La résistance non violente palestinienne porte ses fruits

Ben White, lundi 15 février 2010

"La résis­tance non vio­lente a besoin d’être com­prise comme repré­sentant plus que de simples mani­fes­ta­tions. « Il s’agit d’une non-​​obéissance concrète à l’occupation, »"

Pour beaucoup, l’idée de résis­tance pales­ti­nienne est synonyme de ter­ro­risme, et tout de suite, on voit les images des attentats-​​suicides et des roquettes. Il s’agit là d’une défor­mation orchestrée par les médias et nos politiciens.

Hors ces man­chettes, la résis­tance pales­ti­nienne a tou­jours inclus des tac­tiques non violentes.

Aujourd’hui, dans cer­tains vil­lages, de Bil’in et Jayyous à Ni’lin et Beit Ommar, cette façon de per­sé­vérer contre la bar­rière de sépa­ration et les colonies illé­gales d’Israël porte ses fruits et attire la par­ti­ci­pation de sym­pa­thi­sants inter­na­tionaux et d’Israéliens juifs.

Les Pales­ti­niens employaient des stra­tégies non vio­lentes clas­siques, telles que grèves, mani­fes­ta­tions et déso­béis­sance civile, avant même que l’Etat moderne d’Israël ne voit le jour en 1948. Mais récemment, un nouvel élan, une attention neuve venant des médias, et aussi une répression de plus en plus dure par les forces d’occupation israé­liennes ont porté ces stra­tégies sous les feux de la rampe.

Cette attention toute nou­velle, cependant, se trouve exposée au risque d’un deux poids deux mesures et d’une défor­mation des causes pro­fondes du conflit.

Par exemple, si les médias et poli­ti­ciens occi­dentaux ont applaudi à la montée de la résis­tance non vio­lente pales­ti­nienne, pourquoi n’exhortent-ils pas Israël à adopter les mêmes règles de non-​​violence ? Pourquoi n’y a-​​t-​​il qu’à Israël qu’ils recon­naissent le « droit de se défendre » ? L’hypocrisie va encore plus loin alors que ce sont les Pales­ti­niens qui se battent pour obtenir des droits fon­da­mentaux, telle que l’autodétermination.

Le cœur du conflit, ce n’est pas la « sécurité » d’Israël, mais plutôt des décennies d’une poli­tique israé­lienne conçue pour assurer la domi­nation d’un groupe sur un autre. Ce serait donc une erreur cru­ciale de croire qu’en renonçant à la lutte armée, les Pales­ti­niens vont changer les objectifs fon­da­mentaux d’Israël.

Mais cela n’arrête pas les mani­fes­tants dans leur défi de l’occupation. La répression israé­lienne qui s’amplifie laisse penser que le mou­vement n’est pas seulement déjà considéré comme une menace pour la domi­nation israé­lienne de type apar­theid, mais aussi comme une poten­tialité qui peut déve­lopper autre chose de beaucoup plus important. Ces der­niers mois, Israël a pris pour cible des diri­geants, tels Jamal Juma, Mohammed Khatib, Mohammad Othman et Abdullah Abu Rahme, les enfermant sans procès et sous des accu­sa­tions infondées.

Pour Mr Othman, enlevé par les troupes israé­liennes et maintenu en prison pendant 106 jours sans charges contre lui, la force de la résis­tance popu­laire - « une ini­tiative de tous les agri­cul­teurs, tous les Pales­ti­niens qui ne peuvent aller sur leurs terres, qui n’appartient à aucun parti poli­tique » – cette force a ébranlé l’armée israé­lienne dans le déclan­chement de cette vague de raids et d’enlèvements.

Israël, qui se vend lui-​​même comme la seule démo­cratie de la région, a également inter­pellé des dizaines de vil­la­geois lors de ses raids noc­turnes au cours des 18 mois écoulés. Depuis 2005, 18 Pales­ti­niens ont été tués et plus de 1 500 blessés dans les mani­fes­ta­tions contre le mur.

Ces pro­tes­ta­tions popu­laires ont aussi fini par attirer l’attention de per­son­na­lités de premier plan du Fatah et de l’Autorité pales­ti­nienne (AP). Cer­tains de ces diri­geants ont dit penser beaucoup de bien de la résis­tance non vio­lente mais ils n’ont libéré que des fonds limités pour la sou­tenir. Et pendant l’agression cri­mi­nelle d’Israël contre Gaza l’an dernier, les forces de l’AP répri­mèrent et empê­chèrent ces manifestations.

Il est important que cette résis­tance échappe à toute récu­pé­ration pour des fins poli­tiques, spé­cia­lement parce qu’elle est l’antithèse de l’AP : elle est non élitiste, démo­cra­ti­quement res­pon­sable, et elle remet en cause le pouvoir de l’occupation – au lieu d’y participer.

Peut-​​être que le prin­cipal défi pour ce mou­vement, cependant, est celui d’une réelle popu­larité. Les mani­fes­ta­tions heb­do­ma­daires de mili­tants engagés sont une chose ; mais des actions orga­nisées, de masse, impli­quant des Pales­ti­niens d’horizons divers, sont nécessaires.

Il faut « une action poli­tique col­lective à un rythme soutenu », comme l’ont sou­ligné récemment les cofon­da­teurs du projet Soli­darité Palestine, Mousa Abu Maria et Bekah Wolf, sur le site popu­laire de Mon­do­weiss. Ils ont insisté sur le manque de « travail de base » pour obtenir l’implication « de gens de toutes les classes sociales et de tous les milieux palestiniens ».

Pour Sami Awad, res­pon­sable de Holy Land Trust, basé à Beth­léhem, la résis­tance non vio­lente a besoin d’être com­prise comme repré­sentant plus que de simples mani­fes­ta­tions. « Il s’agit d’une non-​​obéissance concrète à l’occupation, » dit-​​il.

Alors qu’Israël fait tout son pos­sible pour mater ceux qui se battent contre son régime anti­dé­mo­cra­tique, les capa­cités du mou­vement s’articulent sur les choix et les stra­tégies clés des Pales­ti­niens eux-​​mêmes – ainsi que sur les réponses inter­na­tio­nales aux luttes anti­co­lo­niales du 21è siècle pour l’égalité et les droits essen­tiels, contre les vio­leurs de lois inter­na­tionaux qui, jusqu’ici, n’ont jamais eu à rendre des comptes.