La guerre des tunnels de la peur

Une citoyenne palestinienne de 55 ans, Zina Laamour, est tombée en martyre jeudi, dans un bombardement israélien de sa localité, El Foukhari, située au sud-est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Ghaza.

Fares Chahine, El Watan, samedi 7 mai 2016

C’est la seule victime signalée au cours de l’escalade militaire israélienne lancée depuis la soirée de mardi, lorsque des résistants palestiniens ont ciblé, avec des obus de mortier, une force israélienne ayant pénétré, 200 mètres environ, dans le territoire palestinien.

Cette force avait pour mission de rechercher d’éventuels tunnels d’assaut, creusés par la résistance palestinienne, sous la frontière avec l’Etat hébreu.

Ces recherches ont été activées depuis le 18 avril avec la découverte d’un tunnel traversant la frontière et menant vers le territoire israélien. L’armée israélienne a commencé une série de bombardements contre des positions des brigades Ezzeddine El Qassam, branche armée du mouvement Hamas, qui contrôle en solo la bande de Ghaza depuis l’été 2007, ainsi que des positions des Sarayas El Qods, la branche armée du Djihad islamique, la deuxième plus importante force militaire après celle du Hamas dans la bande de Ghaza, ainsi que des terrains vagues. Les frappes ont été concentrées sur la région frontalière, particulièrement au sud de l’enclave palestinienne.

Ainsi l’aéroport de Rafah, ou ce qui en reste puisqu’il a déjà été détruit par des bombardements israéliens par le passé, et les régions situées à l’est de Khan Younès ont été les plus touchés par les frappes des avions de chasse de type F16 et des chars Merkava positionnés près de la frontière. Les résistants palestiniens, qui ne pas souhaitent une nouvelle confrontation ouverte avec l’armée israélienne, ont riposté par des tirs d’obus de mortiers ou avec des armes légères, ce qui n’a provoqué aucune victime côté israélien.

D’ailleurs, au cours du prêche de vendredi, dans une mosquée de Deir El Balah, au centre de l’enclave palestinienne, Ismaïl Haniye, premier responsable du Hamas dans la bande de Ghaza, a déclaré : « Nous n’appelons pas à une nouvelle guerre à Ghaza, mais nous ne permettrons pas la poursuite des incursions israéliennes et l’imposition de nouvelles réalités sur le terrain. » Et d’ajouter que son mouvement a établi des contacts avec le Qatar, l’Egypte et la Turquie, ainsi qu’avec l’envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, Nikolaï Mladinov, pour que cesse l’escalade israélienne.

Le dirigeant Hamsaoui a souligné que ces incursions violent les accords de la trêve conclue au Caire après la guerre de l’été 2014. Cette escalade laisse planer le spectre d’une nouvelle agression d’envergure contre la bande de Ghaza, qui ne s’est pas encore remise des conséquences de la guerre de 2014, au cours de laquelle plus de 2200 citoyens avaient été tués, plus de 11 000 autres blessés et des dizaines de milliers avaient perdu leurs maisons dont ils attendent toujours la reconstruction.

Les tunnels de la résistance, le nouveau cauchemar des israéliens

Israël fait des recherches continues financées à coups de millions de dollars pour trouver une solution technique au problème des tunnels d’attaque, comme les décrivent les Israéliens eux-mêmes. Ces tunnels, creusés sous la frontière débouchant dans l’Etat hébreu, avaient permis aux brigades Ezzeddine El Qassam de mener des attaques derrière les lignes ennemies au cours de la guerre de l’été 2014 et de tuer un certain nombre de soldats israéliens ou d’en faire des prisonniers.

Ce genre de tunnels, véritable spécialité des résistants de la bande de Ghaza, sont devenus une source de peur constante, surtout chez les Israéliens résidant non loin de la frontière avec l’enclave palestinienne. Selon des sources médiatiques israélienne, l’armée et les services sécuritaires ont souvent reçu des plaintes de citoyens israéliens qui « dès la tombée de la nuit, croient entendre des bruits émanants de leurs sous-sol et craignent que ce soient des résistants palestiniens en train de creuser des tunnels sous leurs maisons pour en sortir afin de les tuer ou les enlever ».

Ces craintes sont exacerbées par les découvertes de ces tunnels qui s’avèrent être une réalité. Un deuxième tunnel, après celui du 18 avril, a été découvert, jeudi, dans le sud de la bande de Ghaza où se concentrent les opérations militaires israéliennes actuelles. Ces tunnels, qui représentent une menace stratégique pour les Israéliens et les poussent à faire des efforts colossaux dans la recherche technologique ou dans le domaine militaire, demandent des efforts et un financement important, particulièrement au mouvement Hamas, le maître absolu de la bande de Ghaza. Pour cela, il est prêt à supporter une nouvelle guerre plutôt que de permettre aux Israéliens de les découvrir et les démolir.