La nouvelle donne régionale oblige les Palestiniens à s’unir, estime Mechaal

L’Orient le Jour, dimanche 27 novembre 2011

Israël met en garde contre la réconciliation Fateh-​​Hamas et espère son échec.

La nou­velle donne régionale et inter­na­tionale n’offre d’autre choix aux mou­ve­ments pales­ti­niens rivaux que de marcher ensemble, estime le chef du Hamas, Khaled Mechaal. « Il n’y a pas d’autre voie que de nous entendre, d’autant plus que nous sommes en plein prin­temps arabe et que les vents du chan­gement soufflent sur la région. La région se pré­occupe d’elle-même », a déclaré M. Mechaal, au Caire, après l’annonce d’un « par­te­nariat » avec le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas pour par­achever la récon­ci­liation nationale. « L’expérience cui­sante avec (le Premier ministre israélien Ben­jamin) Neta­nyahu et sa clique extré­miste, l’incapacité de la com­mu­nauté inter­na­tionale à nous rendre justice, le parti pris pro-​​israélien mani­feste de l’administration amé­ri­caine, acca­parée par l’élection pré­si­den­tielle, tout cela nous oblige à activer la récon­ci­liation », a énuméré le chef en exil du Hamas, basé à Damas. « Tout peuple a le droit de lutter contre l’occupation de toutes les manières, par les armes ou autrement. Mais dans la période actuelle, nous voulons coopérer avec la résis­tance popu­laire paci­fique », a expliqué M. Mechaal. « Nous croyons à la résis­tance armée, mais la résis­tance popu­laire est un pro­gramme commun à tous les mou­ve­ments », a-​​t-​​il sou­ligné, sans lever l’ambiguïté sur la pour­suite des opé­ra­tions contre Israël, géné­ra­lement lancées par des groupes armés dis­tincts du Hamas.

« Nous voulons nous entendre sur une stra­tégie pales­ti­nienne véri­table, réparer notre maison pales­ti­nienne et tra­vailler ensemble dans un esprit de par­te­nariat et sur la base d’un par­te­nariat avec le Fateh et toutes les forces » poli­tiques, a assuré le leader du mou­vement isla­miste. Il a insisté sur l’atmosphère constructive de ses dis­cus­sions avec le pré­sident Abbas. « C’est un jour important et j’espère que nous assis­terons dans les pro­chains jours au même niveau de res­pon­sa­bilité, en termes de clarté, de trans­pa­rence et de sérieux », a-​​t-​​il sou­haité. « J’ai donné ins­truction aux diri­geants du Hamas, à l’intérieur et à l’extérieur (des ter­ri­toires pales­ti­niens), d’adopter un dis­cours poli­tique et média­tique qui ne contre­vienne pas à l’esprit positif qui a prévalu », a-​​t-​​il précisé. « Je leur ai demandé de prendre des mesures pra­tiques et posi­tives pour donner corps à cet accord », a-​​t-​​il insisté, sans autre pré­cision, dans une pos­sible allusion aux propos ou actions de cer­tains hauts cadres du Hamas à Gaza.

De son côté, le Premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a salué la ren­contre entre MM. Mechaal et Abbas. Dans son dis­cours heb­do­ma­daire à Gaza, M. Haniyeh a évoqué hier la récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne et les condi­tions néces­saires pour le Hamas à sa réa­li­sation. « Il faut d’abord tenir face aux menaces américano-​​israéliennes, et ne pas s’y sou­mettre. Ensuite, il est néces­saire d’appliquer sin­cè­rement et véri­ta­blement la récon­ci­liation » à Gaza comme en Cis­jor­danie, a plaidé M. Haniyeh, en appelant à « la libé­ration de tous les pri­son­niers poli­tiques », détenus res­pec­ti­vement par chacun des deux mou­ve­ments. M. Haniyeh a également réclamé « le soutien financier du monde arabo-​​islamique comme alter­native aux menaces américano-​​sionistes de couper les aides ».

Pour sa part, Israël a menacé de pour­suivre le gel des fonds dus à l’Autorité pales­ti­nienne, tout en exprimant des doutes sur la concré­ti­sation de l’accord inter­pa­les­tinien. « Si les Pales­ti­niens avaient signé un accord sur un gou­ver­nement d’union (entre les mou­ve­ments rivaux Fateh et Hamas), cela aurait rendu un transfert de fonds impos­sible », a déclaré hier un haut res­pon­sable gou­ver­ne­mental israélien sous le couvert de l’anonymat. Ce constat s’est accom­pagné d’une mise en garde sans ambi­guïté du ministre du Déve­lop­pement régional, Sylvan Shalom, sup­pléant du Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu, qui a estimé que le sommet inter­pa­les­tinien du Caire « constitue un déve­lop­pement négatif et dan­gereux ». « Nous allons demander à la com­mu­nauté inter­na­tionale de ne pas parler à un gou­ver­nement dont le Hamas serait une com­po­sante essen­tielle alors que cette orga­ni­sation ter­ro­riste continue de prôner la des­truction d’Israël », a affirmé M. Shalom dans une interview à la radio mili­taire. Les médias israé­liens, citant des sources gou­ver­ne­men­tales, affirment qu’un cabinet res­treint israélien, convoqué tard jeudi soir par M. Neta­nyahu, a opté pour l’heure contre un dégel des fonds qui sont indis­pen­sables au bon fonc­tion­nement de l’Autorité palestinienne.