La grande prison

Al-​​Ahram, mercredi 14 juillet 2010

« Le mur est l’une des manifestations les plus laides de la colonisation »

Les jours se suivent et se res­semblent, dit-​​on. Pour la question pales­ti­nienne et l’aspect inhumain que réservent les Israé­liens à la popu­lation en Cis­jor­danie et Gaza, les faits se res­semblent certes, mais gagnent en ampleur jour après jour.

Il suffit de relever les plus récentes infor­ma­tions pour s’en rendre compte. L’allégement du blocus de Gaza n’est qu’une for­malité, juste des paroles pour tenter d’apaiser la tempête née de l’affaire de la flot­tille. Pour la Cis­jor­danie et Jérusalem-​​Est, la pour­suite de la colo­ni­sation est un fait en dépit du mora­toire, tou­jours d’ailleurs pas réel, une fiction en quelque sorte, puisqu’il main­tient le principe même de la colo­ni­sation qui est en lui-​​même illégal.

Un des der­niers exemples est celui d’un village, Al-​​Walajah, dans le sud de la Cis­jor­danie promis à l’encerclement total par le mur israélien. Un des pro­prié­taires pales­ti­niens cités, Omar Hajaj, montre le futur tracé de la bar­rière qui trans­formera sa maison en « cage de zoo ». Il ne s’agit pas d’image, mais une des réa­lités des com­por­te­ments israé­liens et de l’idéologie sio­niste, surtout l’extrême droite pour laquelle il fau­drait soit se débar­rasser des Pales­ti­niens soit les enfermer dans des sortes de ban­toustans. Les travaux sur cette partie inachevée de la bar­rière israé­lienne ont repris en avril après plu­sieurs années d’interruption.

Hajaj raconte qu’il a reçu un appel des minis­tères de l’Intérieur et de la Défense pour leur fixer un rendez-​​vous chez lui. Le jour même, Hajaj, dont la ter­rasse offre une vue unique sur Jéru­salem et le quartier de colo­ni­sation de Gilo, a été informé qu’il y aurait une bar­rière élec­tro­nique de 15 mètres de long et 5 mètres de haut entre le mur et sa maison qui se situera du côté « israélien », coupée du village. « Ils lui ont dit qu’on auto­risera les visites de famille et des amis, mais qu’il devrait répondre d’eux. Il y aura deux portes pour sortir, mais elles ne devront jamais être ouvertes en même temps ». Le témoi­gnage recueilli par l’AFP fait penser plutôt à un film sur le tota­li­ta­risme qu’à un fait réel.

Mais c’est la réalité pure et dure de la men­talité colo­niale israé­lienne que rien ne semble pouvoir arrêter. La bar­rière sépare les vivants, mais aussi les morts. Ahmad Saleh Bar­ghouth, agri­culteur sexa­gé­naire, attend le 25 juillet une décision de la justice israé­lienne sur son recours pour que la bar­rière contourne la partie de son verger où reposent ses parents et sa grand-​​mère. Al-​​Walajah se targue d’abriter le plus vieil olivier de Palestine, un arbre noueux de 5 000 à 7 000 ans. Mais la pers­pective de la construction du mur menace l’existence même de la localité. « Le mur est l’une des mani­fes­ta­tions les plus laides de la colo­ni­sation », a affirmé le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien Saëb Erakat dans un com­mu­niqué publié à l’occasion de l’anniversaire de l’avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice (CIJ) du 9 juillet 2004, jugeant sa construction illégale et exi­geant son déman­tè­lement. Mais Israël lui défie toutes les formes de justice et il conti­nuera de le faire face aux molles réac­tions de l’Occident.