La politique syrienne de M.Sarkozy entre espérances et illusions

Ghassan Elezzi, lundi 3 novembre 2008

Arrivé au pouvoir avec la pro­messe de rompre avec les poli­tiques d’antan, M.Sarkozy tente avec la Syrie la poli­tique dite de la carotte, après l’échec de celle du bâton . En d’autres termes il vise, avec du soft power, les mêmes objectifs que les Amé­ri­cains n’ont pu atteindre avec du hard power. Mais cette poli­tique volon­ta­riste a-​​t-​​elle des chances d’aboutir ?

Paris a pu convaincre Damas de laisser les Libanais élire leur pré­sident et d’échanger des ambas­sades avec Bey­routh, réa­li­sation qu’il ne faut pas sous-​​estimer. Mais beaucoup au Liban craignent que l’Ambassade syrienne à Bey­routh ne devienne le QG des ser­vices secrets syriens, per­mettant par là-​​même à ceux-​​ci de régner sur le pays de Cèdre comme ils l’avaient fait jusqu’en 2005. Par ailleurs, Damas reste arc-​​bouté sur ses posi­tions concernant le bornage des fron­tières libano-​​syriennes et le pro­blème des détenus et « dis­parus »libanais en Syrie depuis des décennies. Malgré une cer­taine embellie la situation liba­naise reste donc précaire.

A l’évidence, par cette nou­velle attitude diplo­ma­tique envers Damas, M. Sarkozy espère séduire la Syrie pour l’éloigner de l’Iran. Cependant il serait illu­soire de croire que le pouvoir syrien pourrait renoncer à son alliance ira­nienne, M.Assad défendant le pro­gramme nucléaire iranien qui est, à son avis, civil et non militaire.

Sur un autre dossier, le dossier géorgien, l’embellie diplo­ma­tique a eu du mal à masquer les diver­gences de vue entre Paris et Damas. En effet, lors de l’offensive russe contre la Géorgie les pré­si­dents français puis syrien se sont pré­ci­pités à Moscou. Le premier afin de sommer les Russes d’accepter un cessez-​​le-​​feu, le second pour sou­tenir leur opé­ration voire leur pro­poser les ports syriens comme bases de leurs flottes.

Actuel­lement, Damas négocie avec Israël sous l’égide de la Turquie, sans lien direct avec cette nou­velle diplo­matie fran­çaise même si Paris se veut par­te­naire de ces négo­cia­tions. Mais aucune avancée signi­fi­cative n’est pos­sible avant l’avènement de la nou­velle Admi­nis­tration amé­ri­caine. Il y a fort à parier que si les choses abou­tis­saient, la céré­monie de la signature d’un éventuel traité israélo-​​syrien se pas­serait alors dans le jardin de la Maison-​​Blanche et non pas à l’Elysée. En cas d’effondrement du pro­cessus, le pré­sident syrien aurait gagné du temps et réussi un désen­cla­vement sur la scène internationale.

Fruit de ce retour syrien vers Paris et vers la com­mu­nauté inter­na­tionale, des Com­pa­gnies fran­çaise -Total par exemple - ont déjà signé des contrats avec la Syrie, tandis que d’autres s’y préparent.

Premier dirigent occi­dental à se rendre à Damas depuis cinq ans, M.Sarkozy nourrit l’ambition (ou l’illusion) de faire rebondir son pays sur l’échiquier proche-​​oriental, et ceci à la faveur du cré­puscule de l’Administration Bush. Mais pour Damas, Paris reste un mar­chepied vers Washington et puis rien ne dit que le pro­chain pré­sident amé­ricain se laissera dépouiller de sa place dans cette région si importante.