La question des réfugiés Palestiniens

jeudi 7 août 2003

L’idée du transfert de popu­lation fit son appa­rition dès 1937, par la com­mission Peel, envoyée sur le terrain afin de déter­miner les pos­si­bi­lités de trouver une solution notamment aux actes de ter­ro­risme émanant de la popu­lation juive avec l’aide des milices juives (Haganah, Stern et L’Irgoun) et à la grande révolte pales­ti­nienne déclenchée dès 1936, en oppo­sition à l’application de la décla­ration Balfour sur sa terre.

I. Ils sont devenus des réfugiés.

1. Du statut d’habitant de la Palestine à celui de réfugié.

Le pro­blème pales­tinien est né dans l’impossibilité de concilier deux pro­messes : celle faite aux Arabes pour se sou­lever contre l’Empire Ottoman, allié de l’Allemagne, et celle faite aux sio­nistes, par la décla­ration Balfour du 2 novembre 1917 en faveur de l’instauration d’un " foyer national juif " en Palestine. A la veille de la création de l’Etat d’Israël on comptait une popu­lation en Palestine d’environ 1 400 000 habi­tants, la popu­lation juive repré­sentant le tiers de la popu­lation totale et ne pos­sédant que 6 à 7% des terres . L’idée du transfert de popu­lation fit son appa­rition dès 1937, par la com­mission Peel, envoyée sur le terrain afin de déter­miner les pos­si­bi­lités de trouver une solution notamment aux actes de ter­ro­risme émanant de la popu­lation juive avec l’aide des milices juives (Haganah, Stern et L’Irgoun) et à la grande révolte pales­ti­nienne déclenchée dès 1936, en oppo­sition à l’application de la décla­ration Balfour sur sa terre. Dans son rapport, la Com­mission Peel recom­mande dans un premier temps la par­tition de la Palestine en deux parties : Jéru­salem, Bethléem et Nazareth consti­tue­raient une enclave man­da­taire, les plaines côtières et la Galilée pour les juifs, le reste étant attribué aux Arabes de Palestine. Accom­pa­gnant ce premier plan de partage, Peel pré­conise le transfert de 225 000 Arabes vivant dans la partie attribuée aux juifs vers la partie attribuée aux Arabes, et inver­sement le transfert de quelques 1250 juifs vers la partie allouée aux juifs.

2. Les conditions d’exécution de l’expulsion

C’est ce que Benny Morris appellera l’opportunité qui sera ensuite saisie dans dif­fé­rentes phases pour accomplir le transfert de la popu­lation pales­ti­nienne et donc la trans­for­mation d’une grande majorité de la popu­lation pales­ti­nienne d’habitants en réfugiés. En effet, les juifs, et notamment Ben Gourion, qui est à l’époque le pré­sident de l’Agence juive, et bien que n’ayant pas pro­grammé au départ ce transfert, va rebondir et jusqu’à l’adoption du plan de partage le 29 novembre 1947 par les Nations Unies, établira des " Lignes d’actions " dans ce sens : " L’Etat juif dis­cutera avec ses voisins des Etats arabes la question du transfert volon­taire des fer­miers arabes, des ouvriers et des fellahs de l’Etat juif vers les Etats voisins ". En fait la poli­tique générale de l’Agence juive est d’agir sur le plan inter­na­tional pour obtenir le plus de soutien à la création de l’Etat juif tout en mul­ti­pliant les faits accomplis en Palestine par la création de nou­velles implan­ta­tions et l’intensification de l’immigration clan­destine. Dès le len­demain du vote du plan de partage de 1947, la spirale de la vio­lence prendra le pas, et les combats se pro­pa­geront entre juifs et Arabes en Palestine. Pendant ce temps, les troupes bri­tan­niques en place, se pré­parent à quitter le ter­ri­toire de manière pro­gressive. L’escalade de la vio­lence va donner la chance aux juifs, qui craignent un ren­ver­sement du rapport de forces, de passer à l’étape sui­vante à savoir le début des expul­sions. Celles-​​ci débu­teront dès les mois de février et de mars 1948. Ainsi on retrouve dès le mois de décembre 1947 un appel dans ce sens fait par Yohanan Retner et Fritz Eisenstadt, deux figures de la Haganah, qui le 19 décembre appellent à " une défense agressive " voulant dire : "pour chaque attaque arabe nous devons être prêts à répondre de manière décisive, par la des­truction des lieux ou par l’expulsion des habi­tants et en prenant leur place." Dès février 1948, la Haganah met en place des plans de des­truc­tions orga­nisés, selon d’ailleurs un schéma établi dans le plan Dalet, qui prévoit l’encerclement, la des­truction et enfin l’occupation des vil­lages arabes. La ville de Césarée sera la pre­mière dont l’attaque sera ainsi pla­nifiée et orga­nisée, par la Haganah. La deuxième manière de pro­céder par les juifs, fut celle des mas­sacres dont le plus connu demeure celui de Deir Yassin, "où l’on mas­sacra toute la popu­lation d’un village qui non seulement n’avait pas pris l’initiative du combat, mais dont la chute n’était d’aucun apport stra­té­gique ou tac­tique mili­taire au sens strict". En fait, les juifs média­ti­seront ces attaques, puisque selon les ana­lyses faites par les nou­veaux his­to­riens israé­liens sur les archives de l’époque, les expul­sions de cer­taines régions vont aug­menter la terreur chez les Pales­ti­niens, dont cer­tains fuiront avant d’être vic­times à leur tour de cette vio­lence et de ces expulsions.

L’annonce de la création de l’Etat d’Israël par Ben Gourion le 14 mai 1948, et l’arrivée le len­demain des armées arabes pour défendre la Palestine, achèvera cette pre­mière expulsion massive. La guerre qui durera jusqu’à la signature des accords d’armistice entre Israël et les Etats arabes, en juin 1949, se soldera par un dépeu­plement de plus de 800 000 habi­tants de Palestine, dont "plus de la moitié furent expulsés durant le mandat bri­tan­nique". C’est ainsi que les habi­tants de Palestine devinrent pour la majorité des réfugiés avant de le rede­venir au len­demain de la guerre de 1967.

3. La troisième phase décisive : la guerre de 1967.

A l’issue de la guerre de 1948, ter­minée comme nous l’avons vu par la signature des accords d’armistice, Israël "a repoussé ses fron­tières bien au-​​delà de ce que pré­voyait le plan de partage". En aug­mentant le nombre d’immigrants juifs dans le ter­ri­toire israélien, les gou­ver­ne­ments israé­liens ont été rapi­dement confrontés à deux pro­blèmes essen­tiels : une pénurie de loge­ments, et un besoin d’eau. Ces deux données sont pré­sentes dans les archives israé­liennes depuis déjà les années 1930. La question de l’eau est déjà consi­dérée par les sio­nistes comme un enjeu majeur en 1919, soit deux ans après la décla­ration Balfour. Les années cin­quante verront des offen­sives mili­taires régu­lières sur la question de l’eau, Israël attaque régu­liè­rement les pays arabes voisins dans leurs travaux de bar­rages et autres projets, notamment des projets liés au plan Johnson de 1955. Mais Israël refuse d’appliquer le plan Johnson car elle sou­haite un contrôle de l’eau presque exclusif. C’est dans ce contexte qu’éclatera la guerre de 1967 qui per­mettra à Israël d’occuper la Cis­jor­danie, la Bande de Gaza, le Sinaï en Egypte, le Golan en Syrie. Ces étapes per­met­tront ainsi à Israël de contrôler les res­sources en eau ; elle mettra en place une colo­ni­sation de ces ter­ri­toires afin d’y établir une poli­tique de faits accomplis, et de Cis­jor­danie 300 000 Pales­ti­niens se retrou­veront sur les routes de l’exil.

II. L’Organisation des Nations Unies face aux réfugiés.

1. Des solutions dans l’urgence.

Les Nations Unies doivent gérer l’urgence de l’arrivée massive de réfugiés dans les ter­ri­toires arabes voisins d’Israël. Avant la création de l’Etat d’Israël, ces per­sonnes sont consi­dérées comme déplacées, par les évène­ments. Mais au len­demain de la pro­cla­mation de l’Etat d’Israël, la notion de dépla­cement fait place à celle de réfugiés. En réalité ce qui va en faire des réfugiés, c’est la décision de la Haganah notamment, au len­demain des attaques d’avril et mai 1948 d’empêcher ces per­sonnes déplacées de revenir dans leur foyer. On peut dire que c’est aussi à partir de cette époque qu’une réelle poli­tique d’expulsion et de non-​​retour est mise en place par la Haganah, sans direc­tives claires mais avec un mot d’ordre général et une liberté d’action pour les dif­fé­rentes unités en fonction de la situation qui se pré­sentait à elles. Les Nations Unies sont donc engagées dans le rem­pla­cement des Anglais sur le terrain. Le médiateur des Nations Unies, le comte Ber­na­dotte arrive à Jéru­salem pour la pre­mière fois en juin 1948 . C’est dans ce contexte qu’il écrit un télé­gramme à son retour à Genève, au siège des Nations Unies à New York : "En qualité de médiateur pour Palestine, je suis convaincu que nos efforts de médiation ne pourront être pour­suivis avec succès que si une solution peut être trouvée aux aspects les plus urgents du pro­blème que pose la grande calamité humaine affectant 330 000 réfugiés arabes dénués de tout, pro­venant régions occupées par les juifs, et 7000 réfugiés juifs. La situation de ces réfugiés est déses­pérée. Trente pour cent sont des enfants de moins de 5 ans qui vivent presque entiè­rement sans nour­riture, sauf quelques faibles appro­vi­sion­ne­ments en farine. Etant donné l’étendue et l’importance des échanges com­mer­ciaux habi­tuels de la France et de l’Afrique du Nord avec les pays du Moyen Orient y compris la Palestine, le Gou­ver­nement français serait-​​il disposé, pour contribuer à remédier à cette catas­trophe sou­daine, com­pa­rable à trem­blement de terre ou raz de marée, à me donner en les diri­geant sur Bey­routh ou Aqaba 30 tonnes d’huile d’olive ou d’huile de sésame et 150 tonnes de fruits séchés, y compris des figues et des dattes dont 10% immé­dia­tement pré­levés sur stocks en cours de transport par mer ou se trouvant dans les ports les plus proches et le solde soit 90% dans les trois mois au plus tard. J’adresse demande au fonds inter­na­tional secours enfance en vue obtenir appro­vi­sion­ne­ments sup­plé­men­taires néces­saires aux bébés et enfants, femmes enceintes et allaitant. L’essentiel est d’aller vite car ces mal­heureux sont décimés par maladies épidé­miques, hiver approche et beaucoup périront. Vous serais pro­fon­dément recon­naissant vouloir faire publier présent appel dans vos journaux et me télé­gra­phier votre décision dans un délai 10 jours". La veille de son assas­sinat, le comte Ber­na­dotte écrit un rapport dans lequel il suggère notamment que la question des réfugiés soit gérée par une com­mission des Nations Unies et que soit créée une com­mission pour concilier les Arabes et les juifs.

2.La naissance de la Commission de Conciliation pour la Palestine (CCP).

C’est dans ce contexte, et suite aux recom­man­da­tions du comte Ber­na­dotte, que l’Assemblée Générale des Nations Unies vote le 11 décembre 1948 la réso­lution 194 (III). A cette com­mission, trois membres siègent ; la France, la Turquie et les Etats-​​Unis, avec la pré­sence des bri­tan­niques en tant que puis­sance man­da­taire. Sa pre­mière mission est de " négocier un règlement des litiges entre Israël et les Etats arabes de l’Arabie Saoudite, de l’Egypte, de l’Irak, du Liban, du Royaume Hachémite de Jor­danie, de la Syrie et du Yémen." Cette mission se soldera par un échec, les Etats arabes demandant la réin­té­gration des réfugiés en Palestine, confor­mément à la réso­lution, et Israël refusant toute dis­cussion à ce sujet en dehors d’un règlement global avec les Etats arabes. Cette mission sera donc aban­donnée en 1952 au profit de deux autres champs d’intervention de la CCP, établis par le para­graphe 11 de la dite réso­lution : " Décide qu’il y a lieu de per­mettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt pos­sible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indem­nités doivent être payées à titre de com­pen­sation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des prin­cipes du droit inter­na­tional ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gou­ver­ne­ments ou auto­rités res­pon­sables ;". La pre­mière mission dont la CCP sera en charge, en vertu de cette réso­lution sera notamment le déblocage des avoirs ban­caires appar­tenant aux réfugiés pales­ti­niens, bloqués dans des banques en Israël, essen­tiel­lement les banques Bar­clays (D.C.&O) et la Banque Ottomane. Cette mission amènera une pre­mière coopé­ration de travail entre Israël et les pays arabes où se trou­vaient les réfugiés par le biais de la CCP. Elle aura aussi un rôle important dans la coor­di­nation de la CCP avec l’UNRWA, dont nous verrons la création dans le pro­chain para­graphe. Cette opé­ration, débutée en 1951, s’étalera sur une dizaine d’années avec un succès mitigé. Ensuite, parmi les dos­siers impor­tants du ressort de la Com­mission, et outre l’aspect poli­tique pri­mordial, "la Com­mission sera chargée de réunir les infor­ma­tions sur les biens meubles et immeubles des réfugiés pales­tinien". Ce travail servira de base fon­da­mentale pour les années à venir, y compris les années post-​​Oslo, puisque les données recueillies par la CCP et donc ava­lisées par les Nations Unies ser­viront de base de travail pour la question de la com­pen­sation due par Israël aux réfugiés pales­ti­niens, sur le modèle évoqué dès 1951, notamment par la France, de la com­pen­sation obtenue par Israël de l’Allemagne, à la suite de la deuxième guerre mon­diale. Même si la CCP semble ne plus avoir de rôle aujourd’hui, la base de son action a été transmise aux groupes de travail après 1993 dans le cadre des négo­cia­tions qui ont suivi la signature des accords d’Oslo signés en 1993.

3. L’UNRWA : l’Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient. (United Nations Relief and Works Agency).

" L’aggravation de la situation des réfugiés, qui constitue un obs­tacle à la paix en Palestine, a incité l’A.G. des Nations Unies, en novembre 1948, à faire appel aux nations du monde entier pour leur demander de fournir des fonds en vue de nourrir, d’habiller et d’abriter les réfugiés. "Trente-​​trois pays four­niront une aide finan­cière, dont la France, et l’organisation des Nations Unies créera pour gérer cet argent un orga­nisme, l’UNRPR (Secours des Nations Unies aux réfugiés de la Palestine). Cet orga­nisme également créé à la suite du vote de la réso­lution 194 (III), le 11 décembre 1948 n’aura qu’une exis­tence éphémère. Face à la per­sis­tance du pro­blème des réfugiés, une mission écono­mique d’étude pour le Proche-​​Orient sera man­datée en 1949 par la CCP afin "d’examiner la situation écono­mique dans le Proche-​​Orient et de recom­mander des mesures propres à remédier aux effets des troubles résultant des récentes hos­ti­lités" . Toute la logique de cette mission est de montrer que la question des réfugiés est avant tout une question écono­mique, et qu’il faut impé­ra­ti­vement occuper les réfugiés en leur per­mettant de tra­vailler, ce qui aura aussi comme effet non négli­geable de per­mettre aux Etats dona­teurs de ne plus avoir à financer la survie de ces réfugiés dans les dif­fé­rents pays arabes où ils se trouvent. C’est ainsi que naît l’idée de créer l’Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient par la réso­lution 302 (IV) adoptée à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 8 décembre 1949. Il s’agit de main­tenir une pro­tection des réfugiés par le biais de ser­vices sociaux, d’aide sani­taire et de ser­vices sco­laires dans la Bande de Gaza, en Jor­danie, en Syrie et au Liban . La défi­nition qui sert de base à la recon­nais­sance du statut de réfugié par l’UNRWA est celle-​​ci : "toute per­sonne qui a eu sa rési­dence normale en Palestine au moins pendant deux ans avant le conflit de 1948 et qui, en raison de ce conflit, a perdu à la fois son foyer et ses moyens d’existence et a trouvé refuge en 1948 dans l’un des pays où l’UNRWA assure des secours".

Paral­lè­lement à cette aide un pro­gramme est mis en place pour chacun des pays en vue de déve­lopper des projets locaux qui per­met­traient aux réfugiés de devenir la main-d’ ?uvre de ces projets. Bien évidemment les réfugiés rejet­teront dans un premier temps ces projets car ils craignent que cela ne veuille dire leur ins­tal­lation défi­nitive dans les pays d’accueil et donc la fin de leurs reven­di­ca­tions confor­mément à la réso­lution 194 (III). Au début prévu pour ne durer que peu de temps, l’UNRWA est tou­jours pré­sente sur place et ses struc­tures demeurent vitales pour des géné­ra­tions de Pales­ti­niens. A ce jour 3,8 mil­lions de Pales­ti­niens sont enre­gistrés auprès de l’Office. A cette aug­men­tation du nombre de béné­fi­ciaires, l’UNRWA a dû faire face à ses obli­ga­tions avec un budget en constante régression notamment depuis les années soixante-​​dix.

III. La situation dans le temps.

1. La persistance du statut de réfugiés.

Comme nous l’avons vu, cette situation au départ prévue pour n’être que tem­po­raire, va per­durer jusqu’à ce jour. La guerre de 1967 amènera un sup­plément de 300 000 réfugiés et surtout une situation qui va s’ancrer dans la durée avec l’expansion ter­ri­to­riale israé­lienne sur la Cis­jor­danie, Gaza, mais aussi par la suite le Sud-​​Liban et le Golan en Syrie. Les camps de réfugiés, montés dans la hâte de la catas­trophe, ou la Nakba en arabe, sont faits de tentes en tissus, qui seront petit à petit rem­placées par des maisons en tôles puis des maisons en dur, créant de véri­tables struc­tures de vil­lages au sein de chaque camp. En fait avec un statut juri­dique à part, et une situation humaine également dif­fé­rente des pays d’accueil, les camps de réfugiés seront la base de déve­lop­pement de la résis­tance pales­ti­nienne. Ils seront le lieu de trans­mission de la mémoire et des tra­di­tions, cer­tains camps ayant permis à des vil­lages de se retrouver. Cette identité tra­di­tion­nelle va petit à petit se doubler d’un réel déve­lop­pement poli­tique notamment dans les années soixante " pour inclure une dimension nationale dont l’OLP s’est faite le dif­fuseur et le repré­sentant officiel ".

Au début, cette éman­ci­pation poli­tique des camps s’est faite avec l’aval des pays d’accueil, mais avec le temps les Pales­ti­niens le paieront cher puisque, au sein de pays dont les méthodes locales étaient souvent très anti-​​démocratiques, et où le res­sen­timent des réfugiés était très fort face à ce qu’ils consi­dé­raient comme de la lâcheté de la part des Etat arabes, les auto­rités locales vont à plu­sieurs reprises mater la résis­tance dans le sang. Ce sera le cas en sep­tembre 1970 en Jor­danie, avec Sep­tembre Noir, lorsque le roi se déchaînera sur la résis­tance pales­ti­nienne, et où ces der­niers finiront par demander à nouveau l’exil au Liban, où ils obtien­dront un accord de principe pour mener la résis­tance à partir du ter­ri­toire libanais. Mais cela sera de courte durée, le dés­équi­libre démo­gra­phique, confes­sionnel et écono­mique amenant à la guerre civile liba­naise de 1975, et où la pré­sence des Pales­ti­niens à eu des consé­quences évidentes. En janvier et en août 1976 les milices chré­tiennes du Liban attaquent et détruisent le Camp de Tell al Zaatar. En juin 1982 l’armée israé­lienne envahit le Liban et monte jusqu’à Bey­routh où en sep­tembre elle permet les mas­sacres de Sabra et Chatila. En avril 1996, l’armée israé­lienne pilonne le Camp de Cana et fait plus de 100 morts. Ces exemples montrent que la résis­tance pales­ti­nienne a dû se faire une place au milieu des attaques des pays ou de groupes dans leurs pays d’accueil, et des attaques de l’armée israé­lienne qui n’a eu de cesse d’essayer d’éradiquer toute forme de résis­tance, tout en n’appliquant aucune des réso­lu­tions de l’ONU.

2. La dynamique des accords d’Oslo et ses conséquences pour les réfugiés.

La signature en sep­tembre 1993 de la Décla­ration de principe, ou accords d’Oslo, va modifier le paysage pour dif­fé­rentes raisons. Tout d’abord, depuis la confé­rence de Madrid en octobre 1991, les Etats-​​Unis ont sup­planté les Nations Unies dans leur rôle. Les accords d’Oslo ont été en quelque sorte une réin­ter­pré­tation des réso­lu­tions des Nations Unies notamment la réso­lution votée au Conseil de Sécurité n° 242 le 22 novembre 1967, qui impose le retrait des ter­ri­toires occupés par Israël, mais aussi la réso­lution 194 (III) du 11 décembre 1948 quant au droit au retour des réfugiés et aux com­pen­sa­tions dues en cas de non-​​retour. Yasser Arafat, alors pré­sident de l’OLP, et porte-​​parole des Pales­ti­niens aux dif­fé­rentes négo­cia­tions, pensait en réalité qu’il signait une étape dans la mise en ?uvre de ces deux réso­lu­tions fon­da­men­tales pour les Pales­ti­niens. L’échec de l’application des accords d’Oslo a démontré que pour les Israé­liens comme pour les Amé­ri­cains il s’agissait d’un accord final dont quelques contours seraient rené­gociés lors des ren­contres entre les négo­cia­teurs. De la même manière que, dans les années 1950, les Anglais et les Amé­ri­cains firent le maximum pour faire com­prendre aux Pales­ti­niens qu’il n’y aurait jamais de retour aux fron­tières légales en vertu de la réso­lution 181 (II) des Nations Unies sur le plan de partage, les Amé­ri­cains essaient de faire accepter aux Pales­ti­niens, 50 ans plus tard, qu’il n’est plus question de revenir aux fron­tières de 1967, lar­gement incor­porées dans les fron­tières de l’Etat hébreu par la pré­sence massive des colonies depuis 1967.

3 La création du Groupe de travail sur les réfugiés.

La suite des accords d’Oslo fut la création de dif­fé­rents groupes de travail chargés de pré­ciser les contours des accords et de régler les ques­tions de fond. En ce qui concerne les réfugiés, un Groupe de Travail sur les réfugiés fut créé " comme une contre­partie accordée aux Pales­ti­niens pour leur par­ti­ci­pation au pro­cessus de paix élargi et pour leur consen­tement à se plier à plu­sieurs condi­tions" . Le Canada a été choisi comme " parrain " de ce groupe de travail, car accepté de tous comme un terrain neutre. Mais en fait, la sen­si­bilité des sujets abordés va amener la Syrie et le Liban à boy­cotter les travaux, car notamment Israël refusait de négocier avec les réfugiés qui n’étaient pas issus de la Cis­jor­danie ou de la Bande de Gaza. Mais suite à la signature des accords d’Oslo les réunions se pour­sui­vront par thèmes jusqu’à l’établissement des accords de Taba en juillet 2001, avec tout le cha­pitre sur les réfugiés. Mais si les négo­cia­teurs étaient d’accord sur ces prin­cipes, le gou­ver­nement israélien de Sharon refusa de les entériner.

Depuis la deuxième Intifada débutée en 2000, consé­quence d’une dégra­dation dra­ma­tique de la situation non seulement pour les réfugiés des camps mais aussi pour les rési­dents des villes et vil­lages pales­ti­niens encerclés par les mili­taires israé­liens, la situation est devenue plus que dra­ma­tique, la poli­tique actuelle du gou­ver­nement israélien mettant à jour sa véri­table volonté de ne pas faire la paix dans le cadre inter­na­tional des réso­lu­tions des Nations Unies.

IV. Les documents de voyage des réfugiés

A la suite de l’expulsion de Palestine en 1948, les Pales­ti­niens ont perdu leur natio­nalité pales­ti­nienne. Du jour au len­demain cette natio­nalité a disparu. Suite à la création de L’UNRWA en 1949, les réfugiés pales­ti­niens ont été enre­gistrés et ce registre a été mis à jour régu­liè­rement jusqu’à ce jour. Au départ il per­mettait d’obtenir des rations ali­men­taires, et de per­mettre à la Com­mission de Conci­liation pour la Palestine de recouper les inven­taires dont elle s’occupait pour retrouver les pro­prié­taires des biens meubles et immeubles restés en Israël, et per­mettre d’avoir des fichiers à jour pour le droit au retour ou la com­pen­sation le moment venu. En fait, cet enre­gis­trement est essentiel puisqu’il permet de garder une réfé­rence du nombre d’une grande partie des Pales­ti­niens, cette partie étant estimée à 3,8 mil­lions à ce jour.

En Israël : Dans le ter­ri­toire israélien les habi­tants se sont vus, à partir du 14 mai 1948, conférer la natio­nalité israé­lienne, y compris pour les quelques Pales­ti­niens restés sur place. Cette natio­nalité sera, et ce jusqu’à ce jour, une natio­nalité de deuxième zone, puisqu’elle ne confère pas les mêmes droits qu’aux juifs, mais elle permet tout de même une repré­sen­tation poli­tique au sein de la Knesset, et au niveau muni­cipal. Lors de la signature des accords d’Oslo, Y. Rabin avait promis qu’un travail dans le sens d’une meilleure égalité serait accompli au sein de la société israé­lienne. Depuis la deuxième Intifada c’est tout le contraire qui s’est produit.

En Jor­danie : En plus du statut de réfugié et de l’inscription à L’UNRWA, la Jor­danie a conféré le statut de résident et de citoyen jor­danien à tous les res­sor­tis­sants pales­ti­niens vivant sur son ter­ri­toire mais aussi à une partie de ceux qui vivaient en Cis­jor­danie. Ceux qui résident en Jor­danie ont tous les droits des jor­da­niens, avec un pas­seport, mais demeurent ins­crits pour beaucoup à l’UNRWA, en cas de mise en place du système de droit au retour ou à la com­pen­sation. Ceux qui résident en Cis­jor­danie ne béné­fi­cient en fait que d’un titre de voyage, leur séjour en Jor­danie étant condi­tionné par les déci­sions gou­ver­ne­men­tales jordaniennes.

En Syrie : La Syrie octroie des droits assez sem­blables à ceux des nationaux, mais les Pales­ti­niens n’ont pas de pas­seport, mais un laisser-​​passer qui donne des dif­fi­cultés pour l’obtention des visas.

Au Liban : Les Pales­ti­niens au Liban sont dans les condi­tions les plus dif­fi­ciles puisqu’ils ne dis­posent pas du droit au travail, ni de pas­seport, et leur laisser-​​passer est dif­fi­ci­lement renouvelé par les auto­rités liba­naises. Ils se trouvent donc très tri­bu­taires de l’aide de l’UNRWA, et leurs condi­tions de vie sont extrê­mement dif­fi­ciles. Depuis la guerre du Liban en 1975 leurs condi­tions de séjour n’ont cessé de se dégrader.

En Egypte : Ils y dis­posent d’un laisser-​​passer, mais toute sortie de l’Egypte ne leur garantit pas qu’ils pourront y retourner. Les habi­tants de la Bande de Gaza ont, jusqu’aux accords d’Oslo, béné­ficié de ce laisser-​​passer. Mais là aussi leurs droits, pour ceux résidant en Egypte sont très limités. Il y a d’ailleurs peu de Pales­ti­niens en Egypte par rapport aux autres pays.

En Cis­jor­danie : Une partie a un pas­seport jor­danien, bien que vivant en Cis­jor­danie. D’autres ont un laisser-​​passer israélien avec la mention de natio­nalité : indé­ter­minée. Aussi sujet à un renou­vel­lement dif­ficile. Cer­tains ont obtenu un pas­seport israélien mais renou­ve­lable aussi dans les mêmes condi­tions. Depuis les accords d’Oslo, les sujets résidant dans les zones A déli­mitées par les dits accords ont obtenu un pas­seport palestinien.

Bande de Gaza : La majorité a obtenu un pas­seport pales­tinien mais cer­tains pos­sèdent encore des laisser-​​passer égyp­tiens, l’Autorité pales­ti­nienne n’ayant pas encore eu le temps d’accomplir les trans­ferts administratifs.

Dans le reste du monde : Comme vous le voyez, une des recherches actives des Pales­ti­niens fut celle d’un pas­seport per­mettant d’une part de pouvoir voyager, mais aussi de pouvoir aller visiter leurs familles en Palestine et en Israël, puisque jusqu’aux accords d’Oslo en 1993, un pas­seport arabe ne pouvait per­mettre l’entrée dans ces ter­ri­toires. Donc une partie des Pales­ti­niens a béné­ficié par dif­fé­rents moyens de pas­se­ports étrangers, véri­tables cartes de liberté (par des années de rési­dence, des mariages etc.).

CONCLUSION

Consi­dérés comme un pro­blème écono­mique dès le début, la suite des évène­ments va montrer que la clé du pro­blème des réfugiés réside bien dans une solution poli­tique, conforme aux réso­lu­tions inter­na­tio­nales des Nations Unies. Tant que ces données ne seront pas appli­quées par Israël, tout arran­gement écono­mique sera voué à l’échec. La résis­tance des camps de réfugiés, devenu pro­gramme poli­tique puis Etat pales­tinien en exil, conti­nuera de s’exercer en vertu du droit à l’autodétermination et du droit de chaque peuple à dis­poser d’une terre. C’est en sub­stance la demande des Pales­ti­niens aujourd’hui : l’application notamment des réso­lu­tions 194 (III) et 242 de 1967. En réalité les accords d’Oslo ont montré le décalage énorme entre ce que les Pales­ti­niens pen­saient obtenir par phases vers l’application des réso­lu­tions ; pour les Israé­liens il s’agit de ne donner que le minimum, et donc d’écarter les Nations Unies tout en ne concédant que le strict néces­saire pour calmer la résis­tance pales­ti­nienne, notamment celle incarnée par l’Intifada et qui fut un désastre écono­mique pour l’Etat d’Israël.

Mais, la situation catas­tro­phique qui prévaut à l’heure actuelle démontre bien que la seule solution réside dans les réso­lu­tions des Nations Unies pour que les réfugiés puissent voir leur avenir dans un Etat aux fron­tières reconnues et munis d’un pas­seport qui men­tionne qu’ils sont des citoyens à part entière de Palestine.