La nouvelle Egypte prête à se réconcilier avec l’Iran

Georges Malbrunot l, samedi 9 avril 2011

L’information est passée inaperçue. Pourtant, elle est d’importance. Le nouveau ministre égyptien des Affaires étran­gères, Nabil al-​​Arabi, vient d’annoncer que son pays était prêt à ouvrir « une nou­velle page » avec l’Iran.

C’est le premier chan­gement notable de la diplo­matie égyp­tienne, depuis la chute du régime d’Hosni Mou­barak, farou­chement hostile à Téhéran et à l’expansionnisme chiite dans les pays arabes sunnites.

L’Iran avait rompu ses rela­tions diplo­ma­tiques avec l’Egypte en 1980, après la révo­lution isla­mique, pour pro­tester contre la recon­nais­sance d’Israël par Le Caire, un an aupa­ravant. Depuis, les rela­tions entre les deux pays étaient exé­crables, Téhéran allant jusqu’à bap­tiser une rue de la capitale ira­nienne du nom de l’assassin du raïs égyptien, Anouar el-​​Sadate.

Le Caire veut désormais être « ami avec tout le monde, y compris l’Iran », a sou­ligné M. Al-​​Arabi en recevant le chargé d’affaires iranien en Egypte. Cette ouverture va mécon­tenter les Etats-​​Unis et Israël, mais elle marque une nou­velle ère dans la diplo­matie égyptienne.

A l’image de la Turquie, l’Egypte va chercher à pra­tiquer une poli­tique de « zéro pro­blème » avec ses voisins. En moins de deux mois, plu­sieurs signaux en ont déjà été plus ou moins dis­crè­tement donnés.

Il y a eu tout d’abord la visite secrète en Syrie du nouveau patron des ser­vices de ren­sei­gne­ments égyp­tiens, le général Mourad Mawafi. Depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, en 2005 à Bey­routh, l’Egypte entre­tenait des rela­tions aigres-​​douces avec Damas.

Ce fut ensuite l’autorisation donnée à plu­sieurs leaders du mou­vement isla­miste pales­tinien Hamas pour se rendre à Damas via Le Caire, et ce pour la pre­mière fois depuis de nom­breux mois. Il y eut enfin l’aval donné aux navires de guerre ira­niens pour qu’ils puissent franchir le canal de Suez pour se rendre à Lat­ta­quieh en Syrie. Un geste que les Etats-​​Unis et Israël ont regretté.

Certes, il convient d’attendre pour tirer des conclu­sions défi­ni­tives sur le nouveau tour que pourrait prendre la diplo­matie égyp­tienne, mais quelques ensei­gne­ments peuvent d’ores et déjà être tirés de ces initiatives.

Au moment où les monar­chies du Golfe – l’Arabie saoudite en par­ti­culier – campent sur leur hos­tilité à l’égard de l’Iran, le geste égyptien tranche avec éclat. Il pourrait s’étendre au Hez­bollah libanais, que l’Egypte de Mou­barak stig­ma­tisait. Bref, la nou­velle Egypte ne semble plus vouloir entendre parler de « l’axe du mal » qui relierait Damas-​​Téhéran à Gaza en passant par la ban­lieue sud de Bey­routh, fief du Hez­bollah chiite libanais. Tout en restant engagé par le traité de paix signé avec son voisin israélien, Le Caire veut adopter une poli­tique régionale empreinte de pragmatisme.

Ce virage est de nature à réduire la division béante qui menace l’unité du monde arabo-​​musulman à travers la « fitna » chiite-​​sunnite. Mais cela ne va pas plaire aux Occi­dentaux, qui ont applaudi, il y a deux mois à peine, à l’avènement de la démo­cratie en Egypte.