La population palestinienne dépasse la population juive.

Michael Brown, Ali Abunimah et Nigel Parry, mercredi 9 mars 2005

La popu­lation pales­ti­nienne vivant en Israël, dans la bande de Gaza occupée, Jéru­salem Est et le reste de la Cis­jor­danie occupée, dans son ensemble, dépasse en nombre les Juifs israé­liens, a révélé un rapport du gou­ver­nement des Etats-​​Unis.

D’après le gou­ver­nement amé­ricain la popu­lation pales­ti­nienne se monte à plus de 5,3 mil­lions, tandis que la popu­lation juive atteint 5,2 millions.

Les chiffres sont tirés du rapport annuel du Dépar­tement d’Etat amé­ricain sur la pra­tique des Droits de l’Homme dans les pays. Le rapport four­nissait les chiffres de popu­lation pour chacune de ces unités ter­ri­to­riales sépa­rément, mais omettait de les connecter pour arriver à la nou­velle et explosive réalité : une minorité juive israé­lienne gou­verne aujourd’hui un nombre plus important de Pales­ti­niens vivant entre la Médi­ter­ranée et le Jourdain.

La section sur Israël et les Ter­ri­toires occupés indique que la popu­lation d’Israël atteint 6,8 mil­lions de per­sonnes, dont 5,2 mil­lions de juifs, 1,3 mil­lions d’arabes et 290 000 d’autres mino­rités. Les Arabes qui sont citoyens israé­liens sont les sur­vi­vants et les des­cen­dants des Pales­ti­niens qui n’ont pas été chassés du pays ou n’ont pas fui lors de la création d’Israël.

Lors d’une conver­sation télé­pho­nique le 28 février, un officiel du Dépar­tement d’Etat a confirmé que le chiffre de 6,8 mil­lions d’Israéliens incluait tous les colons des ter­ri­toires occupés.

Le rapport note ensuite que la popu­lation pales­ti­nienne de la bande de Gaza est approxi­ma­ti­vement d’1,4 mil­lions, et celle de Cis­jor­danie de 2,4 mil­lions. Il y a 237 185 Pales­ti­niens à Jéru­salem Est occupée.

Les démo­graphes israé­liens ont depuis long­temps prédit que dans les pro­chaines années, les Pales­ti­niens seraient de nouveau en majorité dans toute la Palestine his­to­rique, avec le risque qu’on com­mence à voir Israël comme un état d’apartheid, où une minorité au pouvoir règne sur une majorité privée de ses droits. Selon le gou­ver­nement amé­ricain, ce jour est déjà arrivé.

En plus de vio­la­tions durables et pré­oc­cu­pantes des droits de l’homme par Israël et aussi par les Pales­ti­niens, le rapport du Dépar­tement d’Etat détaille en Israël un nombre de lois et de poli­tiques qui res­semblent à l’apartheid - un système de lois et de poli­tiques dif­fé­rentes pour les gens de dif­fé­rentes races, reli­gions ou ethnie dans un pays.

Par exemple, le rapport indique que « l’ensemble des lois qui gou­vernent les Pales­ti­niens dans les Ter­ri­toires occupés dérive de la loi ottomane, bri­tan­nique, jor­da­nienne et égyp­tienne, et des ordon­nances mili­taires israé­liennes. Les lois et les règles pro­mul­guées par l’Autorité pales­ti­nienne sont aussi en vigueur. Les colons israé­liens sont (seulement) soumis à la loi israélienne. »

Et en Israël même, le rapport met en relief le fait que « approxi­ma­ti­vement 93 % de la terre dans le pays est du domaine public, y compris celle qui est pro­priété de l’Etat, et 12,5 % pro­priété du Fond National Juif. Le domaine public, de par la loi, peut seulement être loué, et non vendu. Les statuts du FNJ inter­disent la vente ou la location de terre à des non juifs. En octobre, des groupes pour les droits civiques ont déposé une requête auprès de la Haute Cour de Justice, sur le fait qu’une annonce d’enchères faite par l’Administration ter­ri­to­riale israé­lienne, impli­quant le FNJ, était dis­cri­mi­na­toire en ce qu’elle inter­disait aux Arabes d’enchérir. L’administration ter­ri­to­riale a cessé de com­mer­cia­liser les terres du Fond National Juif dans le Nord et en Galilée. En décembre, Adalah [1] a déposé une requête auprès de la Haute Cour, demandant l’annulation défi­nitive de la poli­tique de l’administration ter­ri­to­riale. A la fin de l’année, la Cour n’avait pris aucune décision. »

En janvier 2004, le chro­ni­queur du New York Times Thomas Friedman écrivait :« démo­gra­phi­quement parlant, si Israël ne renonce pas à la Cis­jor­danie et à Gaza, les Pales­ti­niens seront bientôt plus nom­breux que les Juifs, et Israël deviendra, soit un état d’apartheid soit un état non juif. » En dehors des efforts inter­na­tionaux pour réac­tiver un pro­cessus de paix entre Israé­liens et Pales­ti­niens, Israël continue à déve­lopper des colonies exclu­si­vement juives à Jéru­salem et en d’autres endroits de Cisjordanie.

Que les chiffres du Dépar­tement d’Etat soient vraiment exacts, en connaissant l’intérêt poli­tique d’Israël à dis­si­muler la véri­table situation démo­gra­phique, ils démontrent que même le plus proche allié d’Israël ne peut pas cacher la réalité : chaque année qui passe, la pré­tention d’Israël à être une démo­cratie est de plus en plus usée. Une minorité juive israé­lienne ne peut pas dominer un nombre plus important de Pales­ti­niens entre la Médi­ter­ranée et le Jourdain, et garder malgré tout son statut pro­clamé de démocratie.

[1] groupe de défense des droits humains, Pales­ti­niens d’Israël