au milieu de 12.000 Pales­ti­niens. Vos outils

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Le feu vert de la mairie israé­lienne de Jéru­salem à un projet archéo­lo­gique contro­versé, qui prévoit la des­truction de maisons pales­ti­niennes, plonge à nouveau dans l’embarras le gou­ver­nement Neta­nyahu qui s’est attiré les cri­tiques de l’administration Obama.

La com­mission de pla­ni­fi­cation et de construction de la muni­ci­palité a validé lundi le projet dit du "Jardin du roi" en hébreu (une réfé­rence aux jardins du roi Salomon), qui doit être construit dans un quartier arabe de Jérusalem-​​​​Est, Silwan, où des familles de colons juifs se sont ins­tallées au milieu de 12.000 Palestiniens.

Le plan de la mairie prévoit la des­truction de 22 habi­ta­tions pales­ti­niennes construites sans les auto­ri­sa­tions néces­saires, tandis que 66 autres maisons bâties sans permis seraient léga­lisées rétroactivement.

L’affaire est d’autant plus sen­sible que la com­mu­nauté inter­na­tionale ne reconnaît pas l’occupation israé­lienne du secteur oriental de la Ville sainte annexé en juin 1967.

Les Etats-​​​​Unis, qui s’efforcent de relancer les négo­cia­tions israélo-​​​​palestiniennes, se sont d’ailleurs dits "pré­oc­cupés" par le projet muni­cipal, qui était connu depuis plusieurs mois.

"C’est pré­ci­sément le genre de mesures qui, selon nous, sape la confiance qui est fon­da­mentale dans le dia­logue indirect" entre Israël et les Pales­ti­niens, a cri­tiqué le porte-​​​​parole du dépar­tement d’Etat Philip Crowley.

Du côté israélien, trois ministres ont pris leurs distances.

"La muni­ci­palité de Jéru­salem n’a pas fait preuve de bon sens, ni de sen­si­bilité concernant le moment choisi", a estimé le ministre de la Défense tra­vailliste, Ehud Barak, dans un com­mu­niqué publié en Israël au moment où il effectue une visite aux Etats-​​​​Unis.

"Le ministre de la Défense a l’intention de s’adresser au Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu à son retour pour chercher le meilleur moyen pour que le bon sens l’emporte", a affirmé M. Barak.

Même chez les par­tisans de la colo­ni­sation, le ministre de l’Habitat, Ariel Attias, du parti ultra-​​​​orthodoxe Shass, a estimé qu’il aurait "mieux valu attendre un moment plus opportun".

Réagissant aux cri­tiques de Washington, Ben­jamin Neta­nyahu s’est empressé de publier un com­mu­niqué pour se dédouaner en expli­quant que "le Premier ministre n’avait pas le pouvoir d’intervenir dans la gestion de la muni­ci­palité" hiérosolymitaine.

Selon les com­men­ta­teurs, M. Neta­nyahu a voulu éviter de nou­velles fric­tions avec les Etats-​​​​Unis à deux semaines d’une ren­contre à la Maison Blanche avec le pré­sident Barack Obama.

En mars dernier, le dossier explosif de la colo­ni­sation à Jérusalem-​​​​Est avait pro­voqué une grave crise diplo­ma­tique avec Washington après l’annonce de la construction de 1.600 loge­ments dans un quartier juif du secteur oriental, au moment où le vice-​​​​président Joe Biden effec­tuait une visite en Israël.

Par la suite, M. Neta­nyahu s’est efforcé d’éviter de nou­velles confron­ta­tions avec les Américains.

Un com­mu­niqué publié par son bureau a assuré qu’il avait demandé au maire natio­na­liste de Jéru­salem Nir Barkat de geler le projet de parc archéo­lo­gique pour per­mettre d’avancer dans les négo­cia­tions indi­rectes avec les Palestiniens.

Le Premier ministre a également insisté sur le fait que la décision ne consti­tuait qu’une pre­mière étape d’un long processus.

"Il s’agit des pré­li­mi­naires d’un projet, qui doit être discuté à la fois au niveau de la com­mission d’urbanisation de la muni­ci­palité et à celui de la com­mission du dis­trict du ministère de l’Intérieur", a insisté le bureau de Netanyahu.

Israël a pro­clamé Jéru­salem sa capitale "éter­nelle et unifiée" alors que les Pales­ti­niens veulent faire de la partie orientale la capitale de leur futur Etat.

http://​www​.lepoint​.fr/​m​o​n​d​e​/​j​e​rusal…