« La guerre n’est pas finie »

Entretien avec Gadi Algazi, jeudi 29 janvier 2009

Gadi Algazi, militant paci­fiste israélien sou­ligne que la per­sis­tance du blocus main­tient une situation d’agression.

Pro­fesseur d’histoire médiévale à l’Université de Tel-​​Aviv, Gadi Algazi a été en 1967 le premier refuznik [1]. Il milite pour la paix au sein de Tayyoush et a par­ticipé à la fon­dation de Tarabout [2]. Il répond à nos ques­tions sur l’état actuel de l’opinion publique et la mobi­li­sation des paci­fistes en Israël.

Est-​​ce que l’opinion publique israé­lienne, après l’avoir mas­si­vement sou­tenue, com­mence à réa­liser la catas­trophe qu’a été la guerre contre Gaza ?

Gadi Algazi. Non, pas encore. Les gens conti­nuent à croire ce que leur raconte le gou­ver­nement sur la grande vic­toire rem­portée contre le Hamas. C’est ce qu’affirment les médias à lon­gueur de journée et même les sio­nistes de gauche du Meretz ont adopté cette ligne. Quelqu’un comme David Grossman lui-​​même n’a com­mencé à dire la vérité sur ce qui s’est passé qu’il y a quatre jours.

Comment expliquer ce phé­nomène ? Est-​​ce le manque d’information dû à la censure ?

Gadi Algazi. Le manque d’information n’explique pas tout. Je crois qu’il y a surtout l’incapacité des gens à com­prendre que la guerre ne peut pas apporter la sécurité, même de manière temporaire.

Mais les résultats, le carnage, les des­truc­tions, le fait que le Hamas est tou­jours là ne rendent-​​ils pas évident que l’opération « plomb durci » est un échec ?

Gadi Algazi. Ce n’est pas aussi simple. Les gens ne per­çoivent pas les choses ainsi. D’abord, les buts de guerre étaient vagues. Pour le moment, le sen­timent général est qu’on a gagné. Les roquettes ne tombent plus sur Sdérot et on ne leur dit pas que le Hamas reste avec son potentiel de violence.

Y a-​​t-​​il des orga­ni­sa­tions qui demandent des comptes au gou­ver­nement sur les crimes de guerre ?

Gadi Algazi. Bien sûr. Mais celles qui demandent une enquête sont les mêmes [3] qui avaient organisé la pro­tes­tation pendant la guerre. Je rap­pelle qu’il y a eu jusqu’à 15 000 per­sonnes dans les manifs à Tel-​​Aviv - en majorité des juifs - et jusqu’à 30 000 à Sahnin - surtout des Pales­ti­niens d’Israël qui répon­daient à l’appel du Conseil supé­rieur de la popu­lation arabe d’Israël. C’est important, mais cela reste mino­ri­taire dans la société israélienne.

Le fait que des accu­sa­tions très graves sont portées contre l’armée israé­lienne, y compris par l’ONU, a-​​t-​​il des réper­cus­sions dans l’opinion ?

Gadi Algazi. Non, car la plupart des gens ne le savent pas. Et s’ils en entendent parler, ils ne prennent pas cela au sérieux : jusqu’ici les généraux israé­liens ont tou­jours échappé aux pour­suites. Olmert vient encore d’assurer que ce serait le cas cette fois-​​ci. La presse est passée direc­tement de la « vic­toire » à Gaza à la cam­pagne pour les élec­tions du 10 février. On s’attend à ce que la droite gagne. La droite offi­cielle de Neta­nyahu et Lie­berman ou la droite cachée de Livni et Barak.

La mobilisation va-​​t-​​elle continuer ?

Gadi Algazi. Bien sûr ! Pour nous, la guerre est loin d’être ter­minée. Elle continue aussi long­temps que le blocus contre Gaza reste en place. Nous allons le dire haut et fort la semaine pro­chaine lors d’une mani­fes­tation réunissant juifs et Pales­ti­niens d’Israël entre Tel-​​Aviv et Jaffa.

[1] Terme utilisé pour désigner les soldats qui refusent de faire leur service mili­taire dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés.

[2] Tayyoush (Ensemble) est un groupe de mili­tants juifs et arabes contre l’occupation et la colonisation.

[3] Notamment le Front démo­cra­tique (animé par le Parti com­mu­niste), la Coa­lition des femmes pour la paix, Gush Shalom, les Anar­chistes contre le mur, Tayyoush et Tarabout…