La médiation égyptienne pour une trêve à Gaza

Wahid Abdel-​​Méguid, jeudi 3 juillet 2008

Fatah et Hamas, les deux clans pales­ti­niens anta­go­nistes se sont sur­passés dans la fabri­cation de l’illusion et dans sa pro­pa­gation. L’un au nom des négo­cia­tions et l’autre au nom de la résistance.

La trêve que l’Egypte a réussi à conclure entre Israël et le Hamas a ouvert la porte à l’arrangement d’un dia­logue national pales­tinien. Ce dernier pourrait à son tour ouvrir la porte à un chan­gement de l’équation palestino-​​israélienne et sauver la cause pales­ti­nienne qui, un jour, était la prin­cipale cause des Arabes.

Cette cause était au départ un conflit bila­téral. Par la suite, elle est devenue un conflit tri­partite. En effet, les Pales­ti­niens dont les terres et les droits ont été violés se sont divisés en deux clans. Chaque clan accuse l’autre d’avoir violé la légi­timité. De l’autre côté, la partie usur­pa­trice et colo­ni­sa­trice, à savoir Israël, est désormais en position de force bien qu’elle appa­raisse plus faible qu’auparavant dans la balance régionale.

Les deux clans pales­ti­niens en conflit sont depuis plus d’un an dans un match nul bien que chacun d’eux sache par­fai­tement qu’il ne peut faire flancher l’autre. De plus, l’un des deux clans est entré dans des négo­cia­tions impro­visées avec Israël. Des négo­cia­tions qui ne sont régies par aucune règle ni ne sont basées sur les pré­cé­dentes négo­cia­tions. Ce clan a pré­tendu pendant des mois qu’il négo­ciait sérieu­sement avant de réa­liser, un peu tard, que la pro­messe de George Bush sur l’Etat pales­tinien n’était qu’un leurre. Il n’avait pas besoin de tout ce temps pour réa­liser cela, car l’Administration amé­ri­caine qui a pré­senté l’idée de deux Etats pour deux peuples ne possède aucun crédit lui per­mettant d’être prise au sérieux.

Quant à l’autre clan, à savoir le Hamas, il a continué à adopter son dis­cours défa­vo­rable sans entre­prendre d’action de résis­tance. En fait, cette résis­tance se limite au lan­cement de mis­siles pri­mitifs sur le sud d’Israël. Par la suite, il a utilisé cette « résis­tance » comme moyen de pression pour réa­liser la trêve. Il a ainsi réalisé une pre­mière dans l’histoire de la lutte pour la libé­ration nationale qui peut être sim­plifiée dans un emblème implicite : « Nous conti­nuerons la résis­tance si vous n’acceptez pas la trêve (ou plutôt l’accalmie) ». C’est ainsi que la résis­tance est devenue pour la pre­mière fois dans l’histoire pales­ti­nienne un moyen de par­venir à la trêve et non seulement à la libération.

C’est ainsi que les deux clans pales­ti­niens anta­go­nistes se sont sur­passés dans la fabri­cation de l’illusion et dans sa pro­pa­gation. L’un au nom des négo­cia­tions et l’autre au nom de la résistance.

Bien que tous les ponts aient été coupés entre les deux clans, l’Egypte a continué à les aider. En effet, chacun a campé sur ses posi­tions et s’est abstenu de prendre un seul pas dans la direction de l’autre, même si c’était pour sauver le peuple de Gaza étranglé par l’embargo imposé par Israël. Il est vrai que la réou­verture du passage de Rafah ne contribue que peu à alléger cet embargo, car tous les autres pas­sages se trouvent sous la domi­nation d’Israël. Cependant, les deux auto­rités de Gaza et de la Cis­jor­danie ont adopté une non­cha­lance éton­nante face à la souf­france de plus d’un million de Pales­ti­niens. Par consé­quent, il a été impos­sible de par­venir à une entente sur la manière de gérer ce passage jusqu’à ce qu’il devienne pos­sible de réap­pliquer l’accord de 2005 et de rouvrir le passage.

Cette entente n’est devenue pos­sible qu’à la lumière de l’accord d’accalmie qui encou­ragera les deux clans à agir de manière plus positive avec le mou­vement égyptien. En effet, l’entente entre les deux est indis­pen­sable pour rouvrir le passage et par consé­quent com­pléter les éléments de l’accord de la trêve.

Les chances de rétablir les ponts entre les deux clans sont aujourd’hui plus grandes. Chaque clan est entré, d’une cer­taine manière, dans l’étape de la dis­si­pation des illu­sions. L’autorité de la Cis­jor­danie est main­tenant prête, pour la pre­mière fois depuis la sépa­ration, à trouver une solution qui ne soit pas pré­cédée par l’annulation du ren­ver­sement opéré par le Hamas. Il semble aussi que cer­taines direc­tions du Hamas ont com­mencé à réa­liser qu’il était dif­ficile de pré­server cette situation sans pertes qui pour­raient être énormes pour leur mouvement.

C’est ainsi que chaque clan avance ses intérêts per­sonnels aux dépens des intérêts de la question pales­ti­nienne. Ce chan­gement donne une plus grande chance au mou­vement égyptien qui veut se lancer dans l’accord d’accalmie pour réa­liser des résultats pal­pables sur le plan du dia­logue interne que plu­sieurs média­tions ont échoué à faire bouger.

La majorité de ces média­tions étaient pales­ti­niennes. Elles émanaient d’autres fac­tions comme le Front popu­laire ou le Front démo­cra­tique, d’un groupe d’hommes d’affaires ou bien d’éléments modérés du Fatah et du Hamas à l’étranger. Sur le plan arabe, le Yémen a lancé une ini­tiative autour de laquelle les deux parties se sont divisées dans l’explicitation de la pre­mière clause. Cette clause invitait à rétablir la situation à Gaza d’avant le 14 juin 2007.

Il semble que les illu­sions com­mencent à se dis­siper dans les deux clans. Ce qui prédit des jours meilleurs où les obs­tacles seront moins impor­tants. En effet, les deux clans se sont engagés à mettre un terme à la guerre média­tique entre eux. Si ce dossier se ferme vraiment et si ce pas est suivi par la per­mission aux cadres et aux par­tisans des deux clans de revenir à l’action conjointe, ceci per­mettra peut-​​être l’amélioration du climat, la dis­si­pation du brouillard et l’instauration d’un minimum de confiance. Toutes ces mesures sont indis­pen­sables pour fixer l’accalmie à Gaza et l’étendre à la Cis­jor­danie dans six mois.

Partant, il est indis­pen­sable que le mou­vement égyptien avance dans la période à venir sur deux lignes paral­lèles, celle de l’accalmie et celle du dia­logue national. Alors que l’Egypte a réussi à réa­liser un progrès important sur la voie de l’accalmie, le dia­logue national demeure encore un projet naissant sur lequel il faut tra­vailler, car il repré­sente la der­nière chance pour sauver ce qui reste de la cause palestinienne.

L’accalmie qui est indis­pen­sable pour la pro­tection du peuple de Gaza peut ne pas être stra­té­gi­quement ren­table si elle n’est pas liée à la reprise du dia­logue. Ce dia­logue doit se baser sur une concorde et sur un nouveau projet national.