La procédure change, l’entrée est toujours interdite

Amira Hass, jeudi 28 décembre 2006

Israël a promis de cesser d’interdire l’entrée aux Pales­ti­niens citoyens amé­ri­cains et européens.

Enaya Samara, Hayan Jua’beh et Somaida Abbas ne sont que trois parmi les mil­liers de Pales­ti­niens ayant une citoyenneté étrangère, qui attendent impa­tiemment la publi­cation des nou­velles pro­cé­dures d’entrée dans les Territoires.

Selon ce qui a été promis, les pro­cé­dures du bureau de coor­di­nation des actions du gou­ver­nement dans les Ter­ri­toires - pro­cé­dures qui seront mises au point en coor­di­nation avec le vice-​​ministre à la défense Ephraïm Sneh - per­met­tront à des mil­liers de Pales­ti­niens de retrouver leurs familles et leurs maisons en Cis­jor­danie, après un séjour forcé à l’étranger durant les six à douze der­niers mois. Les nou­velles pro­cé­dures sont censées per­mettre à des mil­liers de Pales­ti­niens et leurs conjoints citoyens de pays occi­dentaux de continuer à visiter les Ter­ri­toires et même à y séjourner pour des périodes pro­longées. Pourtant, divers témoi­gnages qui sont par­venus à « Haaretz » révèlent que, pour des citoyens étrangers, l’entrée dans le pays continue d’être interdite, en dépit du fait que le conjoint ou des membres de la famille résident dans les Territoires.

Ces deux der­nières semaines, les repré­sen­ta­tions diplo­ma­tiques ont averti leurs citoyens du chan­gement de poli­tique, et cela en s’appuyant sur l’assurance donnée par le coor­di­nateur des actions dans les Ter­ri­toires, le général Yossef Mishlav, qui a ren­contré les repré­sen­tants de l’Union Euro­péenne le 13 décembre. Ephraïm Sneh a confirmé à « Haaretz » que le Ministère de la Défense tra­vaillait à l’instauration d’une nou­velle poli­tique ayant pour objectif « d’alléger et non d’alourdir, de sim­plifier et non de com­pliquer ». Il a préféré ne pas entrer dans les détails du fait que les pro­cé­dures doivent encore être mises au point.

Dès son entrée en fonction, en octobre dernier, Ephraïm Sneh a pris l’initiative d’une ren­contre avec le Ministre de l’Intérieur, Roni Bar-​​On, pour dis­cuter du phé­nomène des inter­dic­tions d’entrée. La ren­contre s’est tenue le 13 novembre et on y a décidé de poster au pont Allenby et à l’aéroport Ben Gourion des repré­sen­tants du bureau de coor­di­nation des actions dans les Ter­ri­toires, et que ce seraient eux qui déci­de­raient (en coor­di­nation avec le Ministère de l’Intérieur) si et à qui accorder un permis de visite.

Mais en attendant, il apparaît que le Ministère de l’Intérieur et le coor­di­nateur des actions dans les Ter­ri­toires conti­nuent d’interdire l’entrée dans le pays à des citoyens étrangers en dépit du fait que leurs proches sont des rési­dents per­ma­nents des Ter­ri­toires. D’autres ont reçu, au passage de fron­tière, un visa d’entrée pour un temps limité (une semaine ou un mois). En outre, 105 per­sonnes - toutes conjoints ou enfants d’habitants pales­ti­niens - ont introduit une demande de pro­lon­gation de visa via l’administration civile. Le 19 novembre, leurs pas­se­ports leur ont été rendus portant l’estampille « der­nière pro­lon­gation ». Ephraïm Sneh dit qu’il s’agit de « ves­tiges de la situation anté­rieure » et que le 10 décembre, la caté­gorie des « der­nières pro­lon­ga­tions » a été abolie.

Le chan­gement de poli­tique ne s’applique pas aux dizaines de mil­liers de conjointes d’habitants des Ter­ri­toires, citoyennes jor­da­niennes pour l’essentiel, ni aux cen­taines d’autres qui sont ori­gi­naires de pays d’Europe de l’Est. Depuis l’éclatement de l’Intifada, Israël interdit l’entrée de citoyens de pays arabes et d’Europe de l’Est et ils doivent intro­duire une demande de visa.

Samara (citoyenne amé­ri­caine), Jua’beh (citoyen irlandais) et Abbas (citoyen suédois) - dont les récits ont été rap­portés ici au cours de ces der­niers mois - ont, comme des cen­taines d’autres venus d’Europe ou d’Amérique, été touchés, l’année der­nière, par le chan­gement de poli­tique d’Israël à l’égard de l’entrée dans les Ter­ri­toires de citoyens de pays occi­dentaux. La majorité d’entre eux sont des conjoints de Pales­ti­niens ou bien ils sont nés dans les Ter­ri­toires mais la poli­tique israé­lienne leur a fait perdre leur statut de résident. Pendant des années, on leur a permis de demeurer avec leurs familles en Cis­jor­danie, comme « tou­ristes » et ils renou­ve­laient leur visa tou­ris­tique tous les trois mois, et Israël a permis à quelques uns d’entre eux de recevoir le statut de résident.

Comme on l’a rap­porté pour la pre­mière fois dans « Haaretz » en juillet 2006, le gou­ver­nement a modifié cette poli­tique, sans annoncer ce chan­gement ni même le recon­naître, au début. Aux points d’entrée ter­restres et maritime en Israël, le nombre de ceux qui se sont vus refuser l’entrée a aug­menté. Selon diverses esti­ma­tions, il s’agit de quelques dizaines de mil­liers de citoyens des Etats-​​Unis, d’Europe et d’Amérique du Sud, qui vivent de façon per­ma­nente dans les Ter­ri­toires, comme « tou­ristes », qui vont et viennent. On ne dispose pas de chiffres indi­quant combien d’entre eux n’ont pas rejoint leur famille cette année. Beaucoup d’autres ne sont pas partis pour renou­veler la période de validité de leur visa tou­ris­tique, de crainte qu’on ne les autorise pas à revenir, et ils se retrouvent main­tenant dans la caté­gorie des « délin­quants ». Il semble bien que des mil­liers se sont abs­tenus de venir en visite après avoir appris le chan­gement de politique.

Des Pales­ti­niens citoyens des Etats-​​Unis et d’Europe ont créé un groupe d’action qui a éveillé l’attention des médias inter­na­tionaux, et ont pré­senté cette inter­diction d’entrée comme une dis­cri­mi­nation. Le Dépar­tement d’Etat amé­ricain s’est plaint auprès de l’ambassade d’Israël à Washington et les repré­sen­tants de l’Union Euro­péenne en Israël ont, de leur côté, introduit une pro­tes­tation à ce propos.

Ephraïm Sneh dit avoir pris l’initiative de ce chan­gement non pas du fait des pres­sions amé­ri­caines mais parce qu’il s’agissait là d’une « poli­tique stupide, contraire aux intérêts israé­liens ». Les repré­sen­tants euro­péens ont rap­porté à leurs citoyens que, d’après le coor­di­nateur des actions dans les Ter­ri­toires, le général Mishlav, c’est le Ministère de l’Intérieur qui a décidé d’empêcher l’entrée de citoyens amé­ri­cains et euro­péens. Au Ministère de l’Intérieur, on dit que la res­pon­sa­bilité de l’entrée des tou­ristes dans les Ter­ri­toires a tou­jours été entre les mains du Ministère de la Défense et du coor­di­nateur des actions dans les Ter­ri­toires, et que la décision de refuser l’entrée a été prise lors d’une réunion commune des repré­sen­tants du Ministère de l’Intérieur, du Ministère de la Défense et le coor­di­nateur des actions dans les Territoires.