La deuxième intifada, ou l’histoire d’un piège

Denis Sieffert, vendredi 13 juillet 2012

Ramzy Baroud recons­titue les faits qui ont conduit au sou­lè­vement pales­tinien entre 2000 et 2005.

Jour­na­liste et écrivain américano-​​palestinien, né à Gaza, Ramzy Baroud nous propose une chro­nique serrée de la deuxième intifada pales­ti­nienne, ce sou­lè­vement popu­laire qui a éclaté en sep­tembre 2000, et dont on peut situer le terme à l’automne 2005. À ceux qui contes­te­raient une fois encore la cen­tralité de ce conflit, l’auteur répond qu’« aucune autre lutte nationale dans le monde n’est par­venue à sym­bo­liser autant de choses pour autant de per­sonnes différentes ».

Le conflit israélo-​​palestinien n’est pas un conflit régional. Sa sym­bo­lique tra­verse tout le monde arabe, et empoi­sonne les rap­ports Nord-​​Sud. Comme le rap­pelle Ramzy Baroud, on peut parier que la résis­tance pales­ti­nienne « se pour­suivra aussi long­temps que les cir­cons­tances qui ont contribué à son appa­rition res­teront en place ». L’auteur combat donc l’illusion selon laquelle le conflit pourrait s’éteindre par une sorte d’obsolescence natu­relle. Mais l’ouvrage vaut surtout par un retour rigoureux sur les événe­ments qui ont pro­voqué la deuxième intifada. L’étincelle, on s’en sou­vient, c’est évidemment la visite d’Ariel Sharon « accom­pagné de mille soldats et poli­ciers » sur l’esplanade des Mos­quées, le 28 sep­tembre 2000. Plus pro­fon­dément, c’est l’échec du fameux huis clos de Camp David, et le condi­tion­nement inter­na­tional qui s’ensuivit avec le « mythe de l’offre géné­reuse » d’Ehoud Barak, qu’Arafat aurait rejetée.

Si l’offre n’a jamais existé, le dis­cours, lui, a contribué à isoler les Pales­ti­niens et à pré­parer la répression qui allait bientôt s’abattre sur eux. Ramzy Baroud montre ici la logique qui conduit à ce qu’on a appelé « la mili­ta­ri­sation de l’intifada ». Elle s’appelle désespoir quand le contexte inter­na­tional amalgame toutes les causes, quand le mas­sacre des Tchét­chènes est jus­tifié, parce que Ben Laden s’est attaqué aux tours géantes de New York. On com­prend alors pourquoi, « petit à petit », les Tchét­chènes « ont perdu tout espoir », et comment « cela s’est traduit dans les tac­tiques de résis­tances adoptées ».

Comment, en bref, la « guerre au ter­ro­risme » engendre le ter­ro­risme. Le rai­son­nement vaut pour cer­tains cou­rants de la résis­tance pales­ti­nienne. Dans sa préface, Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplo­ma­tique, démonte lui aussi cette logique : « Malgré l’acceptation de toutes les exi­gences israé­liennes concernant la sécurité […] Israël avait non seulement continué à confisquer des terres mais fait échouer le sommet de Camp David. » Les issues étaient ver­rouillées. Il ne restait plus qu’à accuser les colo­nisés d’être res­pon­sables du conflit. L’ouvrage de Ramzy Baroud est enrichi par des photos signées Joss Dray. Fidèle à sa conception, la pho­to­graphe choisit de nous montrer la vio­lence colo­niale, et la vie quo­ti­dienne d’un peuple condamné à vivre dans les ruines de son propre pays.