Nouvelobs, mardi 16 mars 2010
C’est ce qu’affirme l’ambassadeur Israélien à Washington après la dégradation des relations entre les deux pays déclenchée par l’annonce d’un nouveau projet de colonisation à Jérusalem-est.
La crise actuelle entre Israël et Washington est la pire depuis 35 ans, affirme l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Michael Oren, cité lundi 15 mars par les médias israéliens [1].
"Les relations entre Israël et les Etats-Unis sont plongées dans la crise la plus grave depuis 1975", a déclaré l’éminent historien du Proche-Orient lors d’un briefing téléphonique avec les consuls israéliens aux Etats-Unis durant le week-end, rapporte notamment le quotidien Yediot Aharonot.
Michael Oren faisait allusion à une grave crise en 1975 entre les deux alliés, quand les Etats-Unis avaient contraint Israël à un retrait israélien partiel du Sinaï égyptien, alors occupé par l’Etat hébreu.
Une "humiliation" pour Washington
Ses propos contredisent ceux du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s’est efforcé dimanche de minimiser la crise déclenchée par l’annonce la semaine dernière, en pleine visite en Israël du vice-président américain Joe Biden, d’un nouveau projet de colonisation à Jérusalem-est.
Cette annonce - la construction de 1.600 logements juifs à Jérusalem-est, un secteur à majorité arabe annexé en 1967 - a été ressentie comme une "humiliation" par Washington. Elle a été perçue comme une entrave aux efforts américains pour relancer le processus de paix israélo-palestinien [2].
"Un sérieux sujet d’inquiétude"
Les récentes déclarations de l’administration du président américain Barack Obama sur les liens entre les Etats-Unis et Israël constituent "un sérieux sujet d’inquiétude", a affirmé d’autre part le groupe d’influence américain pro-israélien American Israel Public Affairs Committee (AIPAC). "L’AIPAC appelle l’administration (Obama) à prendre des mesures immédiates pour apaiser la tension avec l’Etat hébreu", précise le groupe, considéré comme le plus puissant lobby pro-Israélien aux Etats-Unis. [3]
[1] voir Gilles Paris :
Joe Biden est un vice-président charmant. Piégé sur place, le 9 mars, par une annonce israélienne de constructions de colonies à Jérusalem-Est alors que les Etats-Unis tentaient de relancer sur des bases friables un processus de paix, il a quitté le pays sans trop protester. Fallait-il conclure à un simple incident ? Certainement pas si on s’en tient au lexique (”une insulte”) utilisé par Hillary Clinton, vendredi, puis dimanche (sans doute pour le cas où le message n’aurait pas été compris) par David Axelrod, l’un des plus proches conseillers du président Barack Obama.
Pour paraphraser un expert es coups tordus français chevauchant la fin du XVIIIème et le début du XIXème (et dont le patronyme commence par la lettre “t”), l’annonce ne serait donc pas “un crime”, mais pis que cela, “une erreur”. Principalement parce que le message convoyé est terrible pour l’administration américaine et Barack Obama : incapable de se coordonner avec son meilleur allié, incapable d’influencer son processus de décision, incapable au final de peser sur le cours des événements. En bref : no, he can’t. On imagine les implications régionales, notamment dans la gestion du dossier nucléaire iranien.
Le trouble est donc grand, ssez pour Aipac qui se garde ordinairement bien de relever quoi que ce soit (J Street est aux abonnés absents depuis trois jours) publie un communiqué invitant avec fermeté l’administration américaine à changer de ton (la conférence annuelle d’Aipac se tient dans une semaine.)
Les éditorialistes tirent groupés. Dans le New York Times, Tom Friedman sonne l’alarme, au Yédioth Aharonoth, Nahum Barnéa croit déceler la peur dans le comportement de Benyamin Nétanyahou qui serait prisonnier de sa droite religieuse et qui finirait pas ulcérer tout le monde en voulant satisfaire chacun. Même analyse dans le Haaretz où Aluf Benn somme le même homme de trancher entre deux courants contradictoires.
Côté israélien, la faute technique est avancée et la constitution d’une équipe est promise pour faire en sorte à l’avenir que les annonces surviennent dans un ciel dégagé d’avions frappés de la bannière étoilée. C’est ce que recommande une note du Washigton Institute for Near East Policy (WINEP, think-tank, classé parmi les moins hostiles à Israël, sous la plume de David Makovsky, avec cette suggestion désopilante qu’on ne gardera pas pour soi :
“Something more practical is required : namely that Israelis and Palestinians reach a baseline agreement that neither party will expand into the neighborhoods of the other in East Jerusalem. This is more attainable than a freeze, and could avoid flashpoint incidents in the future.”
1. On ne savait pas les Palestiniens capables d’une expansion comparable à celle des Israéliens dans cette zone !
2. Encore un effort, David Makovsky, comme disait J Street en 2009, a freeze is a freeze ! http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/
[2] voir aussi sur le NouvelObs :
Les Palestiniens ne reprendront "aucune négociation" avec Israël tant que la colonisation se poursuivra, prévient Mahmoud Abbas.
Les Palestiniens ne reprendront "aucune négociation" avec Israël tant que la colonisation israélienne se poursuivra, a affirmé lundi 15 mars le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. "Il n’y aura aucune négociation avec la poursuite de la colonisation", a déclaré Nabil Abou Roudeina à l’AFP. "Cette politique ne crée pas l’atmosphère appropriée pour la reprise du processus de paix."
"La construction continuera à Jérusalem"
Le porte-parole palestinien réagissait aux propos tenus auparavant par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui a affirmé que "la construction continuerait à Jérusalem", y compris dans le secteur à majorité arabe annexé, alors qu’Israël est sous le feu des critiques internationales, en particulier américaines. En effet, le vice-président Joe Biden, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton ou encore le conseiller spécial de Barack Obama, David Axelrod ont brusquement réagi, jugeant l’annonce israélienne "insultante" pour les Etats-Unis. La question de la colonisation israélienne à Jérusalem-est a provoqué une grave crise de confiance entre Israël et son allié américain, qui tente depuis des mois de relancer le processus de paix israélo-palestinien.
La crise a éclaté la semaine dernière quand le ministère israélien de l’Intérieur a annoncé un projet de construction de 1.600 logements à Jérusalem-est, en pleine visite du vice-président américain Joe Biden. Cette annonce a été perçue comme un affront par Washington, qui venait juste d’arracher l’accord des Palestiniens pour participer à des pourparlers indirects sous son égide avec les Israéliens.
Continuer comme "ces 42 dernières années"
"La construction continuera à Jérusalem, comme cela a été le cas pendant ces 42 dernières années", depuis la conquête et l’annexion par Israël de Jérusalem-est en 1967, a déclaré Benjamin Netanyahou devant le groupe parlementaire de son parti, le Likoud (droite). "Le gel de dix mois de la construction en Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie) prendra fin à l’échéance prévue", a-t-il ajouté, en référence au moratoire partiel et temporaire sur la colonisation juive en Cisjordanie occupée annoncé fin novembre.
Pour l’UE, "les pourparlers sont mis en danger"
"Les récentes décisions israéliennes de construire de nouveaux logements à Jérusalem-est mettent en danger et sapent l’accord de principe en vue d’entamer des pourparlers indirects", a estimé lundi 15 mars, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, du siège de la Ligue arabe au Caire, première étape de sa tournée au Proche-Orient. "La position de l’Union européenne sur les colonies est claire. Les colonies sont illégales, elles constituent un obstacle à la paix et menacent de rendre impossible une solution à deux Etats", a-t-elle ajouté. "La paix est nécessaire, elle est urgente et réalisable. Je suis ici pour que l’Union européenne pèse de tout son poids afin de réaliser cet objectif", a-t-elle poursuivi. Son intervention a eu lieu avant que Benjamin Netanyahou ne confirme la position d’Israël.
[3] voir toujours sur le NouvelObs :
L’AIPAC condamne les déclarations de l’administration Obama sur Israël et l’appelle "à prendre des mesures immédiates pour apaiser la tension avec l’Etat hébreu".
Les récentes déclarations de l’administration du président américain Barack Obama sur les liens entre les Etats-Unis et Israël constituent "un sérieux sujet d’inquiétude", a affirmé, dimanche 14 mars, dans un communiqué, le groupe d’influence américain pro-israélien American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).
"L’AIPAC appelle l’administration (Obama) à prendre des mesures immédiates pour apaiser la tension avec l’Etat hébreu", ajoute le groupe dans ce texte.
Crise diplomatique
L’annonce par Israël, durant la récente visite du vice-président américain Joe Biden, d’un nouveau projet de colonisation à Jérusalem-Est, a ouvert une crise diplomatique entre les deux pays, traditionnellement proches alliés. Plusieurs membres de l’équipe Obama, dont Joe Biden, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le principal conseiller du président David Axelrod, ont critiqué en des termes très durs le projet de colonisation et le moment choisi pour l’annoncer.
"Des problèmes urgents"
L’AIPAC est considéré comme le plus puissant groupe d’influence pro-Israélien aux Etats-Unis. Il bénéficie de soutiens dans l’ensemble du spectre politique au Congrès. Dans son texte dimanche, il avertit que "l’escalade rhétorique de ces derniers jours" détourne "des problèmes urgents que sont la volonté de l’Iran de se doter d’armes nucléaires et la recherche de la paix entre Israël et l’ensemble de ses voisins arabes". En vue de tenter de limiter les dégâts, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a chargé une commission d’enquêter sur cette annonce, faite, affirme-t-il, sans qu’il soit au courant, et a présenté des excuses pour le moment choisi. Benjamin Netanyahu et Hillary Clinton doivent tous deux s’exprimer lors de la conférence annuelle de l’AIPAC, prévue du 21 au 23 mars.