"La mise en examen de George W. Bush pour meurtre" : Le livre qu’ils n’arrivent pas à cacher.

Michael Collins, jeudi 28 août 2008

Vincent Bugliosi veut voir George W. Bush mis en examen pour meurtre. D’autres sont com­plices du crime, notamment le vice-​​président et Condo­leezza Rice, mais Bush est la cible prin­cipale de ce célèbre pro­cureur de Los Angeles (affaire Charles Manson) et auteur à succès (Helter Skelter et The Betrayal of America, par exemple). Sa déter­mi­nation reste intacte devant le silence quasi total des grands médias. C’est direc­tement auprès du public et via les médias alter­natifs et l’internet qu’il se bat.

Le procureur et le président

Bugliosi pré­sente un dossier dévas­tateur dans son livre « The Pro­se­cution of George W. Bush for Murder (la mise en examen de George W. Bush pour meurtre - ndt) ». Alors que j’écris ces lignes, j’ai encore du mal à me remettre du choc res­senti à la lecture du titre et du nom de l’auteur. Pro­cureur légen­daire avec un passé presque parfait dans de grandes affaires cri­mi­nelles, Bugliosi déve­loppe une des idées les plus révo­lu­tion­naires qu’on puisse ima­giner dans le contexte présent où la pensée poli­tique est devenue quasi-​​nulle. Mais parlons du livre et exa­minons le rai­son­nement du procureur.

Dés les premières lignes, il aborde la question du titre choc. On peut lire :

« le livre que vous avez entre les mains traite de ce que je crois être le crime le plus grave jamais commis dans l’histoire des Etats-​​Unis – le pré­sident de la nation, George W. Bush, en toute connais­sance de cause et déli­bé­rément, a entrainé le pays dans une guerre en Irak sous de pré­textes fal­la­cieux, une guerre qui a condamné plus de 100.000 per­sonnes, dont 4000 soldats état­su­niens, à une mort hor­rible et violente. »

Le pré­sident a « en toute connais­sance de cause et déli­bé­rément » pro­voqué la mort de soldats US et de civils Ira­kiens et cela s’appelle un meurtre, c’est aussi simple que ça. Il ne s’agit pas d’une situation hypo­thé­tique qui pourrait se pro­duire sous une juri­diction d’exception. Lorsque le pré­sident quittera ses fonc­tions, il sera soumis aux mêmes lois que tout un chacun. Bugliosi explique la pos­si­bilité d’une mise en examen de George W. Bush par un pro­cureur de dis­trict ou d’état dans n’importe quelle juri­diction où quelqu’un aurait perdu la vie dans la guerre en Irak. Les pro­cu­reurs fédéraux ont aussi cette pos­si­bilité. L’analyse détaillée de cet aspect repré­sente la meilleure partie du livre avec ses notes et ses réfé­rences diverses.

Dans le premier cha­pitre, « Ouvrir les yeux », Bugliosi explique comment il est arrivé à cette conclusion et encourage le lecteur à faire de même. Il attribue son très grand succés en tant que pro­cureur et auteur à sa capacité de « voir ce que j’ai en face de moi sans me laisser influencer par les habits (ou la répu­tation, ou les rumeurs, etc) que d’autres ont enfilés. »

Après cet appel à garder l’esprit ouvert, l’auteur offre à ses lec­teurs une série de cita­tions de Bush, Cheney, Rice et autres. Avant l’invasion, ces décla­ra­tions ont eu le pouvoir de faire bas­culer l’opinion publique en faveur de la guerre. Comment pouvons-​​nous tolérer un dic­tature, demanda Bush, qui « menace le monde avec des maladies et des poisons hor­ribles, avec des armes chi­miques et ato­miques » ? L’Irak pos­sédait des « appa­reils volants sans pilotes » et « cher­chait à les uti­liser contre les Etats-​​Unis ». Ces décla­ra­tions, et d’autres, étaient non seulement tota­lement fausses, mais en plus il le savait, sans aucun doute.

Après les deux pre­miers cha­pitres, méti­cu­leu­sement construits, le pro­cureur, connu pour ses plai­doyers de plu­sieurs cen­taines d’heures devant un jury, a préparé le lecteur à admettre la rece­va­bilité de ses accu­sa­tions. Ensuite il ouvre une paren­thèse, avant d’en arriver au fait, pour nous rap­peler le coût de ces men­songes. Plus de cent mille per­sonnes sont mortes dans une guerre basée sur les men­songes déli­bérées du président.

Ce ne sont pas n’importe quelles morts, nous dit-​​il. Nous sommes en pré­sence du meurtre d’états-uniens jeunes, influen­çables, patrio­tiques qui se sont engagés dans l’armée pour toute une série de raisons hono­rables. Un même lien les unit, une loyauté envers leur pays pour lequel ils étaient prêts à mourir dans une guerre. Bugliosi n’oublie pas les civils ira­kiens morts dans le chaos pro­voqué par l’invasion de Bush, mais précise qu’il n’a trouvé aucune loi qui per­mette une mise en accu­sation pour ces morts là.

Après les trois pre­miers cha­pitres, nous connaissons la tra­gédie qui demande que justice soit faite et nous sommes conscients de la déter­mi­nation de l’auteur à chercher à obtenir cette justice pour tous ceux qui sont tombés. Il est en colère devant ce crime et veut obtenir justice. Bugliosi est indif­férent devant le silence quasi-​​total des médias résultant de l’état comateux dans les­quels sont plongés les milieux diri­geants, état illustré par la censure cal­culée de tous les réseaux d’information et les pisse-​​copie de l’administration Bush au sein du New York Times et du Washington Post.

Bugliosi présente trois dates dans son dossier à charge :

Le 1er octobre 2002, Bush reçut un rapport rédigé par tous les ser­vices de ren­sei­gnement du pays. Le danger que repré­sentait l’Irak pour les Etats-​​Unis était résumé par cette simple phrase : « il n’y a pas d’indication de drones pouvant lancer des armes chi­miques, ni de ventes d’armes à Al Qaeda qui pour­raient être retournées contre nous, ni d’autres dangers immi­nents. Bagdad pour le moment ne semble pas disposé à mener des attaques ter­ro­ristes par des armes conven­tion­nelles ou chi­miques contre les Etats-​​Unis, par crainte de fournir aux Etats-​​Unis un pré­texte pour attaquer. L’Irak pourrait pro­ba­blement tenter des attaques clan­des­tines sur le sol des Etats-​​Unis si Bagdad crai­gnait qu’une attaque mettant en danger le régime était immi­nente ou inévi­table, ou pos­si­blement par ven­geance. De telles attaques – pro­ba­blement avec des armes bac­té­rio­lo­giques plutot que chi­miques – seraient pro­ba­blement menées par des forces spé­ciales ou des ser­vices de ren­sei­gnement ». NIE, 10/​2002 et (V. Bugliosi, pp. 104-​​105)

Le 4 octobre 2002, Bush pré­senta au Congrès une version mani­pulée du rapport, appelé le Rapport Blanc (White Paper). Il avait retiré l’information essen­tielle, à savoir que l’Irak n’était consi­dérée comme un danger imminent que si la survie du régime était menacée par une attaque US. Les « juge­ments » et autres sup­po­si­tions avaient été trans­formés en affir­ma­tions afin de faire passer le rapport pour un aval des ser­vices de ren­sei­gne­ments pour passer à l’attaque.

En fait, le rapport pré­senté au Congrès disait exac­tement le contraire que celui qui avait été rédigé par les ser­vices de ren­sei­gnement le 1er octobre. L’élément qui pouvait déclencher une menace ira­kienne était exac­tement ce que Bush se pro­posait de faire : lancer une attaque qui mena­cerait la survie du régime de Saddam Hussein. Plutôt que de penser à la sécurité du pays, en toute logique et selon les avis de ses propres ser­vices de ren­sei­gnement, Bush a risqué la sécurité de la nation tout en occultant des infor­ma­tions cruciales.

Le 7 octobre 2002, Bush s’exprima devant un public à Cin­cinnati, Ohio, et affirma que Saddam Hussein repré­sentait un danger pour les Etats-​​Unis avec ses « drones volants » équipés d’armes de des­truction massive « visant des objectifs aux Etats-​​Unis ».

Il s’agit d’éléments impor­tants. Sans ambi­guité. Bush savait que l’Irak ne repré­sentait pas une menace pour le pays, mais a pré­tendu le contraire pour obtenir un soutien à sa guerre. Tout ceci ne repré­sente qu’une petite partie des argu­ments qui sont pré­sentés dans ce livre d’une manière déter­minée, com­plète et pre­nante et où Vincent Bugliosi tient ses promesses.

Il pré­sente un dossier acca­blant contre George W. Bush, explique les bases juri­diques qui ren­draient une mise en examen pos­sible, et explique que cette mise en examen du pré­sident était un élément fon­da­mental pour res­taurer le prestige de cette « grande nation » que sont les Etats-​​Unis.

Mais la mise en examen aurait des réper­cus­sions plus larges, si elle devait avoir lieu.

Le procès et la condam­nation de George W. Bush pour meurtre serait un événement d’une impor­tante gigan­tesque, mais ne serait encore rien devant la juris­pru­dence que cela repré­sen­terait. Les pré­si­dents ne pour­raient plus jouer avec les vies des soldats et des civils dans des guerres autres que celles qui seraient spé­ci­fi­quement menées dans le cadre de la défense nationale ou en riposte à un danger imminent pour le pays.

Bien que le pré­sident ait plu­sieurs fois changé de version dans ses jus­ti­fi­ca­tions d’une invasion, son déclen­chement et l’occupation n’avaient pas grand-​​chose à voir avec la sécurité des Etats-​​Unis. Comme Bugliosi l’a dit lors d’une interview avec l’auteur de ces lignes, plus de 4000 soldats sont morts « pas dans votre guerre, pas dans ma guerre ni dans celle des Etats-​​Unis, mais dans la guerre de Bush ». Toutes les expli­ca­tions offertes par Bush ont été rejetés par tous sauf par les auteurs du crime et aucune des moti­va­tions finan­cières ou poli­tiques avancées par d’autres ne sont accep­tables devant les morts et les des­truc­tions provoquées.

Si un procès devait se tenir, et l’accusé condamné, tout futur pré­sident devra réfléchir à deux fois avant de servir des propres intérêts ou ceux de ses finan­ciers et de quelques autres heureux élus, peu importe leurs pro­messes ou leurs cadeaux. Le pré­sident et ses conseilleurs prin­cipaux seraient res­pon­sables du droit fon­da­mental de chaque individu, évident pour nous mais pas pour eux, de ne pas risquer sa vie au nom des desi­derata égoïstes, poli­tiques ou finan­ciers du pré­sident. Les pré­si­dents ne pour­raient plus couvrir le péché de meurtre avec pré­mé­di­tation en le drapant d’une fiction sur les pertes néces­saires au nom d’un intérêt national supé­rieur. Les véri­tables fon­de­ments d’une décision pré­si­den­tielle seraient publics et soumis à l’examen du peuple via leurs pro­cu­reurs locaux.

L’éternel conflit entre les droits indi­vi­duels et les droits col­lectifs serait résolu aussi. Dans l’impossibilité de recourir à des guerres inutiles, le chef de l’exécutif agirait dans l’intérêt de chaque citoyen et l’industrie mili­taire sur­di­men­sionnée serait réduite au minimum au lieu de servir d’outil à une pré­sence impé­ria­liste partout dans le monde. La diplo­matie ser­virait les intérêts communs, et se sub­sti­tuerait à la force imposée sur les états plus faibles. Et ceci ne concer­nerait pas que les grandes guerres.

Depuis la deuxième guerre mon­diale, Les Etats-​​Unis ont effectué plus de 40 inter­ven­tions mili­taires. Alors à moins que le pré­sident puisse être certain qu’aucun soldat ne mourrait, il serait bien avisé de trouver une jus­ti­fi­cation solide pour engager toute opé­ration mili­taire afin de ne pas se retrouver inculpé et risquer une peine sévère [ndt - lors d’une interview filmé du pro­cureur, celui-​​ci parle ouver­tement de "peine de mort" ou "prison à vie" - NDT]. Le pré­sident aurait aussi devant lui l’exemple d’un vice-​​président qui s’est livré à des men­songes inces­sants sur les jus­ti­fi­ca­tions d’une guerre.

La Défense Nationale était cruel­lement défaillante le jour du 11 Sep­tembre, malgré l’incroyable puis­sance mili­taire déployée dans le monde. L’administration a réussi à s’exempter d’avoir des comptes à rendre devant les tri­bunaux inter­na­tionaux, alors qu’il existe une pos­si­bilité de pour­suites à l’intérieur du pays, sou­ligne Bugliosi. La menace est donc plus sérieuse et concrète pour tous ces diri­geants qui jouent avec la vie de leurs conci­toyens juste pour servir quelques intérêts finan­ciers qui refusent toute véri­table concur­rence sur leur terrain.