La paix par le football

Pascal Boniface et Lilian Thuram, mardi 12 février 2008

Lorsque l’on sou­haite la paix au Moyen-​​Orient – ce qui est presque devenu une tra­dition du Nouvel An –, il convient de rester prudent. Tant d’espoirs se sont envolés, tant de négo­cia­tions ont échoué. Nous tenons cependant à for­muler un vœu pour le Moyen-​​Orient.

Un vœu qui, s’il n’amène pas la paix, pourra au moins être à l’origine de l’une des condi­tions de celle-​​ci : la bonne volonté. Israël et la Palestine devraient demander, et être auto­risés, à orga­niser conjoin­tement la Coupe du monde de football de 2018.

Le conflit israélo-​​palestinien dure depuis trop long­temps. La confé­rence de paix d’Annapolis a mis fin à un gel des négo­cia­tions de près de sept ans. Le pré­sident amé­ricain George W. Bush a demandé aux prin­cipaux pro­ta­go­nistes du conflit de par­venir à un accord avant la fin 2008. Rien n’interdit d’espérer qu’une paix juste et équi­table puisse sur­venir d’ici là. Il n’existe aucune malé­diction qui empê­cherait les Israé­liens et les Pales­ti­niens de vivre en paix les uns à côté des autres. Là où il y a une volonté, il y a un chemin.

Mais les négo­cia­tions poli­tiques ne suf­fisent pas à entre­tenir la volonté d’instaurer une paix durable. Israé­liens et Pales­ti­niens doivent trouver un vecteur de soli­darité s’ils sou­haitent un jour régler leurs désac­cords les plus impor­tants et empêcher leurs petites diver­gences de dégé­nérer en violences.

Le football ne peut résoudre les pro­blèmes stra­té­giques les plus graves de la région, mais il peut apporter sa contri­bution. Le football mobilise les énergies et fédère les enthou­siasmes. Après la Coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud – un pays où la paix s’est enra­cinée – et avant celle de 2014 au Brésil, il faudra choisir le pays qui accueillera l’édition de 2018. Si un accord de paix était conclu avant ce choix, la coor­ga­ni­sation de la Coupe du monde de 2018 par Israël et la Palestine consti­tuerait une occasion for­mi­dable de soli­difier les acquis des deux côtés. Les inves­tis­se­ments en infra­struc­tures vien­draient ensuite.

La coor­ga­ni­sation de la Coupe du monde de 2018 sur le ter­ri­toire où ces deux peuples étaient autrefois en guerre serait un puissant symbole du sport au service de la paix. À vrai dire, la pers­pective de voir la Coupe du monde de football se dérouler chez eux pourrait même constituer une inci­tation sup­plé­men­taire pour les Israé­liens et les Pales­ti­niens à trouver une solution. Ima­ginons qu’ils pour­raient alors tra­vailler main dans la main pour orga­niser conjoin­tement le plus grand événement sportif de la planète.