La dernière étape tragi-​​comique d’Oslo

Mustafa Barghouthi, jeudi 4 septembre 2008

Qui­conque a suivi les pour­parlers d’Annapolis ne sera pas surpris par le contenu du nouveau projet d’Olmert. Il cherche à graver dans le marbre la stra­tégie à deux fronts qu’Israël poursuit depuis Oslo : diviser et remettre à plus tard les ques­tions sur le statut final jusqu’à ce que le temps et les faits accomplis les rendent super­flues, et pré­texter la sécurité pour refuser de tenir ses engagements.

Toute mention à la sécurité se réfère exclu­si­vement à la sécurité d’Israël, l’idée étant de for­ma­liser le principe par­ti­culier voulant que ceux qui sont sous occu­pation soient res­pon­sables de la sécurité de leurs occupants.

La pro­po­sition d’Olmert est un accord étagère. Il pourrait prendre effet immé­dia­tement sans rien coûter à Israël, même pas l’arrêt de l’expansion de la colo­ni­sation. L’Autorité Pales­ti­nienne, pendant ce temps, devrait prouver deux choses : qu’elle est un policier com­pétent agissant par pro­cu­ration pour l’occupation et qu’elle peut reprendre le contrôle de Gaza. Si elle ne peut pas le prouver, l’accord étagère restera sur l’étagère et Israël aura tué deux oiseaux avec une seule pierre. Il aura différé, une fois encore, les ques­tions cen­trales, gagné du temps pour construire davantage de colonies, et il pourra porter le blâme sur les Pales­ti­niens pour ne pas avoir encenser l’accord et réa­liser la paix que le gou­ver­nement israélien prétend désirer.

Selon un hadith pro­phé­tique, "le croyant ne se fait pas piquer deux fois par un même terrier". Après 15 ans d’expérience de l’Accord d’Oslo, les Pales­ti­niens ont à peine besoin qu’on leur dise ce qu’il adviendra avec son équi­valent d’Annapolis.

Peut-​​être l’aspect le plus dan­gereux du projet Olmert est-​​il qu’il cherche à faire dépendre la réa­li­sation par­tielle des droits nationaux pales­ti­niens des per­for­mances sécu­ri­taires de l’Autorité Pales­ti­nienne. Ce qui est condamné d’avance puisqu’il dresse l’AP contre son propre peuple et sa cause nationale et fait la preuve qu’Israël est le véri­table diri­geant. Pourtant, le premier objectif d’Israël serait atteint, qui est d’approfondir et de conso­lider les divi­sions pales­ti­niennes internes.

Le projet men­tionne que l’AP a accepté de dif­férer la question du statut de Jéru­salem. Vraiment ? Jusqu’à quand ? Etant donné l’intensification de la construction de colonies et la judaï­sation continue de Jéru­salem, dif­férer ne peut vouloir dire qu’une chose – aban­donner toute reven­di­cation pales­ti­nienne sur la ville. Pourtant, aucun pales­tinien ou arabe hono­rable ne peut accepter un accord qui ne garantit pas une Jéru­salem arabe comme capitale de l’Etat palestinien.

Nous devons nous sou­venir que toute ten­tative d’ajourner la question de Jéru­salem est une ten­tative de séparer cette question de l’ensemble des droits pales­ti­niens, pour pré­parer son élimination.

Le projet Olmert déploie le gros de son énergie à légi­timer l’annexion des prin­ci­pales colonies de Cis­jor­danie. Ces colonies ne font que 7% de la Cis­jor­danie, clame Olmert. Ce chiffre est très trompeur, car il entérine le mur d’apartheid, condamné par la Cour Inter­na­tionale de Justice, comme fron­tière offi­cielle d’Israël. Il entérine aussi l’annexion de 80% des res­sources aqui­fères de Cis­jor­danie. Et quoi en échange ? Un morceau de désert aride près de la Bande de Gaza, et cela seulement si la situation poli­tique à Gaza change avec l’assurance du contrôle de l’AP sur la Bande.

L’accord à cet échange de terre ne rati­fierait pas seulement l’annexion de la terre de l’autre côté du mur, et du mur lui-​​même. Il rati­fierait également le système d’apartheid israélien tout entier. Car les colons res­teront dans leurs colonies – toutes leurs colonies – jusqu’à ce que l’AP fasse la preuve de sa bonne volonté en se débar­rassant de qui­conque Israël n’aime pas. Dans l’intervalle, l’expansion de Maale Adumum, Arie, Gush Etzion et de toutes les colonies autour de Jéru­salem va redoubler de vitesse pour faire de la place aux colons qui accep­teront d’y déménager.

Comment explique-​​t-​​on le silence des avocats du pro­cessus d’Annapolis sur le fait que la construction des colonies a aug­menté de 20 fois depuis Anna­polis, et leur insis­tance que les négo­cia­tions conti­nuent en dépit de cette expansion fiévreuse ?

Ce qu’Olmert a gardé dans son chapeau jusqu’à main­tenant, c’est qu’Israël conti­nuera à contrôler les fron­tières, la Vallée du Jourdain et ce qui reste des res­sources d’eau sou­ter­raines sous le pré­texte d’arrangements sécu­ri­taires. Tout ceci, c’est très clair, ajoute consi­dé­ra­blement au 7% de la terre. Il n’est fait aucune mention dans ce 7% de la Vallée du Jourdain, de la Mer Morte, des vil­lages de Latroun (une zone détruite par l’armée israé­lienne après 1967 située entre Jéru­salem et Ramallah).

Ce que les Israé­liens pré­parent, avec le soutien des USA, c’est de faire accepter aux Nations Unis tout accord auquel ils par­vien­dront comme une béné­diction, annulant ainsi toutes les réso­lu­tions et lois inter­na­tio­nales pré­cé­dentes en faveur des droits nationaux palestiniens.

Le prix qu’Israël extorque, avec le retrait de Jéru­salem de l’équation des droits pales­ti­niens, c’est de mettre un terme aux reven­di­ca­tions des réfugiés pales­ti­niens une bonne fois pour toutes. Au fond, le plan qu’Olmert a mis sur la table des négo­cia­tions n’est rien d’autre que le projet d’en finir avec les prin­cipes nationaux pales­ti­niens et de miner défi­ni­ti­vement les droits légi­times du peuple palestinien.

Le projet marque la fin de la tragi-​​comédie d’Oslo et le triomphe de tout ceux qui croient que réa­lisme signifie red­dition. C’est une ten­tative de contour­nement des quatre ques­tions clés du statut final – Jéru­salem et les réfugiés, les colonies et l’annexion de grands pans de la Cis­jor­danie – en les éliminant, et en reportant tout le reste jusqu’à ce que les faits accomplis rendent toute reven­di­cation pales­ti­nienne également superflue.

En bref, c’est une ten­tative de changer toute idée d’Etat indé­pendant en cantons isolés admi­nistrés par une autorité non sou­ve­raine, captive d’un régime d’apartheid. Il est temps que les Pales­ti­niens arrêtent leur recul et leur dés­in­té­gration. Il est temps pour eux de faire plus que d’émettre des réserves ponc­tuelles sur telle ou telle idée d’Olmert. Ils doivent rejeter toute solution par­tielle ou inté­ri­maire et dénoncer la poli­tique israé­lienne qui consiste à imposer des faits accomplis sous l’apparence de négo­cia­tions qui n’ont jamais eu pour but de réussir.

La réelle réponse à Olmert et à l’establishment raciste au pouvoir en Israël est de res­taurer l’unité nationale, créer une direction nationale unifiée et forger une stra­tégie col­lective pour conduire la lutte contre l’occupation, pas de s’en accom­moder. Une telle stra­tégie doit com­biner les formes de la résis­tance non vio­lente à l’occupation et à l’apartheid des asso­cia­tions de la base avec des poli­tiques sociales et écono­miques qui sou­tiennent le peuple et répondent à ses pré­oc­cu­pa­tions. Elle doit également construire un puissant mou­vement de soli­darité inter­na­tionale avec la cause pales­ti­nienne et revi­ta­liser le lien national commun entre les Pales­ti­niens à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine.