La réponse de l’Europe au siège de Gaza est une honte

Jonathan Steele, samedi 8 juillet 2006

Les Pales­ti­niens n’ont pas de par­te­naire pour la paix. Ils en auront un que si Israel accepte de recon­naître le droit à la Palestine de fonctionner.

Merci la Suisse.

Seule en Europe, son gou­ver­nement a osé condamner ce que font les Israé­liens à Gaza.

C’est de la punition col­lective, disent-​​ils. Cela viole le principe de la pro­por­tion­nalité. Israel n’a pas pris les pré­cau­tions requises par le droit inter­na­tional pour pro­téger les civils.

Inévi­ta­blement, les bloggers ont propagé les manques d’à-propos habi­tuels au sujet du rôle des banques suisses pendant la période Nazie.

Mais en tant que dépo­si­taire des Conven­tions de Genève, l’une des avancées juri­diques impor­tantes qui a émergé des ravages du 20ème siècle, la Suisse a le devoir de parler.

Sa décla­ration est en contraste avec la voix hon­teu­sement silen­cieuse de l’Union Européene.

Les Pales­ti­niens tuent deux soldats et prennent un pri­sonnier et, en réponse, des cen­trales élec­triques sont détruites, le système d’approvisionnement en eau potable est pul­vérisé et ne fonc­tionne plus, des ponts sont détruits, les bangs sonores ter­ri­fient jour et nuit les enfants, et tout ceci est infligé à une popu­lation affamée qui est assiégée dans ce qui est en réalité une prison énorme ouverte énorme.

La réponse de l’UE ? De vagues expres­sions d’"inquiétude" et des appels à la "retenue".

Est-​​ce la folie de la Coupe du Monde ?

La ruée de dernière minute pour les soldes d’été ?

Les res­pon­sables euro­péens ne pourraient-​​ils pas montrer un dixième du courage du brillant édito­ria­liste israélien, Gideon Levy ?

"Il n’est pas légitime de couper l’électricité à 750.000 per­sonnes. Il n’est pas légitime de demander à 20.000 per­sonnes de fuir leurs maisons et de trans­former leurs villes en villes fantôme.

Il n’est pas légitime de kid­napper la moitié d’un gou­ver­nement et un quart d’un par­lement. Un Etat qui prend de telles ini­tia­tives n’est pas dif­férent d’une orga­ni­sation ter­ro­riste." écrivait-​​il cette semaine dans Haaretz.

Dans une appa­rution de deux heures devant les députés mardi, tout ce que Tony Blair a pu montrer, c’était un atten­tisme clas­sique : "J’en ai appris assez au sujet de cette situation au cours des années pour réa­liser que s’en mêler et condamner l’un ou l’autre côté n’est pas gran­dement utile".

L’impuissance euro­péenne dans le conflit israélo-​​palestinien est natu­rel­lement un vieux pro­blème. La der­nière agra­vation de la maladie a com­mencé en janvier après la vic­toire élec­torale du Hamas.

Ce fut un événement qui a eu d’énormes réper­cus­sions en Israël, sur les rela­tions de chaque Etat avec l’Autorité Pales­ti­nienne, le futur de l’Islam poli­tique dans l’ensemble du monde arabe, ainsi que sur l’image de l’Occident parmi les musulmans.

En bref, ce fut un moment où la tech­nique diplo­ma­tique consacrée - une pause pour la réflexion - était essen­tielle. La formule est souvent uti­lisée pour couvrir un délai inutile. Cette fois, il y avait un véri­table besoin d’analyser et de consulter avant de se pré­ci­piter vers des conclusions.

Il n’y avait pas d’urgence puisque Israel refusait déjà de négocier avec le Pré­sident Mahmoud Abbas.

Pourtant l’Union euro­péenne s’est rapi­dement alignée sur les Etats-​​unis et Israël en demandant au Hamas un chan­gement de sa poli­tique sinon il serait puni.

Le Quartet, une ins­ti­tution rela­ti­vement récente créée pour coor­donner la poli­tique entre les Etats-​​Unis, l’Union Euro­péenne, la Russie et l’ONU, est devenu un piège, agissant en tant qu’instrument du Dépar­tement d’Etat amé­ricain pour garder les autres Etats dans le rang.

Les exi­gences du Quartet vis-​​à-​​vis du Hamas étaient iden­tiques à celles d’Israel.

Quelques diplo­mates euro­péens regrettent main­tenant leur rapidité. La décision pour couper l’aide ainsi que que les contacts avec les Pales­ti­niens est vue comme erreur.

L’initiative fran­çaise du mois dernier pour trouver un méca­nisme afin de reprendre l’aide à Gaza était la pre­mière admission de l’erreur du Quartet.

Refuser tout contact avec le Hamas était également une erreur, en par­ti­culier parce que le Hamas avait maintenu un cessez-​​le-​​feu uni­la­téral pendant plus d’un an (un point qu’Israël essaye de faire oublier).

Le fait que le Hamas soit défini comme une orga­ni­sation ter­ro­riste ne devait pas être une bar­rière, puisque les gou­ver­ne­ments ont parlé à des mou­ve­ments sem­blables avec des agendas natio­na­listes, que ce soit l’IRA, les Tigres Tamoul, ou l’ETA.

Mais encore, remerçions la Suisse.

En tant que non-​​membres de l’Union Euro­péenne, ils gardent le contact avec le Hamas et agissent en tant qu’intermédiaires pour d’autres gou­ver­ne­ments euro­péens qui se sont coincés eux-​​même en ne faisant pas la même chose.

Les résultats de la crise actuelle ne sont pas clairs. Cependant en fin de compte, le moment est sûrement venu pour l’Europe de cesser sa poli­tique inutile de soutien aux Etats-​​Unis et à Israël.

Le gou­ver­nement d’Olmert essaye non seulement de détruire le Hamas mais également Mahmoud Abbas.

Comme Sharon, il veut affaiblir tout Pales­tinien modéré en mon­trant qu’ils sont impuis­sants. Il cherche seulement la domi­nation, et non la négociation.

Si l’objectif est d’affamer tous les Pales­ti­niens pour qu’ils s’enfuient vers l’Egypte, la Jor­danie et encore plus loin, ou sim­plement de garder Gaza en tant qu’une prison pour les chô­meurs et la Cis­jor­danie en tant que mul­titude de Ban­tustans, la poli­tique israé­lienne se moque de chaque réso­lution de l’ONU concernant le conflit.

Les Palestiniens n’ont pas de partenaire pour la paix.

Ils en auront un que si Israel accepte de recon­naître le droit à la Palestine de fonctionner.

Dire qu’Israël reconnaît le droit à exister d’un Etat pales­tinien n’aura aucun sens du tout pendant qu’Olmert agrandira les colonies juives et le Mur de Sépa­ration, et qu’il refusera de définir comment cet Etat peut fonc­tionner en tant qu’entité viable. Sans le droit de fonc­tionner, le droit à exister est vide.

Olmert et ses alliés du Parti Tra­vailliste doivent également être clairs sur la der­nière formule israé­lienne de paix sérieuse, les pro­po­si­tions de Barak qui ont été faites à Taba il y a cinq ans.

Les Pales­ti­niens ne les ont pas acceptés, mais les cir­cons­tances poli­tiques étaient peu pro­pices - un gou­ver­nement Barak effacé et un Yasser Arafat malade.

Les mêmes pro­po­si­tions pour­raient être accep­tables main­tenant et devraient être re-​​proposées. Si Kadima pense à imposer ou à offrir quoi que ce soit de moins que Taba, alors Israel ne peut pas pré­tendre vouloir une fin du conflit.

Enfin, Israel doit renoncer à la vio­lence, en par­ti­culier aux assas­sinats des res­pon­sables pales­ti­niens. Le nombre de civils tués dans ces attaques seulement cette année dépasse de loin le nombre de vic­times israé­liennes depuis que le Hamas a déclaré son cessez-​​le-​​feu l’année dernière.

Les faits n’appuyent pas la notion qu’Israël "exerce des repré­sailles" aux provocations.

L’attaque pales­ti­nienne de la semaine der­nière sur un avant-​​poste mili­taire faisait suite à un carnage bien plus grand commis par les bom­bar­de­ments israéliens.

Cer­tains argueront que si l’Union euro­péenne devait condamner les actions israé­liennes, elle per­drait son influence sur le gou­ver­nement israélien.

Mais qu’a permis d’accomplir cette soi-​​disante influence depuis que Sharon et Olmert ont été au pouvoir ? Le dossier est pauvre.

Les gou­ver­ne­ments ont plus d’impact en étant mora­lement clairs et poli­ti­quement fermes.

La condam­nation et l’isolement psy­cho­lo­gique créent des "faits sur le terrain" qui peuvent alerter les élec­teurs, si ce n’est immé­dia­tement leurs gouvernements.

Mais le public n’est pas seulement en Israel. Le public du monde entier attend que l’Europe prenne la bonne position.